‹ Le poète mourant (volume 2)Chapitre 12 sur 24 · Ch. de Pomairols, op. cit., p · texte numérisé non relu

Ch. de Pomairols, op. cit., p

4. Platon (429-Ô47, av. J.-C.) est, avec Aristote, le plus illustre des pbilosopiies grecs. Disciple de Socrate, il enseignait, dans les jardins d'Acadèmus (d'où le nom de son école : V Académie) une doctrine qu'on appelle l'idéalisme, et qui consiste à considérer les cboscs terrestres et périssables comme des simple copies ou images des réalités éternelles. La forme des écrits de Platon est le dialogue : Socrate est le principid interlocuteur, et représente, dans la discussion, la raison et la vérité contre les arguties intéressées des sophistes.

5. C'est le nom d'un des principaux interlocuteurs, disciple de Socrate.

considérée comme purement platonicienne : il avoue lui-même qu' (( on y sent comme un avant-goût du christianisme près d'éclore ». Quelques bonnes raisons qu'il donne pour s'en justifier, il est difficile d'admettre avec lui que « Socrate sentait le besoin d'une révélation divine, qu'il l'indiquait, la préparait par ses discours, par sa vie et par sa mort », ce qui ne tend à rien moins qu'à l'aire du philosophe païen le précurseur direct et presque conscient de Jésus-Christ. L'histoire s'accommode mal de ces interprétations aventureuses, que la séduction de la forme poétique rend presque vraisemblables, mais qui ne tiendraient pas devant le moindre effort de la critique.

Le rôle de Socrate est assez beau par lui-même : il représente la sagesse et la vertu antiques sous la l'orme la plus haute, la plus pure, que l'huinanilé paraisse capable de réaliser. Le pieux anachronisme de Lamartine ne saui-ait rien ajouter à sa gloire.

III. L'avertissement du piièle indi(|ue assez clairement le sujet de l'ouvrage; Socrate condamné injustement à mort, sur les dénonciations haineuses d'Anylus et de .Mélitus, touche à son dernier jour: on n'attend plus que le retour de la galère sacrée, qui revient de l'élos, pour lui présenter la ciguë. Le vaisseau est annoncé : les amis et les disciples du philosophe se groupent autour de lui, et le questionnent sur la mort.

Socrate leur répond avec cette clairvoyance que donne au poète, comme au cygne, l'approche du trépas. Ce n'est pas en son nom propre, ni du haut de sa faible raison qu'il va parler : depuis longtemps il leur a confié qu'à de certaines heures il se sent inspiré par un « génie », par une sorte d'esprit divin qui lui ouvre les secrets de l'être. Aujourd'hui plus que jamais il s'abandonne a cette mystérieuse iniluence :

— Amis, écoutez donc : ce n'est plus moi, c'est lui !

Et d'abord, que nul ne pleure : la mort (^st l'entrée dans la vie véritable ; mourir c'est

Briser ce nœud infâme, Cet adultère hymen de la terre avec l'âme.

Le trépas douloureux est l'enfantement de l'homme à l'immortalité.

Suffit-il donc de mourir pour participer à l'éternité bien-

heureuse? Non, il laut avoir préparé, pendant toute la vie, ce dégagement de l'esprit hors des liens des sens, pour que la rupture soit possible. Ceux qui n'ont pas su le fain; restent englués dans l'existence matérielle. Tels les Mânes qui « reviennent » sur les tombes.

Mais Cébès, un disciple aimé du Maître, veut présenter une objection : si, comme on l'a dit, l'ànie n'est que la l'onction supérieure du corps, comme l'harmonie est celle du mouvement de la lyre, comme la flamme suppose le flambeau qu'elle consume, comment pourrait-elle survivre à ce corps? Rien de plus faux que ces images, répond Socrate : il faut comparer l'âme au doigt quj touche la lyre, à l'étincelle qui allume le flambeau, ou encore à l'oreille qui entend le son, à l'œil qui voit la lumière.

Par là Socrate est appelé à parler de Dieu : il le conçoit d'abord comme l'âme de la Nature, puis comme l'unité suprême qui est le principe et la fin de cette âme.

Qu'est-ce donc que le Mal, si tout ce qui existe se rattache à Dieu? C'est l'union avec la matière, et cette union-là, cause de toute faute, de toute douleur, de toute ignorance, la mort la brise.

Socrate entrevoit l'Autre Monde ; les justes y revivront avec des corps glorieux qui leur permettront de garder tout ce que la vie a de bon.

Cependant le moment de prendre le poison est venu : Socrate l'avale d'un trait, et, se sentant plus près de la mort, il entre plus avant encore dans la révélation du mystère.

Il annonce le Christ : il entrevoit le vrai Dieu, Un en Trois perjonnes, et enfin, dans un discours entrecoupé, où le poète atteint e plus haut degré du sublime, il résume l'adorable Évidcticc qui ui apparaît déjà sans doute

Son âme s'envole, laissant sa lèvre souriante et son Iront serein.

La vérité, c'est Dieu.

Le soleil, se levant aux sommets de l'Hymelte',

Dû temple de Thésée ilhuninail le faîte-,

Et, frappant de ses feux les murs du Partliénon'",

Comme un furlif adieu, glissait dans la prison;

On voyait sur les mers une poupe dotée,

Au bruit des hymnes saints, voguer vers le PiréeS

Et c'était ce vaisseau dont le fatal retour

Devait aux condamnés marquer leur dernier jour^;

Mais la loi défendait qu'on leur ôtàt la vie

Tant que le doux soleil éclairait l'ionie.

De peur que ses rayons, aux vivants destinés,

Par des yeux sans regard ne fussent profanés,

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