Ch. de Pomairols. op. cit., p
4. Platon (4i0-j47, av. J.-C.) est, avec Aristote, le plus illustre des (ihilosopiies grecs. Disciple de Socrate, il enseignait, dans les jardins d'Académus (d'où le nom de son école : Y Académie) une doctrine qu'on appelle l'idéalisme, et qui consiste à considérer les choses terrestres et périssables comme des simple copies ou images des réalités éternelles. La forme des écrits de Platon est le dialogue ; Socrate est le principal interlocuteur, et repiésente, dans la discussion, la raison et la \évilé contre les arguties intéressées dos sophistes.
T). C'est le nom d'un des principaux interlocuteurs, disciple de Socrate.
considérée comme purement platonicienne : il avoue lui-même qu' (( on y sent comme un avant-goùt du christianisme près d'éclore ») . Quelques bonnes raisons qu'il donne pour s'en justifier, il est difficile d'admettre avec lui que « Socrate sentait le besoin d'une révélation divine, qu'il l'indiquait, la préparait par ses discours, par sa vie et par sa mort », ce qui ne tend à rien moins qu'à faire du philosophe païen le précurseur direct et presque conscient de Jésus-Christ. L'histoire s'accommode malde ces interprétations aventureuses, que la séduction de la forme poétique rend presque vraisemblables, mais qui ne tiendraient pas devant le moindre effort de la critique.
Le rôle de Socrate est assez beau par lui-même : il représente la sagesse et la vertu antiques sous la forme la plus haute, la plus pure, que l'humanilé paraisse capable de réaUser. Le pieux anachronisme de Lamartine ne saurait rien ajouter à sa gloire.
III. L'avertissement du poète indique assez clairement le sujet de louvrage; Socrate condamné injustement à mort, sur les dénonciations haineuses d'Anytus et de Mélitus, touche à son dernier jour : on n'attend plus que le retour de la galère sacrée, qui revient de Délos, pour lui présenter la ciguë. Le vaisseau est annoncé : les amis et les disciples du philosophe se groupent autour de lui, et le questionnent sur la mort.
Socrate leur répond avec cette clairvoyance que donne au poète, comme au cygne, l'approche du trépas. Ce n'est pas en son nom propre, ni du haut de sa faible raison qu'il va parler : depuis longtemps il leur a confié qu'à de cerlaines heures il se sent inspiré par un « génie », par une sorte d'esprit divin qui lui ouvre les secrets de l'être. Aujourd'hui plus que jamais il s'abandonne à cette mystérieuse influence :
— Amis, écoutez donc : ce n'est plus moi, c'est lui!
Et d'abord, que nul ne pleure : la mort est l'entrée dans la vie véritable; mourir c'est
briser ce nœud infâme, Cet adultère hymen de la terre avec l'âine.
Le trépas douloureux est l'enfantement de l'homme à l'immortalité.
Suffit-il donc de mourir pour participer à l'éternité bien-
heureuse? Non, il faut avoir préparé, pendant toute la vie, ce dégagement de l'esprit hors des liens des sens, pour que la rupture soit possible. Ceux qui n'ont pas su le faire restent englués dans l'existence matérielle. Tels les Mânes qui « reviennent » sur les tombes.
Mais Cébès, un disciple aimé du Maître, veut présenter une objection : si, comme on l'a dit, l'âme n'est que la fonction supérieure du corps, comme l'harmonie est celle du mouvement de la lyre, comme la flamme suppose le flambeau qu'elle consume, comment pourrait-elle survivre à ce corps ? Rien de plus faux que ces images, répond Socrate : il faut comparer l'âme au doigt qui touche la lyre, à l'étincelle qui allume le flambeau, ou encore à l'oreille qui entend le son, à l'œil qui voit la lumière.
Par là Socrate est appelé à parler de Dieu : il le conçoit d'abord comme l'âme de la Nature, puis comme l'unité suprême qui est le principe et la fin de cette âme.
Qu'est-ce donc que le Mal, si tout ce qui existe se rattache à Dieu? C'est l'union avec la matière, et cette union-là, cause de toute faute, de toute douleur, de toute ignorance, la mort la brise.
Socrate entrevoit l'Autre Monde ; les justes y revivront avec des corps glorieux qui leur permettront de garder tout ce que la vie a de bon.
Cependant le moment de prendre le poison est venu : Socrate l'avale d'un trait, et, se sentant plus près de la mort, il entre plus avant encore dans la révélation du mystère.
11 annonce le Christ : il entrevoit le vrai Dieu, Un en Trois personnes, et enfin, dans un discours entrecoupé, où le poète atteint le plus haut degré du sublime, il résume l'adorable Évidence qui lui apparaît déjà sans doute.
Son âme s'envole. I;iissaiit sa lèvre souriante et son front serein.
La vérité, c'est Dieu.
Le soleil, se levant aux sommets de l'Hymette*,
Du temple de Thésée illuminait le faîte %
Et, frappant de ses feux les murs du Pailhénon'\
Comme un fiirlif adieu, glissait dans la prison;
On voyait sur les mers une poupe dorée,
Au bruit des hymnes saints, voguer vers le Pirée*,
Et c'était ce vaisseau dont le fatal retour
Devait aux condamnés marquer leur dernier jour^;
Mais la loi défendait qu'on leur ôtât la vie
Tant que le doux soleil éclairait l'ionie,
De peur que ses rayons, aux vivants destinés,
Par des yeux sans regard ne fussent profanés.