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Fol. 55 v% cl

Les exemplaires de VA7'S dictaminis de Bernard de Meung sont très communs. Voici la liste de ceux que nous connaissons^ :

a) Bibl. nat., lat. 994, fol. 30 (xiir s.). — Formulaire rédigé de

'H 87 à -H 98 dans l'Orléanais. — Cf. B, Hauréau, Notices et extraits de quelques manuscrits latins de la BibliO' thèque nationale, I, p. 98.

b) — lat. -15170, fol. 46 (xiii^s.). — Formulaire rédigé de

US^ kUS7 dans FOrléanais.

c) — lat. 4 093, fol. 55 (xiii^ s.). — Formulaire rédigé vers 4200

dans l'Orléanais.

d) — lat. 14193, fol. 20 (xiiie s.). Décrit par M. Hauréau :

Notices et extraits de quelques manuscrits latins de la Bibliothèque nationale, II, p. 356. On lit, fol. 23 v° : « Hec de salutationibus magistri Bernardi Magudensis archiepiscopi. »

e) — lat. 8653, fol. 23 (xiii^ s.). — Formulaire rédigé sous le

règne de Philippe-Auguste dans l'Orléanais 2.

f) — lat. 11386, fol. 32 (xiv's.). — On lit parmi les formules,

fol. 33 : « Summa quam legit doctor Bernardus et egit, » et au fol. 35 : « Incipit (lisez Explicit) summa magistri Bernardi. »

g) Bibl. d'Agen, n** 4 (xiii^ s.). — Formulaire rédigé après 1162

dans l'Orléanais. — Cf. L. Auvray, opus citatum. h] Bibl. de Troyes, n** 893 (xiii® s.). — Fragment relatif au cursus : a Magister B. Aurelianensis de dictamine. »

1. Des listes du môme genre ont été publiées par M. Delisle, Ann.-Bull. de la Société de rhistoire de France, 1869, pp. 140-142 (quatre mss.); par M. Noël Valois, Bibl. de l'École des chartes, 1881, p. 166, note 1 ; et par M. L. Auvray, documents Orléanais du XIP et du XIIP siècle, extraits du formulaire de Bernard de Meung, Orléans, 1892, in-8"', p. 5, note 3.

2. L'explicit est ainsi conçu (fol. 38 v°) : Explicit Summa magistri Guidonis. Il â conduit M. Delisle {toc. cit., p. 141) à supposer l'existence d'un « maître Gui, Orléanais », et professeur de diciamen. C'est sous le nom de « Somme de maître Gui » que M. Noël Valois a cité, dans tous ses travaux, l'opuscule du ms. 8653. Or, si l'on observe qu'au fol, 39 r" de ce manuscrit commence la fameuse Summa dictaminis de Guido Faba (Inc. : Quasimodo geniti...), on n'hésitera pas à croire que le scribe a écrit, par erreur, au bas du fol. 38 v° : Explicit Summa magistri Guidonis, au lieu de : Incipit Summa magistri Guidonis. Il n'y avait, parmi les dictatores, qu'un seul maître Gui, Gui Faba. L'opuscule du ms. 8653 n'est qu'un exemplaire anonyme de YArs de Bernard de Meung.

i) Bibl. de Munich, n^ U708, fol. 50 : « Bernardi de Magduno

Summa. »

j) — n° 22294, fol. 25 : « Bernhardi de Magduno flores dicta-

minum. »

k) — n«96, fol. n.

l) — imp. de Vienne, n** 52-1, fol. 85 (xiii^ s.). — Décrit par

Wattenbach dans VArchiv de Pertz, X {i 852), p. 557-560.

m) British Muséum, Add. mss., n« 48382, fol. 65 v'» (xiv« s.) :

« Summa Bernardina incipit. » — Le formulaire a été

rédigé à la fin du xii^ siècle dans l'Orléanais.

n) — Cotton. mss., Vitellius. G. VIII, fol. i28 : « Summa

magistri Bernardi que vocatur modus rhetoricus dicendi. »

o) — Add. mss., n" 84 67, fol. 4 69 (xiiF s.) : « Minor compi-

latio m[agistri] B[ernardi]. »

p) Bibl. Bodléienne, mss. Douce, no 52, fol. 89 (xiii^ s.). — Formulaire rédigé en Angleterre au xiii® siècle. g) Il faut ajouter un certain nombre d'exemplaires qui paraissent perdus. — Pez {Anecd., III, 3, p. 62) avait vu à Benedictbeuern en Bavière une « Bernardi magistri summa dictaminum. » — D'après V Histoire littéraire (XIV, p. 377), la bibliothèque du chapitre de Beauvais possédait jadis une Summa dictaminis qui, d'après l'analyse qu'on en donne, était absolument identique aux seize mss. ci-dessus énumérés (avec un formulaire rédigé de 1485 à 4 487 dans l'Orléanais). Elle était attribuée, paraît-il, à « magister Dominicanus Hispanus, » rubrique certainement fausse, qui provenait sans doute de quelque erreur matérielle ^

