‹ Le poète mourantChapitre 14 sur 16 · Ilvmen signifie ici l'union, le lien · texte numérisé non relu

Ilvmen signifie ici l'union, le lien

Suit d'un pas cliancclanl, ou perd la vérité. Mais celui qui, touchant au ternie qu'il implore. Voit du jour éternel étinceler l'aurore, Comme un rayon du soir remontant dans les cicux. Exilé de leur sein, remonte au sein des dieux; Kt, buvant à longs traits le nectar qui l'enivre, Du jour de son trépas il commence de vivre ' 1

G — Mais mourir c'est souffrir; et souffrir est un mal. — Amis, qu'en savons-nous? Et quand l'instant fatal, Consacré par le sang comme un grand sacrifice, Pour ce corps immolé serait un court supplice, N'est-ce pas par un mal que tout bien est produit? L'été sort de l'hiver, le jour sort de la nuit. Dieu lui-même a noué cette éternelle chaîne; Nous fûmes à la vie enfantés avec peine. Et cet heureux trépas, des faibles redoute. N'est qu'un enfantement à l'immortalité 1

« t.ependant de la mort qui peut sonder l'abîme! Les dieux ont mis leur doigt sur sa lèvre sublime : Oui sait si dans ses mains, prêtes à la saisir. L'âme, incertaine, tombe avec peine ou plaisir? Pour moi, qui vis encor, je ne sais, mais je pense Ou'il est quelque mystère au fond de ce silence ; Que des dieux indulgents la sévère bonté A jusque dans la mort caché la volupté, Comme, en blessant nos cœurs de ses divines armes. L'Amour cache souvent un plaisir sous des larmes! »

1. Comparer ces vers avec ceux de V. Uugo au v« acte de Mai ion Velorme (se. m).

<i Je disais donc qu'après Après la mort, — qu'on ait mis le cadavre en claie, Qu'on ait sur chaque membre élargi quelque plaie, Qu'on ait tordu les bras, qu'on ait brisé les os, Qu'on ait souillé le corps, de ruisseaux en ruisseaux, iJe toute cette chair morte, sanglante, impure, L'âme immortelle sort sans tache et sans blessure, t

L'incrédule Cébès à ce discours souril ;

— « Je le saurai bientôt », dit Socrate. 11 reprit :

« Oui : le premier salut de l'homme à la lumière, Quand le rayon doré vient baiser sa paupière. L'accent de ce qu'on aime à la lyre mêlé, Le parfum fugitif de la coupe exhalé, La saveur du baiser, quand de sa lèvre errante L'amant cherche, la nuit, les lèvres de l'amante, Sont moins doux à nos sens que le premier Iranspori De l'homme vertueux affranchi par la mort! Et pendant qu'ici-bas sa cendre est recueillie. Emporté par sa course, en fuyant il oublie De dire même au monde un éternel adieu : Ce monde évanoui disparait devant Dieu!

(' — Mais quoi! suffit-il donc de mourir pour revivre?

— Non; il faut que des sens notre âme se délivre, De ses penchants mortels triomphe avec etforl; Que notre vie enfin soit une longue mort!

La vie est le combat, la mort est la victoire, Et la terre est pour nous l'autel expiatoire Où l'homme, de ses sens sur le seuil dépouillé, Doit jeter dans les feux son vêtement souillé, Avant d'aller offrir, sur un autel propice, De sa vie, au Dieu pur, l'aussi pur sacrifice ' !

« Ils iront, d'un seul trait, du tombeau dans les cieux, Joindre, où la mort n'est plus, les héros et les dieux. Ceux qui, vainqueurs des sens pendant leur courte vie, Ont soumis à l'esprit la matière asservie, Ont marché sous le joug des rites - et des lois,

1. On trouve ici l'exposition très nette de la théorie de l'immortalité méiitce, que nous avons exposée : les vers suivants en contiennent le développement.

2- Expression vague et même, au fond, inexacte : les rites sont la

Du juge intérieur interrogé la voix, Suivi les droits sentiers écartés de la foule, l'iié, servi les dieux, d'où la vertu découle, Soudei't pour la justice, aimé la vérité, Et des enfants du ciel conquis la liberté!

« Mais ceux qui, chérissant la chair autant que l'âme. De l'esprit et des sens ont resserré la trame, Et prostitué l'âme aux vils baisers du corps, Comme Léda * livrée à de honteux transports. Ceux-là, si toutefois un dieu ne les délivre, Même après leur trépas ne cessent pas de vivre, Et des coupables nœuds qu'eux-r.iême ils ont serrés Ces mânes ^ imparfaits ne sont pas délivrés. Comme à ses fils impurs Arachné^ suspendue. Leur âme, avec leur corps mêlée et confondue, Cherche en vain â briser ses liens flétrissants : L'amour qu'elle eut pour eux vit encor dans ses sens; De leurs bras décharnés ils la pressent encore, Lui rappellent cent fois cet hymen qu'elle abhorre, Et, comme un air pesant qui dort sur les marais, Leur vil poids, loin des dieux, la retient à jamais! Ces mânes gémissants, errant dans les ténèbres. Avec l'oiseau de nuit jettent des cris funèbres; Autour des monuments, des urnes, des tombeaux, De leur corps importun traînant d'affreux lambeaux, Honteux de vivre encore, et fuyant la lumière, A l'heure où l'innocence a fermé sa paupière,

partie extérieure et cérémonieile du culte ; ce n'est pas do les observer qui constitue la haute vertu idéaliste dont parle Socrate. 11 l'aut entendre : ceux qui ont toujours l'ait le Dieu.

1. Reine de Sparte, fameuse par l'amour monstrueux qu'elle conçut pour un cygne.

2. Les mânes sont les âmes des morts, que les anciens croyaient devoir être encore liées à un fantôme matériel. Les « mânes imparfaits » sont ceux qui ne sont point encore arrivés à s'aiïrancliir de ce reste du corps.

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