‹ Le poète François MainardChapitre 90 sur 375 · Racan, éd. c, t. I, p · texte numérisé non relu

Racan, éd. c, t. I, p

2. La Somme théologique des vèritez ëapitales de la Religion chrestienne par le M. P. François Garassus, théologien de la Compagnie de Jésus, Paris, 1625, p. 73.

dixain tiré de son cabinet, à la façon que j'ay dit cy-devanf avoir esté pratiquée au Cardinal du Perron, car il est aussi de l'humeur de ceux qui ne reçoivent pas du contentement de leurs œuvres et en donnent aux autres » :

0 que Jean est pernicieux !

11 soustient avec impudence

Qu'en vain on cherche dans les Cieux

La Justice et la Providence.

Pour le monstrer ce meschant dit

Que, depuis qu'il met en crédit

L'impiété dessus la terre,

Son bonheur n'a faute de rien

Et que les grands se font la guerre

A qui lui fera plus de bien '.

« Il voit le contraire depuis deux ans », clame avec joie le bon Père qui ne s'attendait certes pas qu'en dépit des amis qui l'avaient abandonné ou s'étaient ligués contre lui, malgré les jésuites qui avaient juré sa perte, Théophile fût élargi. Condamné à l'exil, le poète put néanmoins habiter la France, grâce à la protection du duc de Montmorency.

Assagi par les tristes aventures de Théophile, le président continuera à rimer des gauloiseries, mais s'abstiendra désormais d'écrire des épigrammes qu'on puisse croire dirigées contre « l'honneur de l'Esglise ». Son libertinage ne fut d'ailleurs qu'un feu de paille. A en juger par la sincérité d'accent de ses poésies chrétiennes, ce furent ses amis qui l'entraînèrent à mettre en œuvre des idées frondeuses, en contradiction complète avec son attachement foncier au catholicisme. Gardant dans ses tiroirs, encore plus soigneusement qu'il ne l'avait fait jusqu'alors, ses vers partis d'une veine trop hardie, il les avertira du péril qu'ils courent à s'aventurer dans le monde i :

1. Somme ihéologique, pp. 42l-i22. L'épigramme de Mainard (cf. aussi éd.

Garriss., t. III, p. 123) est évidemment la réfutation du premier quatrain d'une satire de Théophile (éd. Alleaume, t. II. p. 138), taxée d'impie par le procureur général (v. notice d'Alleanme, t. I, p. lx.w). — L'épigramme de notre auteur est d'ailleurs une imitation de Martial, liv. IV, ép. XXI.

2. Ms. 2943 de la BibL de l'Arsenal, p. 386 et ms. 843 de Toulouse f 32. Le v. 9 y esl écrit : M'estalleront (/ans leur boutique, ce qui ne vent rien dire. Pour le v. 8 il vaudrait mieux lire : Et les libraires du Palais.

MAINARD PRÉSIDENT AU PRÉSIDIAL d'AURILLAC 175

Enfants d'un esprit clair et net, Beaux vers où toute grâce abonde, Tenés vous dans mon cabinet Et n'allés plus courir le monde !

Autrement les prédicateurs Me mettront au rang des auteurs Dont les œuvres sont hérétiques ; Et les images du Palais M'estalleront dans les boutiques Entre Arétin et Rabelais' !

Dans ses fréquents voyages à Paris, il n'arrive jamais à Mainard de franchir le seuil du Louvre, ni d'approcher les nouveaux Dieux qui y régnent. « Il n'y a point d'apparence, s'excuse-t-il avec coquetterie dans sa vieillesse, qu'un gascon qui n'a pas vu le Louvre depuis Henry le Grand, puisse donner à ses pensées cette belle et régulière expression que la politesse du siècle demande2 ». Si l'on manquait de ce témoignage catégorique, on serait tenté de croire à la présence de notre auteur à la Cour, en maintes occasions.

Certes, on ne peut faire cas de ce qui est dit de Mainard dans la plate satire, composée par Boissière vers 1624, sur la pauvreté des poètes. Ce rimeur y présente pêle-mêle tous les poètes, depuis le vieux Malherbe jusqu'à l'obscur Croisilles, en train de gémir sur leur sort et d'implorer à la porte du ministre d'Etat Puisieux :

Que leur misérable savoir Rymât avec un peu d'avoir 3.

1. Y. dans Alleaurae, p. lt, qui reproduit plusieurs passages delà Doctrine curieuse, l'indignation de Garasse contre « les peintures de F Arétin ». Garasse nous apprend dans sa Doctrine curieuse que les libertins considèrent Rabelais comme 1' « enchiridion du libertinage ».

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