Hymctte, montagne Je l'Altique, renommée pour son miel
2. Thésée, héros grec, roi d'Athènes, dont la vie est à demi historique, à demi fabuleuse. Son principal exploit fut de délivrer les Athéniens du tribut de sept jeunes garçons et de sept jeunes filles qu'ils envoyaient cliaque année pour servir de pâture au Minotaure. Thésée tua ce monstre. « On raconte que, lors de son départ, les Athéniens firent vœu à Apollon, si Thésée et ses compagnons échappaient à la mort, d'envoyer chaque année à Délos une théorie ou ambassade .» [Platon-\e Phédon.)
Une partie du « Temple de Thésée » subsiste encore aujourd'hui : c'est un édifice d'ordre dorique qui date environ du v« siècle avant J.-C
5. Le Parthénon est le plus beau des monuments à demi ruinés qu'on admire encore à Athènes. C'était un temple élevé par Périclés sur l'Acropole, en l'honneur de Minerve-Pallas, la déesse vierge (en grec Partlicnos). Ses travaux furent conduits par les architectes Ictinus et Callicrate (vers 438 av. J.-C), sous la direction du grand sculpteur Phidias qui en sculpta les métopes (bas-reliefs latéraux).
4. Le Pirée est le port d'Athènes, ville située à quelques kilomètres de la mer.
5. « Une loi ordonne que la ville soit pure et défend d'exécuter aucune sentence de mort avant que le vaisseau soit revenu de Délos à Athènes. » [Plalon-le Phédon.)
Ou quo le malheureux, on fermant sa paupière, N'eût à pleurer deux fois la vie et la lumière! Ainsi l'homme exilé du champ de ses aïeux l'art avant que l'aurore ait éclairé les cieux.
Attendant le réveil du fils de Sophronique*, Quelques amis en deuil erraient sous le portique*; Et sa femme, portant son fils sur ses genoux. Tendre enfant dont la main joue avec les verrous, Accusant la lenteur des geôliers insensibles, Frappait du front l'airain des portes inflexibles. La foule, inattentive au cri de ses douleurs, Demandait en passant le sujet de ses pleurs. Et, reprenant bientôt sa course suspendue. Et dans les longs parvis par groupes répandue, Itecueillait ces vains bruits dans le peuple semés, Parlait d'autels détruits et des dieux blasphémés. Et d'un culte nouveau corrompant la jeunesse, Et de ce Dieu sans nom, étranger dans la Grèce ^! C'était quelque insensé, quelque monstre odieux, Quelque nouvel Oreste* aveuglé par les dieux. Qu'atteignait à la fin la tardive justice. Et que la terre au ciel devait en sacrifice!
1. Ou plulôtdc Sopkronisque, car tel était le nom du père de Socrate.
2. Le l'hcdon cite les noms de ces amis; la plupart sont peu connus, sauf Anlistlicne, le chef de l'École cynique, et Euclide, le chef de l'École inégaiique'. a Platon était malade, Aristippe (chef de l'École cyrénaïque), absent, ainsi que Cléombrote. » Ce dernier, lorsqu'il lut le dialogue, trouva dans celle phrase un reproche auquel il fut si sensible qu'il se jeta dans la mer, par désespoir. Il n'est nulle part question d'Anaxagore <iue Lamartine a cru devoir, un peu plus loin, introduire dans le poème.
3. Ce sont là les principaux griefs allégués par Anytus et Melitus, et sur lesquels Socrate avait été condamné.
4. Oreste, Dis d'Aganiemnon et de tlytemneslre, vengea la mort de son père par le meurtre de sa mère, et tomba en proie â uns folie furieuse (pie les Grecs attribuaient aux déesses Euménides.
Ore-te est la plus illustre des victimes de la Fatalité antique.
Socrate! et c'était toi qui, dans les fers jeté, Mourais pour la justice et pour la vérité ! ! !