On voit que, sur dix-huit manuscrits connus de YArs dictaminis dont il s'agit, cinq {f, m, n, o, q) sont au nom de « maître Bernard » ; deux seulement {iy j) sont rubriques au nom de Bernard de Meung, mais le nom de Bernard de Meung se retrouve défiguré par l'ignorance d'un copistp^ dans un troisième exem-

1. La bibliothèque de Saint-André de Villeneuve -lez -Avignon possédait, en 1307, une Summa Bernardina; la bibliothèque de Sainte-Geneviève de Paris, au xiii** siècle, une Summa magistri Bernardi de dictaminibus (cf. L. Delisle, Cabinet des manuscrits, II, p. 514, n° 88; III, p. 8, n» 47).

2. Le nom de Meung (par exemple : Actum publiée, in domo magistri B. de Magduno) paraît d'ailleurs très souvent dans les formules. Les scribes étrangers à la région de la Loire l'ont défiguré de la manière la plus étrange. Celui de c, au lieu de fontem Magdunum, a écrit fontem istum madidum. Cf. N. Valois, De arte scribendi epistolas, p. 32.

MAITRE BERNARD. îl

plaire (d), et sous la forme « Bernard d'Orléans » dans un quatrième (h).

Les exemplaires de VArs dictaminis de Bernard de Meung, qui est entièrement rédigé en prose, se reconnaissent à l'incipit caractéristique qui leur est commun : « Ad doctrinam dictaminis accedentes » ou « accessuri », « primo debemus cognoscere » ou « primo videamus quid sit dictamen. Dictamen est litteralis edicio , venustate verborum egregia , sententiarumque coloribus adornata... »

Or, si Ton retranche de la Somme conservée à Bruxelles, à Vienne et à Bruges, le préambule en distiques dont nous avons parlé plus haut, et si l'on contracte légèrement, parla suppression de mots redondants et inutiles, les premières lignes en prose de l'opuscule, on obtient : « De dictaminum scientia grata rudibus documenta ministrare desiderantes... quid sit dictamen... breviter videamus. Dictamen est congrua litteralis edicio, venustate verborum egregia, sententiarum coloribus adornata... »

Ainsi, quoi qu'en dise M. Wattenbach, la Somme de maître Bernard ressemble fort, quant à l'incipit, à YArs dictaminis de Bernard de Meung. La ressemblance, d'ailleurs, ne s'arrête pas là, et une collation attentive nous permet d'affirmer que, tirades en vers et amplifications à part, le second opuscule ne doit pas être distingué du premier, dont il est purement et simplement l'abrégé.

Nous pourrions fournir au besoin d'autres preuves de ce fait que l'on connaissait au moyen âge deux rédactions, l'une assez ample, l'autre très abrégée, du célèbre ouvrage de Bernard. — L'auteur du Laborintus recommande, au sujet de l'art d'écrire en prose, les préceptes de maître Bernard, et s'exprime ainsi : « Dabit illam [viam dictandi] Bernardi major Summa minorque tibi*. » D'autre part, Pierre de Blois, qui juge sévèrement les écrits didactiques des dictatures en vogue de son temps, dit que le livre de maître Bernard est obscur et prolixe, tandis que les summulœ des maîtres tourangeaux sont insuffisantes ^ d'une sécheresse exagé-

1. Comptes-rendus de l'Académie des inscriptions, VI (1870), p. 260. Une glose interlinéaire ajoute après Bernardi : « illius doctoris rhetorici. »

1. (.( Licet magistri Bernardi de dictaminibus liber prudenter sit pertractatus^ delicatis tamen et minus districtis lectoribus perplexe prolixitatis dicitur arguendus. Turonenses etiam magistros dictandi scientiam in summulas redigentes nihil perfectum asserunt scripsisse... » Bibl. de l'Université de Cam-

rée; ces critiques s'appliquent fort bien respectivement à la major summa des manuscrits de Vienne, de Bruxelles et de Bruges, et aux minores summœ, abrégés d'origine orléanaise ou tourangelle , dont nous avons énuméré ci-dessus seize exemplaires complets ou partiels.

