CHRONIQUE DE MAI
Un prince et poète persan eut l'orgueilleuse idée de retenir chez lui, durant toute sa vie, le mois de mai. Et, pour tenter de réaliser ce prograninie, auquel la nature ne saurait souscrire, il ordonna que cent jeunes filles, ne passant pas dix-sept ans, chacune fraîche comme une fleur de cerisier et chantant comme fauvette, fussent lâchées dans s^es jardins.
— Ainsi j'aurai, dit-il, des fleurs du mois de mai, en décembre même, quand les rameaux sont morts.
Tous les ans, on renouvelait celle serre charmanle, de peur que les âg-es, les coloris, les voix ne vinssent à vieillir. Mais, après quelques ramadans, le prince et poète persan fut atteint de berlue et de surdité. Il ne vit plus les jeunes filles qu'à travers sa chassie et ne les entendit plus qu'à travers un bouchon de cérumen. Il se mit en colère, chassa toutes ces vierges ravissantes, en affirmant qu'elles étaient âg-ées et laides et que leurs voix n'étaient plus d'oiselles printanières, mais de pies borg-nes en hiver.