Enfin de la prison les gonds bruyants roulèrent; A pas lents, l'œil baissé, les amis s'écoulèrent. Mais Socrate, jetant un regard sur les flots, Et leur montrant du doigt la voile vers iJélos* : « Regardez sur les mers cette poupe fleurie, C'est le vaisseau sacré, l'heureuse Théorie! Saluons-la, dit-il : cette voile est la mort! Mon âme, aussitôt qu'elle, entrera dans le port! Et cependant parlez; et que ce jour suprême, Dans nos doux entretiens, s'écoule encor de même! Ne jetons point aux vents les restes du festin ; Des dons sacrés des dieux usons jusqu'à la fin : L'heureux vaisseau qui touche au terme du voyage Ne suspend pas sa course à l'aspect du rivage ; Mais, couronné de fleurs, et les voiles aux vents, Dans le port qui l'appelle il entre avec des chants I
« Les poètes ont dit qu'avant sa dernière heure En sons harmonieux le doux cygne se pleure : Amis, n'en croyez rien! l'oiseau mélodieux D'un plus sublime instinct fut doué par les dieux. Du riant Eurotas^ près de quitter la rive. L'âme, de ce beau corps à demi fugitive, S'avançant pas à pas vers un monde enchanté, Voit poindre le jour pur de l'immortalité, Et, dans la douce extase où ce regard la noie. Sur la terre en mourant elle exhale sa joie. Vous qui près du tombeau venez pour m'écouter.
1. Ile qui fait partie du groupe des Cyclades, et qui était alors tributaire d'Athènes. Siège d'un temple fameu.x dédié à Apollon.
2. Eurotas, fleuve de Laconie qui passait à Sparte. Ses bords étaient couverts de lauriers-roses.
Je suis un cygne aussi: je meurs, je puis chanter* ! o
Sous la voûte, à ces mots, des sanglots éclatèrent; D'un cercle plus étroit ses amis l'entourèrent : « Puisque tu vas mourir, ami trop tôt quitté. Parle-nous d'espérance et d'immortalité !
Je le veux bien, dit-il; mais éloignons les femmes;
Leurs soupirs étouffés amolliraient nos âmes; Or, il faut, dédaignant les terreurs du tombeau. Entrer d'un pas hardi dans un monde nouveau 1
« Vous le savez, amis; souvent, dès ma jeunesse. Un génie- inconnu m'inspira la sagesse.
Et du monde futur me découvrit les lois; Était-ce quelque dieu caché dans une voix? Une ombre m'enibrassant d'une amitié secrète? L'écho de l'avenir? la muse du poète^?
Je ne sais; mais l'esprit qui me parlait tout bas. Depuis que de ma fin je m'approche à grands pas, En sons plus élevés me parle, me console; Je reconnais plus tôt sa divine parole. Soit qu'un cœur affranchi du tumulte des sens Avec plus de silence écoute ses accents; Soit que, comme l'oiseau, l'invisible génie Redouble vers le soir sa touchante harmonie; Soit plutôt qu'oubliant le jour qui va finir, Mon âme, suspendue aux bords de l'avenir. Distingue mieux le son qui part d'un autre monde, Comme le nautonier, le soir, errant sur l'onde, A mesure qu'il vogue et s'approche du bord.
1. Cette période, admirablement conduite, est une des plus belles qui existent dans la poésie française.
2. Le a génie » de Socrate a été l'objet d'une curieuse étude du D' I.élut
ô. Lamartine, comme V. Hugo, considère le Pocle rummc un être •upérieur animé d'une inspiration divine.
4i LAMAP.TLNE.
Dislingue mieux la voix qui s'clùve du porf. Cet invisible ami jamais ne m'abandonne, Toujours de son accent mon oreille résonne, Et sa voix dans ma voix parle seule aujourd'hui; Amis, écoutez donc! ce n'est plus moi, c'est lui!... >j
Le front calme et serein, l'œil rayonnant d'espoir, Socrate à ses amis fit signe de s'asseoir; A ce signe muet soudain ils obéirent, Et sur les bords du lit en silence ils s'assirent : Simmias abaissait son manteau sur ses yctix* Criton d'un œil pensif interrogeait les cieux; Cébès penchait à terre un front mélancolique; Anaxagore, armé d'un rire sardonique.
Semblait, du philosophe enviant l'heureux sort, Rire de la fortune et défier la mort!
Et, le dos appuyé sur la porte de bronze, Les bras entrelacés, le serviteur des Onze*, De doute et de pitié tour à tour combattu, Murmurait sourdement : « Que lui sert sa vertu? ;> Mais l'hédon, regrettant l'ami plus que le sage. Sous ses cheveux épars voilant son beau visage. Plus près du lit funèbre aux pieds du maître assis, Sur ses genoux plies se penchait comme un fils. Levait ses yeux voilés sur l'ami qu'il adore, Rougissait de pleurer, et le pleurait encore!
Du sage cependant la terrestre douleur >i'osait* point altérer les traits ni la couleur; Son regard élevé loin de nous semblait lire; Sa bouche, où reposait son gracieux sourire. Toute prête à parler, s'entr'ouvrait à demi; Son oreille écoutait son invisible ami ;
i. C'était le tribunal des Onze qui avait condamné Socrate.
