‹ Le poète mourant (volume 2)Chapitre 18 sur 24 · Ville de Sicile renoinniée pour son miel · texte numérisé non relu

Ville de Sicile renoinniée pour son miel

2. Terme vaj;ue qui signifie liinlôt « baume )\ tantôt « influence », tantôt « remède ». Le cas présent conlienl un pou de ces trois sens.

Nous sentîmes en nous comme une seconde âmel.

Comme un lis sur les eaux et que la rame incline,

Sa tête mollement penchait sur sa poitrine;

Ses longs cils, que la mort n'a fermés qu'à demi.

Retombant en repos sur son œil endormi,

Semblaient comme autrefois, sous leur ombre abaissée.

Recueillir le silence, ou voiler la pensée.

La parole surprise en son dernier essor

Sur sa lèvre entr'ouverte, hélas! errait encor.

Et ses traits, où la vie a perdu son empire,

liftaient comme frappés d'un éternel sourire....

Sa main, qui conservait son geste habituel,

De son doigt étendu montrait encor le ciel;

Et quand le doux regard de la naissante aurore,

Dissipant par degrés les ombres qu'il colore,

Conmie un phare allumé sur un sonmiet lointain,

Vint dorer son front mort des oml)res du matin.

On eiJt dit que Vénus, d'un deuil divin suivie.

Venait pleurer encor sur son amant sans vie;

Que la triste Phébé de son pâle rayon

Caressait, dans la nuit, le sein d'Endyniion';

Ou que du haut du ciel l'âme heureuse du sage

Revenait contempler le terrestre rivage.

Et, visitant de loin le corps qu'elle a quitté,

Réfléchissait sur lui l'éclat de sa beauté

Connue un astre bercé dans un ciel sans nuage

Aime à voir dans les flots briller sa chaste image.

Un n'entendait autour ni plainte ni soupir!... C'est ainsi qu'il mourut, si c'était là mourir! 1. Mortel qu'aima la chaste Diane ou Plicbô.

m L'IMMORTALITÉ (1817)

I. Avertissement de Lamaktine. — « Ces vers ne sont qu'un IVugirient tronqué d'une longue contemplation sur les destinées de l'homme. Klle était adressée à une femme jeune, malade, découragée de la vie, et dont les espérances d'immortalité étaient voilées dans son cœur par le nuage de ses tristesses. Moi-même j'étais plongé alors dans la nuit de l'àme ; mais la douleur, le doute, le désespoir ne purent jamais briser tout à fait l'élasticité de mon cœur, souvent comprimé, toujours prêt à réagir contre rincrédulité et à relever mes espérances vers Dieu. Le foyer de piété ardente que notre mère avait allumé et soufflé de son ha- Iriiie incessante dans nos imaginations d'enfant, paraissait s'éteindre quelquefois au vent du siècle et sous les pluies de larmes des passions : la solitude le rallumait toujours. Dès qu'il n'y avait personne entre mes pensées et moi, Dieu s'y montrait, et je m'entretenais pour ainsi dire avec lui.

(( Voilà pouniuoi aussi je revenais facilement de l'extrême douleur à la complète résignation. Toute foi est un calmant, car toute foi est une espérance, et toute espérance rend patient. Vivre, c'est attendre. «

II. Vers la fin de 1810, Lamartine soutTrant, découragé, accablé d'eimuis de toute sorte (il était alors sans position comme sans fortune, sans relations moudaincs connue sans attaches officielles), se rendit aux eaux d'Aix en Savoie où les médecins l'envoyaient.

(( Cette date et ce lieu * doivent rester consacrés dans l'histoire de notre littérature, car ce fut dans ce lieu et à cette date que s'éveilla la véritable poésie Lamartinienne. »

Après son premier voyage d'Italie (ISlti) il s'était déjà essayé à « chanter » ses rêves, comme on disait alors. Mais les tragédies où s'était exercé son taleut naissant n'avaient encore révélé aucune inspiration persomielle. C'est pendant cet automne de 1810 que sa vie intérieure subit « un ébranlement qui ouvrit chez lui les sources caciiées et doima un nouveau cours à la poésie

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