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LES POESIES D'ERUDITION FANTAISISTE

On trouve , tant dans les Festons et Astragales que dans les Dernières chansons, un certain nombre de pièces dues à une inspiration, peut-être bizarre, mais en tout cas peu commune, et érudite, elle aussi : je veux parler des Poèmes Chinois.

On sait que Bouilhet étudia la langue et la civilisation du céleste Empire pendant dix

ans de suite, pour se pénétrer du génie de la race, en vue d'un grand poème à faire, — et Flaubert dit même, qu'à la mort du poète, le scénario du conte chinois était complètement achevé, et que l'œuvre allait bientôt paraître. C'est, sans doute, pour se distraire de ses études philologiques ou, pour mettre en français, par manière de délassement, les passages chinois qui le frappaient le plus, que Bouilhet a composé ces diverses fantaisies. Il n'est pas donné à tout le monde de se distraire à traduire en vers délicats les chansons de l'empereur Vou-Ti. Mais, dans ces pièces même, le poète sait éviter le pédantisme, qui, pour un traducteur du chinois, serait cependant de couleur locale.

Quelle gracieuse légende que celle du dieu de la porcelaine :

... Petit dieu bizarre, Dieu sans pagode, et qu'on appelle Pu.

Quelle ingénieuse pièce, que cette histoire du barbier de Pékin,

Qui secoue au vent sa sonnette :

Il porte au dos dans un panier, Ses rasoirs et sa savonnette...

Il passe sa vie à tondre et à raser :

Il fauchera, jusqu'à la mort, Les barbes et les chevelures.

Et, quand il sera mort, on l'enterrera avec tous ses ustensiles :

Puis, dans sa tombe on placera Bassins, brosses et savonnettes.

Il semble que ce pauvre barbier ait toute la sympathie du poète, qui, comme nous le verrons, en analysant d'autres pièces qu'on pourrait appeler ses Intimités, ne marchande jamais sa commisération attendrie aux hum-

blés et aux petits. Par contre, nous retrouvons à l'endroit des nullités égoïstes et prétentieuses de Pékin, la même ironie froide dont le poète usait pour décrire l'édile Marchas, ou les sénateurs ineptes de la Rome impériale. Je ne crois pas que Bouilhet soit très tendre pour Tou-Tsong le lettré, Tou- Tsong, le mandarin, pédant inutile,

Qui fume l'opium, au coucher du soleil,

Sur sa porte à treillis, dans sa pipe à fleurs bleues.

Il n'aime pas non plus cette Paix des neiges, cet égoïsme du Céleste, qui, pendant qu'il fait froid au dehors se retire

Au fond du cabinet de soie Dans le pavillon de l'étang...

et se complaît dans une inaction béate et satisfaite. Ce sont ces sympathies, ces ironies de Bouilhet, qui donnent la vie à ses poèmes et à ses personnages chinois ou latins, qui

font de ses pièces des œuvres vraies, de ses héros, des êtres qui respirent et se meuvent, et non pas des statues de musée ou des bibelots de cheminée, ce qui adviendrait fatalement de poésies composées sur de semblables sujets, si l'âme du poète ne réchauffait toute cette archéologie.

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