2. L'expression « oser » appliquée à la douleur n'est pas d'un goût irréprochable ; on voudrait qu'elle fût au moins tempérée par un mot tel que « semblait ne pas oser s.
LA MORT DE SOCRATE- 4r.
Ses cheveux, effleurés du souffle de l'automne. Dessinaient sur sa têle une pâle couronne, Et. de l'air matinal par moments agités, Pi?pandaient sur son front des reflets argentés; Mais, à travers ce front où son âme est tracée. On voyait rayonner sa sublime pensée.
Comme, à travers l'albâtre ou l'airain transparents, La lampe, sur l'autel jetant ses feux mourants, Par son éclat voilé se trahissant encore. D'un reflet lumineux les frappe et les colore. Comme l'œil sur les mers suit la voile qui part. Sur ce front solennel attachant leur regard, A ses yeux suspendus, ne respirant qu'à peine. Ses amis attentifs retenaient leur haleine; Leurs yeux le contemplaient pour la dernière fois: Ils allaient pour jamais emporter cette voixM Comme la vague s'ouvre au souffle errant d'Éole, Leur âme impatiente attendait sa parole. Enfin du ciel sur eux son regard s'abaissa, Et lui, comme autrefois, sourit et commença :
« Quoi! vous pleurez, amis! vous pleurez quand mon âme, Semblable au pur encens que la prêtresse enflamme, Aflranchie à jamais du vil poids de son corps, Va s'envoler aux dieux, et, dans de saints transports, Saluant ce jour pur, qu'elle entrevit peut-être. Chercher la vérité, la voir et la connaître! Pourquoi* donc vivons-nous, si ce n'est pour mourir'.' Pourquoi pour la justice ai-je aimé de souffrir?
1. La pensée nVst pas claire : ses amis allaient, pour la dernière fois, recueillir ceUc voix cl en emporter le souvenir qui ne serait plus jamais moiiiflé.
2. Le mot pourfjuoi doit être ici pris à la lettre : quel est le but de la vie? c'est de nous détacher profrressivement de l'empire des sens, de manière que la mort n'ait qu'un elfort à faire pour libérer définitivement notre àme. C'est dans ce sens que la vie peut être considérée coniriio un3 longue prépji-.tion à la mort.
40 UMARTINE.
Pourquoi dans cette mort qu'on appelle la vie,
Contre ses vils penchants luttant, quoique asservie,
Mon âme avec mes sens a-t-elle combattu?
Sans la mort, mes amis, que serait la vertu?...
C'est le prix du combat, la céleste couronne
Qu'aux bornes de la course un saint juge nous donn?;
La voix de Jupiter* qui nous rappelle à lui!
Amis, bénissons-la ! Je l'entends aujourd'hui :
Je pouvais, de mes jours disputant quelque reste.
Me faire répéter deux fois l'ordre céleste ^ :
Me préservent les dieux d'en prolonger le cours!
Kn esclave attentif, ils m'appellent, j'y cours!
Et vous, si vous m'aimez, comme aux plus belles fètcs,
Amis, faites couler des parfums sur vos tètes!
Suspendez une offrande aux murs de la prison !
Et, le front couronné d'un verdoyant feston.
Ainsi qu'un jeune époux qu'une foule empressée,
Semant de chastes fleurs le seuil du gynécée".
Vers le lit nuptial conduit après le bain,
Dans les bras de la mort menez-moi par la main!...
« Qu'est-ce donc que mourir? Briser ce nœud infâme. Cet adultère hymen * de la terre avec l'âme, D'un vil poids, à la tombe, enfin se décharger! Mourir n'est pas mourir, mes amis, c'est changer! Tant qu'il vit, accablé sous le corps qui l'enchaîne, [.'homme vers le vrai bien languissamment se traîne, Et, par ses vils besoins dans sa course arrêté,
1. Jupiter représente ici Dieu lui-même, le Dieu unique qu'adorent les chrétiens et qu'entrevoyait déjà Socrate.
2. En me soustrayant à la mort, soit par une défense sérieuse devant le tribunal (on sait que Socrate dédaigna de plaider sa cause et ne fit dans son discours qu'irriter la haine de ses adversaires : V. l'Apologie de Sacrale de Platon), soit en s'échappant de prison, comme ses disciples
e suppliaient de le laire.
3. Le gynécée est le lieu de l'habitation antique où se tiennent les femmes et les enfants, et c'est ici la chambre de l'épouse.