Roman de M. de Sénaïu-our
G. Littérature anglaise, t. III, cliapitre sur lord Byron. Voyez aussi P. Alijert, Histoire de ta littérature au xix* siMe, t. I, p. 29.
viriles de l'esprit, au\ tentatives audacieuses de la pensée et de la l'orme; s'il eût, comme le fit le poète des Contemplations après ses premiers vers, ajouté quelques cordes à sa lyre, nous le sentirions plus nôtre aujourd'hui et nous le louerions mieux qu'on ne loue « un ancien ».
11 n'est pas jusqu'au style, si pur et si naturel pourtant dans Lamartine, qui ne révèle l'époque où le poète a pris possession de sa langue, sans jamais la renouveler depuis.
Nous l'avons dit, le grand souci de Lamartine a toujours été de ne pas se poser en écrivain de profession, en artisan de mots, curieux du vêtement de la pensée autant que de la pensée elle-même : « Voici un livre qui n'est pas un livre, des poésies qui ont été écrites comme elles ont été senties.... » Il était ravi qu'on dît de lui : /
Lamarline ignorant qui ne sait que son àinc...
et plus encore si l'on ajoutait qu'il n'avait point besoin d'étude pour être suljlime, car
L'iioiiime n'enseigne point ce qu'inspire le ciel.
11 fut pourtant touché des reprociies de négligence qu'on lui avait parfois adressés sur ses premiers vers. Une curieuse anecdote, racontée par Sainte-Beuve qui fut témoin du fait, nous le montre chez Mme Récamier, apportant Joccli^n à Chateaubriand et disant : « Celte fois, le style est ce que j'ai soigné le plus : c'est fait à la loupe ! »
11 y avait un peu d'illusion dans cette naïve déclaration du iioèle: l'expression, chez lui, toujours spontanée et aisée, reste trop souvent fluide et vague : les images qui arrivent en foule, sont rarement précises et justes; sa noblesse n'est parfois que de la généralité. C'est en vain qu'on le lit et le relit pour saisir un point où arrêter la pensée et déterminer l'admiration : il semble qu'on glisse sur un fleuve de lait {lactca uhertas), dont les rives se perdent dans une brume dorée qui s'évanouit dès qu'on veut y fixer le regard....
Leibniz assure que l'ouvrage le plus parlait est celui où il y a le plus de remarqiu's à faire, u in quo plura nolanda sunt n. Le style de Lamartine ne s'accounnode point de cette définition : il lasse la criti(iue et déconcerle l'analyse.
On a dit, avec quoique malveillance, qu'il reste en lui beaucoup de traces de Delille : l'habile et insignifiant versificateur qui érigea la description en princip{>, ne mérite point un tel honneur; mais on ne peut nier que parfois les instinctives habitudes de style des Méditalions et des Harmonies ne rappellent les procédés réfléchis des Saisons.
A cet égard aussi Lamartine a négligé de profiter de la révolulion qui s'est opérée dans la langue française vers le milieu de ce siècle. On connaît la prodigieuse pièce de V. Hugo intitulée Réponse àun acte d'accusation •, où il déclare une guerre sans merci à la langue « classique » générale et banale, sans couleur et sans saveur, affadie et apàlio par cent ans de servile imitation :
Je fis une teiiipôte au fond de l'encrier,
Je mis un bonnet rouïe au vieux dictionnaire,
i;t sur l'Académie, aïeule et douaiiièic,
Cai:hant sons ses jupuns les tropes effarés,
Et sur les bataillons d'alexandrins carrés,
Je lis p.isser un vent révolutionnaire...
Tous les mots à présent planent dans la clarté !
Sans doute on ne peut reprocher à Lamartine de n'avoir pas entrepris une réforme contre laquelle la noble pureté de son goût protesta toujours; mais on regrette qu'il n'ait pas un peu plus profité du souille de liberté qui passait alors sur la langue, et qu'il en soit demeuré au vocabulaire de Racine et de J.-B. Rousseau.
Mais ce qui est à louer sans réserve en lui, c'est le sens du rythme, du mouvement de la phrase poétique, de l'équilibre du vers.
D'autres ont possédé mieux que lui la science prosodique, ont inventé des formules et des combinaisons nouvelles : nul ne l'a dépassé dans l'art souverain de jeter sur une belle image les plis majestueux d'une période parfaite.
On pourrait objecter que là encore il est resté le poète de son li'inps, et ([ue la fameuse strophe de Lefiaïc de Pompignan* ne le cède à aucune autre pour la composition ; que J.-B. Rousseau et I cbriin ont écrit des odes dont la forme, sinon la pensée, peut
\. Contemplation!^, t. I.