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A L'ÉPOQUE MÉROVINGIENNE

Grimm, dans sa Deutsche Gramniatik, distingue : Y quatre déclinaisons fortes des noms masculins; 2"" quatre déclinaisons fortes des noms féminins ; 3° deux déclinaisons faibles des noms masculins ; 4^ trois déclinaisons faibles des noms féminins.

La première déclinaison masculine forte comprend les thèmes en à, la seconde les thèmes en jà, la troisième les thèmes en û, la quatrième les thèmes en ^.

La première déclinaison féminine forte comprend les thèmes en a, la seconde les thèmes enjâ, la troisième les thèmes en û, la quatrième les thèmes en z.

La première déclinaison masculine faible comprend les thèmes en an, la seconde les thèmes enjàn.

La première déclinaison féminine faible comprend les thèmes en an, la seconde les thèmes enjân qui conservent lej consonne, la troisième les thèmes enjân qui perdent lej consonne.

Ces divisions, établies par le père de la grammaire germanique, seront suivies dans le présent travail qui aura pour base d'abord les chartes mérovingiennes originales des archives de l'Empire, publiées par M. J. Tardif; ensuite le texte de'l'histoire ecclésiastique des Francs, deVEpitome et de la chronique dite de Frédégaire, les inscriptions du nord de la Gaule publiées par M. Le Blant, et les monnaies mérovingiennes de la même région

Parmi les chapitres obscurs de l'histoire de la littérature savante du moyen âge, il n'en est guère de plus important que celui des destinées de l'humanisme au xif siècle. On est encore bien mal renseigné sur les écrivains lettrés et ingénieux qui, au rapport de Jean de Salisbury, luttèrent avec tant d'énergie contre ces contempteurs de la grammaire et de toute culture littéraire, les « métalogiciens » du Petit-Pont, les sectateurs du détestable Cornificius. Après une victoire passagère S les humanistes furent mis en déroute : maître Mainier, ce rhéteur incomparable, rhetor ille incomparaMliter eximius, vécut assez pour voir l'accomplissement de cette prédiction de l'antique sibylle : « Un jour viendra où l'étude des lois anéantira l'étude des lettres » ; et la décadence de l'art de bien dire, causée par le triomphe de la barbarie scolastique^ Mais, parce qu'ils n'ont pas réussi à endiguer le torrent des modes nouvelles, est-ce une raison pour oublier ces vieux maîtres? Sans doute, tous les dictatores, tous les auteurs de Poetriœ, tous les professeurs de rhétorique et de versification du xif siècle n'ont pas été des hommes éminents, et les élégances

1. Jean de Salisbury, Metalogicus, I, 5 : « ... Redierunt artes, et, quasi jure postliminii, honorem pristinum nactae sunt, et, post exsilium, gratiam et gloriam ampliorem. »

2. Giraldi Cambrensis Opéra, éd. Brewer, t. IV, p. 7 : « Literaturae defectus causa est quod scolares diebus istis in trivio studenles, pretermissis omnino fera duabus facultatibus pernecessariis, quarum prima recte, secunda vero lepide loqui docet et ornate, ad studium logices et garrulae loquacitatis apparentiam, quatinus acuti videantur et diserti, se cursu veloci transferre deproperant... Deflorescentibus itaque artibus, ... succrevit paulatim adulterina ea eruditio, que barbariem unice invectura videbalur. »

laborieuses d'un Mathieu de Vendôme, d'un Geoffroi de Vinsauf, inspirent aujourd'hui plus de pitié que d'estime ; mais Jean de Salisbury cite, au nombre des adversaires de Gornificius, des personnages tels que Guillaume de Gonches, Thierri de Ghartres, Bernard de Ghartres : amatores illi litterarum se omnes opposuerunt errori. L'histoire littéraire de ces chorèges de l'humanisme, chefs d'une Renaissance avortée, et de leurs disciples, n'a été écrite jusqu'ici que partiellement. Sur beaucoup de points, elle reste incertaine, bien que les beaux travaux de M. B. Hauréau aient grandement contribué, en ces derniers temps, à la préciser. Nous nous proposons de présenter dans ce mémoire quelques faits nouveaux et de réviser les solutions reçues de quelques problèmes anciens.

Le catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale de Bruxelles intitule brièvement le volume n° 2070 de ce dépôt : Summa dictaminum. Ge volume, qui vient de Stavelot et dont l'écriture est du xif siècle, a été étudié en 1842 par M. de ReiffenbergS en 1869 par M. Wattenbach^. Il contient un traité de rhétorique [ars dictaminis) , mêlé de prose et de vers, dont tel est l'incipit :

Consimiles res omnis amat nec compatit unquam Si quis dissimiles res simul esse velit.

La Summa dictaminum du manuscrit de Stavelot se retrouve au fol. 51 du n° 246 des manuscrits latins de la Bibliothèque impériale de Vienne (xif siècle), où M. B. Hauréau en a pris connaissance ^.

Le même ouvrage se lit enfin'' dans le n° 549 (fol. 25) de la bibliothèque de Bruges, qui est aussi du xif siècle. Il y est précédé

\. Annuaire de la Bibliothèque royale de Belgique, t. VIII, p. 129-135; Bulletin de VAcadémie de Bruxelles, IX, V partie, p. Tll-lll.