B) Maître Bernard, Bernard de Meung, Bernard d'Orléans, ne sont donc, à ce qu'il semble, qu'un seul et même personnage, dont la popularité, dans les écoles du moyen âge, est hors de doute; ce fut au XII® siècle un grammairien de grand renom ^ ; avec Gui Faba, Buoncompagno et Jean de Garlande, il fut considéré pendant le xiif siècle comme le dictator ^^diV excellence^ — Faut-il l'identifier, comme Ta proposé M. Hauréau, avec Bernard Silvester^?

M. Hauréau n'a point, à notre connaissance, donné les raisons qui l'ont conduit à attribuer à Bernard Silvester la Somme bernardine du manuscrit 246 de Vienne. Mais il n'est peut-être pas impossible de les deviner. Mathieu de Vendôme dit quelque part'* qu'il apprit dans la ville de Tours les règles du style épistoJaire sous la discipline d'un maître très renommé, Bernard Silvester :

Me docuit dictare decus Turonense magistri Silveslris, studii gemma, scolaris honor.

Dictando didici quid scribat amicus amico, Subjectus domino mancipioque potens.

Or, Bernard Silvester est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont l'un au moins, cité par Mathieu de Vendôme sous le titre de

bridge, Dd. IX, 38, fol. 115. Cf. Notices et extraits des manuscrits, XXXIV, 2* partie, p. 25.

1. B. Hauréau, Notices et extraits de quelques manuscrits latins de la Bibliothèque nationale, t. II (Paris, 1891, in-S"), p. 356.

2. Cf. la Somme de Conrad de Mûre : « Licet magistri in arte prosandi, videlicet Boncunbancus , Bernhardus, Guido, Johannes de Garlandia et alii quamplures in suis summis piurima proverbia, plures formas epistolarum posuerint, ad rudium informationem seu ad sue scientie ostentationem... » {Quellen und Erœrterungen zur bayerischen und deutschen Geschichte, t. IX, V part., Munich, 1863, in-8°, p. 482.)

3. M. Hauréau n'a pas proposé d'identifier Bernard de Meung avec Bernard Silvester, mais il attribue, comme nous l'avons vu (ci-dessus, p. 2, note 3), la Somme du ms. 246 de Vienne à Bernard Silvester.

4. Dans un formulaire de lettres en vers qui a été publié par M. Wattenbach {Sitzungsberichte de l'Académie de Munich, 1872, p. 580).

« Cosmographia Turonensis * », le De mundi universitate, appelé aussi Megacosmiis et microcosmus , jouit d'une légitime célébrité auprès des philosophes. Le style de Bernard Silvester, mêlé de prose (très soigneusement rythmée, conformément aux règles du cursus) et de distiques, est donc bien connu ; il ne diffère point du style du « maître Bernard » qui a composé la Somme bernardine du manuscrit de Vienne. Ce « maître Bernard » a écrit d'ailleurs très probablement, comme le professeur d'art épistolaire de Mathieu de Vendôme, sur les bords de la Loire, puisque, nous l'avons vu, il n'aimait pas les Blésois. Ne faut-il pas conclure du rapprochement de ces circonstances que la Somme de « maître Bernard » doit être ajoutée au bagage littéraire, déjà considérable, de Bernard Silvester ?

Nous sommes en mesure d'apporter, à Tappui de cette opinion si vraisemblable, un argument qui n'est pas sans valeur. On lit, dans un manuscrit de la bibliothèque d'Erfurt (0. 16, fol. 52-58), d'une écriture qui paraît remonter au milieu du xif siècle, un opuscule, mi-partie en prose, mi-partie en vers, ainsi rubrique : Liber de metrificatura Bernhardi Silvestris, optimi poetœ. L'auteur se désigne, dans un préambule en vers, comme dans le traité de dictamen prosaïque dont nous avons cité plus haut (p. 4) les distiques initiaux :

Quid sit oportunum cupientibus edere versum

Iste quaternellus suffîcienter habet, Quem Bernardinus, sociis ad vota favendo,

Elicuit breviter fructibus ex variis, Et, quatinus sua Musa sibi memoranda paravit,

Addidit huie studio sicque peregit opus^.

Bernard Silvester, qui commenta, nous le savons, à l'usage des écoliers, Y Enéide , sinon YEcloga de Théodule ^ fut certainement un professeur de rhétorique émérite, en même temps

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