V. lettre de Malherbe à Pereisc du 13 février
3. Ms. 843, Bibl. de Toulouse, f° 48 avec la mention « pour M. le Prince repré sentant l'Espiègle à un ballet qu'il dança l'année 1615, un an devant sa prison »j Condé, qui continua ses cabales contre le maréchal d'Ancre, fat arrêté au LouvreM le 1er septembre 1616.
MAINARD PRÉSIDENT AU PRÉS10IAL d'aURILLAC 181
Mainard ne se ressentit pas trop des bienfaits de M. le Prince. Tallemant ' nous a rapporté des traits singuliers de l'avarice de Condé, à qui il ne répugnait pas de tricher au jeu même quand il avait pour partenaires les « escoliers » de l'Université de Bourges. Déplus, Condé mettait son point d'honneur à faire régler les orgies auxquelles il se livrait clans les tavernes de Paris par ses compagnons, incomparablement moins fortunés que lui. D'ailleurs, fort médiocre amateur de poésie et poussant en cette matière l'ignorance si loin qu'un jour, au moment où l'on menait grand bruit autour de Chapelain, il s'imagina que l'auteur de la Pucelle était un statuaire. M. le Prince fit certainement la sourde oreille aux placets de Mainard :
Grand Prince
Je douteray de bien écrire, Jusqu'à ce que de vostre part Un brevet me le vienne dire \
Les pièces de Mainard qui plurent surtout à Condé furent les épigrammes et les stances dictées au poète par les événements de 1621-1622 \ M. le Prince comptait parmi les catholiques les plus zélés et souhaitait ardemment une guerre à outrance contre les protestants. A la suite de ses instigations, comme à la suite de celles des autres ultramontains de marque, Louis sévit avec rigueur contre les huguenots qui, pour répondre à ses menées illégales, organisèrent une défense inquiétante pour la sûreté de l'Etat. A la pensée que les hérétiques allaient de nouveau commettre les atrocités dont ils s'étaient rendus
1. V. YHistoriette de M. le Prince, éd. c, t. II, pp. 434 et suiv.
2. Cf. éd. Garriss., t. III, p. 129. — Dans le ms. 843 de Toulouse, f° 86, figure une variante de cette épigramme dont le vers final est plus clair que celui du texle définitif : « une pension me le die »... (Cette pièce est d'ailleurs une imitation de Martial, ép. 73, 1. XII).
3. Les épigrammes Montauban il ne faut pas... 0 que vous estes esblouys... Si Montauban aux pieds de vos courroux... Le Roy sçait bien que la miséricorde...
\Le peuple en veut à l'hérésie... et les Stances contre les Huguenots, éd. Garriss., t. II, pp. 207, 231, 232 et 233.
coupables pendant les dernières guerres religieuses1, la haine héréditaire des « parpaillots endiablés » se réveilla dans le cœur du poète. Il se rappela les récits que lui avait faits son père sur le pillage des habitations et sur la profanation des églises de Saint-Céré et des environs, en 1562 et en 1574 ; il se souvint des lourdes rançons que les hérétiques avaient exigées de la population fidèle à la croyance des ancêtres ; il eut devant les yeux le tableau de la misère et des deuils qui avaient suivi ces déplorables événements. Les nouvelles qui lui arrivaient au sujet des hostilités entre catholiques et huguenots le remplissent tantôt d'effroi, tantôt de contentement. La colère de Louis est « trop lente » pour punir l'insolence de La Rochelle où les protestants conjurent la ruine du royaume2. Le cœur débordant d'allégresse, il poursuit de sarcasmes les Montalbanais assiégés (août-novembre 1621) : On leur laisse la liberté de choisir entre « la corde de la potence » et le « cordon de Saint-François » ; on va leur faire faire des « plongeons d'eau bénite ». Quand Charnier, le conseiller de La Force, futur maréchal de France, fut emporté sur les murs de Montauban, le 16 octobre 1621, par un coup de canon, il insulta à la mémoire de ce « ministre de sang et de fer :l »... Mainardi partagea sans doute l'indignation des dévots à la levée du siège; de cette place par Luynes, et il exulta en apprenant le crédit dont Gondé jouit à la Cour, aussitôt après la mort du connétable. Gomme M. le Prince, le poète pousse le roi à briser la rébellion : Il annonce à Soubise, maître de l'île d'Oléron et des alentours, qu'il traversera bientôt « la rivière de l'autre monde 4 » ; il persifle les protestants qui demandent des
1. A noter que Saint-Céré fut le siège d'un colloque des religionnaires duj Haut-Quercy, F. 110, le 6 juin 1619. — V. les pièces relatives à cet événement dans les Arch. du Lot.
2. Cf. les deux épigr. : Grand Roy, qui fais ouyr partout et Modérez l'ardeur qui vous porte, éd. Garriss., t. II, pp. 189 et 190. — L'assemblée générale du pari protestant s'ouvrit à La Rochelle le 15 décembre 1620.
3. Cf. éd. Garriss., t. III, p. 288, d'après le ms. 843 de la BibL de Toulouse j f° 28. L'éditeur a négligé d'indiquer que le poète a noté en marge de son cahier ld nom du ministre protestant comme étant celui du personnage qu'il visait. Suj Daniel Charnier, v. le Dictionnaire critique de Bayle, éd. de 1740.