2. Anzeiger fur Kunde der deutschen Vorzeit, XVI, c. 189 et suiv.

3. Mémoires de l'Académie des inscriptions, XXXI, 2^ part., p. 100-101 ; Journal des Savants, 1883, p. 213.

4. Nous ne connaissons que ces trois exemplaires, mais ce n'est pas à dire qu'il n'en existe pas d'autres dans les bibliothèques dont on n'a point encore de catalogues détaillés, au Vatican par exemple.

d'une rubrique ainsi conçue : « Incipit dictaminis prosaici competens eruditio a Bernardino ad omnem sociorum utilitatem constituta. »

Recherchons, après en avoir sommairement analysé le contenu, quel est l'auteur de cet opuscule, et à quelle époque, en quel lieu, ledit opuscule a été rédigée

I. — L'auteur annonce, dans un préambule en distiques, qu'il va traiter brièvement, pour se conformer au goût du temps, de l'art de bien dire, et il invite les curieux à ne pas aboyer contre lui. Les manuscrits de Bruges et de Bruxelles ajoutent, sous la rubrique Coramendatio additionis , ce quatrain qui manque dans lexemplaire de Vienne, apparemment plus ancien :

Quamvis letari soleant novitate moderni,

Nil tamen est novitas utilitate carens ; Sed bene vivacis redolent compendia sensus,

Gujus ad introitum cornea porta patet.

C'est en prose que l'auteur définit ensuite le dictamen et énumère les quatre genres de dictamina : prosaïque, métrique, rythmique, mixte {quod constat partim eœ prosa, partim ex metris, ut dictamen Boecii). Il ne se propose de traiter que du dictamen prosaycum, et encore d'un genre particulier, celui qui convient au style épistolaire. Définition de Yepistola, qui se divise régulièrement en cinq parties : règles de la salutation, de l'exorde, de la narration, de lâpetitio, de la conclusion, accompagnées et appuyées d'exemples. « Mais il est temps, » dit notre rhéteur (fol. 3), « d'aborder la matière du cursus. » Suit une théorie complète du cursus. Après quoi l'auteur revient à la salutation pour en donner de très nombreuses formules, difîerentes suivant la qualité de celui auquel on s'adresse et de celui qui parle ; il s'applique aussi à fournir aux maladroits un choix d'exordes (proverbia) persuasifs ; quelques-uns de ces exordes sont en vers. Le traité, quand il était complet, devait com-

1. Nous n'avons eu sous les yeux que les manuscrits de Vienne et de Bruxelles. Nous citons le ms. de Bruges d'après les indications fournies par le Catalogue de M. Laude. Nous nous servons surtout du ms. de Vienne, le plus complet.

Notons ici que l'exemplaire de Bruges semble avoir été écrit à Chartres (P.-J. Laude, Catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Bruges. Bruges, 1859, in-S», p. 495).

prendre des collections analogues de formules de narrations, de pétitions et de péroraisons.

IL — Nous savons le nom de l'auteur de la Somme de Vienne, de Bruxelles et de Bruges, car on lit dans les trois exemplaires, à l'adresse des envieux qui oseraient attaquer une si belle œuvre :

Auctorem laudato Deum, quem ledit aperte,

Si quis in hoc operis insidiosus erit.

Bernardus siquidem tantummodo verba notavit

Guncta, valut docuit Spiritus Almus eum.

Dans les formules de salutation revient en outre très fréquemment le nom de « Bernhardus, dictaminum professionis minister ; » de « magister B., tocius litteralis science fulgore preclarus. » Un écolier est censé écrire à sa famille :

Nobilitatem vestram non cupio ignorare me, divina favente gratia, sospitem morari in dictaminum studiis, sub magistri Bernhardi doctrina jugiter conversari.

Quel est ce maître Bernard? Trois érudits ont risqué à ce sujet chacun une hypothèse ; nous sommes donc en présence de trois hypothèses différentes : tôt auctores, quoi sententiœ. Celle de M. de Reiffenberg est absurde : « La mention de Cluni dans les formules de ce traité semble indiquer qu'il s'agit de saint Bernard, cet homme étonnant... » — M. Wattenbach s'est montré beaucoup plus sage : « On pense tout de suite, dit-il, à Bernard de Meung, auteur bien connu de Flores dictaminum, mais l'incipit de la Somme de maître Bernard n'est pas identique à celui des Flores du dictât or de Meung, et, dans les « exemples » de ces deux traités, les noms de lieu sont très différents. Maître Bernard est donc un Bernard nouveau, que quelque heureuse découverte tirera peut-être un jour de l'obscurité. » — Quant à M. Hauréau, il attribue formellement l'opuscule du manuscrit de Vienne à Bernard, surnommé Silvestris, ou plutôt SilvesterK

III. — Avant de prononcer entre ces autorités considérables, il convient d'examiner les formules données dans nos manuscrits à titre de paradigmes. C'est d'ordinaire le meilleur

1. Sur Silvester et Silvestris, voyez Reginald Lane Poole, Illustrations of ihe history of médiéval thought. Londres, 1884, 111-8% p. 116, note.

procédé pour localiser dans le temps et dans l'espace les artes dictaminis qui nous ont été conservés.

