V. Ch. de Pomairols, op. cit., p
Li: POÈTE MOURANT
I a ("oiipc de mes jours s'est brisée encor pleine*; .Ml vie en longs soupirs s'enfuit à chaque haleine; Ni larmes ni regrets ne peuvent l'arrêter; Et l'aile de la mort, sur l'airain qui me pleure, En sons entrecoupés frappe ma dernière heure : Eaut-il gémir? faut-il chanter 2?...
Chantons, puisque mes doigts sont encor sur la lyre'; Chantons, puisque la mort, comme au cygne, m'inspire Au bord d'un autre monde un cri mélodieux^. C'est un présage heureux donné par mon génie : Si noire âme n'est rien qu'amour et qu'harmonie, Qu'un chant divin soit ses adieux!
i. Celte première strophe déborde d'images redoublées, incohérentes La « coupe des jours » est d'un style douteux. Lamarliue a mieux dit ailleurs :
Au fond de cette coupe où je buvais la vie, Peut-être restait-il une goutte de miel
Le second vers est la traduction presque littérale, — peu heureuse d'ailleurs, — d'un vers de Vii-gile :
VUaque cum (jvmitii fitgit indignala sub umbras.
Cette Cl aile » de la mort qui « frappe sur l'airain » n'est pas non l)lus d'un goût bien pur. Combien plus éloquente dans sa simplicité est l'inscription placée sur l'horloge du Palais de Justice de Paris : « Vulncrant omnes, ultima necat. » (Toutes les heures nous blessent; la dernière nous achève.)
2. C'est-à-dire : la mort est-elle une catastrophe ou une délivrance?
3. Puisque je suis poète de nature, puisque tous mes sentiments se traduisent en hymnes, en élans lyriques d'onlhousiasine et d'amour.
4. Voir, dans la Mort de Sacrale, la belle période qui connnence ainsi :
Les poètes ont dit qu'avant sa dernière heure En sons harmonieux le doux cygne se pleure....
La lyre en se brisant jette un son plus sublime; La lampe qui s'éteint tout à coup se ranime. Et d'un éclat plus pur brille avant d'expirer; Le cygne voit le ciel à son heure dernière : L'homme seul, reportant ses regards en arrière, Compte ses jours pour les pleurer.
Qu'est-ce donc que des jours pour valoir qu'on les pleure? Un soleil, un soleil, une heure, et puis une heure; Celle qui vient ressemble à celle qui s'eniuit ; Ce qu'une nous apporte, une autre nous l'enlève : Travail, repos, douleur, et quelquefois un rêve. Voilà le jour; puis vient la nuit.
Ah ! qu'il pleure, celui dont les mains acharnées S'attachant comme un lierre aux débris des années. Voit avec l'avenir s'écouler son espoir! Pour moi, qui n'ai point pris racine sur la terre. Je m'en vais sans effort, comme l'herbe légère Qu'enlève le souffle du soir'.
Le poète est semblable aux oiseaux de passage. Qui ne bâtissent point leurs nids sur le rivage, Qui ne se posent point sur les rameaux des bois : Nonchalamment bercés sur le courant de l'onde, Us passent en chantant loin des bords, et le monde Ne connaît rien d'eux que leur voix.
Jamais aucune main sur la corde sonore
Ne guida dans ses jeux ma main novice encore :
L'homme n'enseigne pas ce qu'inspire le cieP;
1. Cette image et la suivante [Le poète est seynblable aux oiseaux de passage] sont parmi les plus belles que l'idée de la mort ait inspirées il Lamartine : elles résument admirablement la doctiùne que nous lui avons reconnue sur l'immortalité.
2. I.c poète tient son génie de la nature ou du ciel, non de l'étude, ai de l'effort, ni de l'ambition, ni de l'amour de la gloire
Le ruisseau n'apprend pas à couler dans sa penic, L'aigle à fendre les airs d'une aile indépendante, L'abeille à composer son miel.
L'airain, retenlissant dans sa haute demeure. Sous le marteau sacré tour à tour chante et pleure Pour célébrer l'hymen, la naissance ou la mort : J'étais comme ce bronze épuré par la flamme. Et chaque passion, en frappant sur mon âme. En tirait un sublime accord.
Telle durant la nuit la harpe éolienne. Mêlant au bruit des eaux sa plainte aérienne. Résonne d'elle-même au souffle des zéphyrs. Le voyageur s'arrête, étonné de l'entendre ; Il écoute, il admire, et ne saurait comprendre D'où partent ces divins soupirs'.
Ma harpe fut souvent de larmes arrosée*; Mais les pleurs sont pour nous la céleste rosée'; Sous un ciel toujours pur le cœur ne mûrit pas : Dans la coupe écrasé le jus du pampre coule, Et le baume flétri sous le pied qui le foule Répand ses parfums sur vos pas.
Dieu d'un souffle brûlant avait formé mon âme; Tout ce qu'elle approchait s'embrasait de sa flamme. Don fatal 1 et je meurs pour avoir trop aimé !
1. Redoublement d'images (jui n'ajoute rien à la clarté ni à la forme de la pensée.
2. Nous avons déjà \u la « lyre », puis la a corde sonore »; voici la < harpe »; nous verrons plus loin le « luth ».
Ces synonymes symboliques sont d'une langue peu précise et peu réiléchie.