Il résulte des formules de l'exemplaire de Bruxelles que, lorsqu'elles ont été rédigées, Frédéric F'' était empereur et Eugène III pape; Rainald était archevêque de Cologne. L'auteur des formules avait-il été en Italie? On le croirait, à le voir citer les noms de Ravenne, de Faenza, d'Ancône, de Fermo. Il cite aussi l'évêque d'Utrecht, l'évêque de Paris, l'abbé de Gluni, le prieur de Saint- Victor de Paris, le prévôt d'Arles. — Mais nous lisons, dans l'exemplaire de Vienne, d'autres noms : ceux du pape Innocent, des archevêques d'Auch , de Narbonne , de Salzbourg et de Mayence, de plusieurs dignitaires de l'Église de Paris, de Thibaud, comte de Blois et sénéchal de France S des évêques de Tarbes, de Dax et de Ratisbonne, de l'abbé de Saint-Gernin.

Ces renseignements sont assez faciles à interpréter pour ceux qui savent comment les artes dictaminis se transmettaient au moyen âge. — Soit un traité théorique comme celui de « maître Bernard » ; l'auteur avait naturellement nommé, dans ses exemples, les personnages de son temps et de son pays ; mais les copistes qui, plus tard et ailleurs, transcrivaient le traité théorique ne se faisaient point scrupule de remplacer dans les exemples les noms qu'ils ne connaissaient pas par ceux qui leur étaient familiers ; ils ne procédaient point toutefois systématiquement à ces substitutions, et certains noms du formulaire primitif subsistaient presque toujours dans le formulaire rajeuni. — Cela posé, il est très clair que le manuscrit de Bruxelles est un exemplaire du traité théorique de maître Bernard, qui a été copié par un clerc allemand attaché probablement à ce Mécène des dictatures, l'archevêque Rainald de Cologne, qui fit tant de voyages en Italie^; les m^entions relatives aux dignitaires de Paris et de Cluni sont

1. « Ponatur quod Theobaldus, cornes Blesensis, sit obsessus in quodam opido a rege Anglico, et scribat régi Gallico in hune modum : Serenissimo domino B. (sic) Dei gratta régi Gallie (!) Th., fidelis suus, cornes Blesensis, senescallus Francie, salutem et obsequium. » (Fol. 53.)

2. C'est à Rainald (cf. Romania, IX, p. 496) qu'est adressée la Confessio Golie {Notices et extraits des manuscrits, XXIX, 2« part., p. 269) :

Vide si complaceat tibi me lenere.

In scribendis litteris cerlus sum valere, Et si forsan accidat opus imminere, Vices in dictamine potero supplere.

des vestiges d'une édition antérieure. Nous dirons de même que le manuscrit de Vienne est un exemplaire allemand, copié peutêtre sur un exemplaire venu de la région pyrénéenne, où quelques mentions subsistent (Eglise de Paris, Thibaut de Blois) d'une édition primitive, cette édition primitive étant d'ailleurs certainement postérieure à l'année 1153, date à laquelle le comte Thibaut fut élevé au dapiférat.

En résumé, les noms cités dans les formules des manuscrits de Vienne et de Bruxelles nous renseignent approximativement sur la date et sur la provenance de ces deux éditions différentes de la Somme de maître Bernard ; ils ne nous apprennent rien ou presque rien sur la date et sur la provenance du traité théorique lui-même. On peut seulement conjecturer que l'édition primitive, dont les deux éditions précitées dérivent, venait de la France du nord.

Cette conjecture est fortifiée par un exemple de salutation en vers, peu flatteuse pour les gens de la ville de Blois, omise dans le manuscrit de Bruxelles, mais que le manuscrit de Vienne a gardée très certainement de l'archétype :

Spernere Blesorum semper mala verba virorum, Née dare conatus nisi noveris esse reatus'.

IV. — Nous sommes maintenant en mesure de discuter utilement les attributions de MM. Wattenbach et Hauréau.

A) M. Wattenbach a conclu trop vite. De ce que le formulaire joint au manuscrit de Bruxelles contient d'autres noms de personnes et de lieux que le formulaire joint aux exemplaires connus par M. Wattenbach de VArs dictaminis de Bernard de Meung, on ne saurait tirer cette conséquence que Bernard de Meung et le « maître Bernard » du manuscrit de Bruxelles sont deux personnages différents. UArs dictaminis de Bernard de Meung et la Somme de maître Bernard sont peut-être un seul et même traité théorique dont les formulaires seuls sont distincts.

« Mais l'incipit des deux ouvrages, ajoute M. Wattenbach, n'est pas le même. » — Ce second argument ne paraîtra pas plus valide que le premier, si nous montrons que, à la vérité, les incipit diffèrent, mais que Tun est Tabrégé de l'autre. Ne serait-il pas possible d'établir que VArs dictaminis de Bernard de Meung n'est qu'un abrégé de la Somme de maître Bernard ?

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