LE MOIS DE JUIN
ZODIAQUE
C'est VÉcrevisse qui est le signe zodiacal de ce mois. On s'est souvent moqué de la définition que donne de cet animal le Dictionnaire de l^ Académie: t Petit poisson rouge qui marche -à reculons. »
Pourquoi cette critique? Si nous considérons les choses d'un peu haut, l'écreyisse n'est-elle pas un poisson? Elle vit dans l'eau, elle a de» nageoires au bout de la queue. Pour ce qui est de sa couleur, il est vrai qu'elle n'est rouge que lorsque la bêle est cuite. Mais voyons-nous habituellement les écrevisses hors de la table, et obligerons-nous chaque Immortel à se mettre à plat ventre dans l'eau pour déterminer, entre les souches submergées, la seconde teinte de l'écrevisse ? Et n'a-t-on pas le droit strict, puisqu'elle a deux costumes, de la
dépeindre sous celui de pourpre, qui est le plus beau et, en somme, le plus naturel, puisqu'elle se présente à nous sous cet uniforme? Quant à faire grief à la docte Assemblée de prétendre que ce poisson roug-e marche à reculons, pourquoi? De pointilleux savants prétendent qu'il n'en est point ainsi, ils se trompent: dès que l'écrevisse voit la main qui s'avance pour la prendre, elle recule.
HOROSCOPE
C'est au mois de juin Qu'on fauche le foin.
Qui naît en ce mois Est rusé deux fois:
Il garde pour soi Cette odeur exquise Du foin dans la brise, Et donne le foin Qui ne sent plus rien A ux bêtes surprises.
i/autanach nu poètk hustiqur 209
POTAGER
Semer les flageolets, pincer les tomates, finir de récolter les asperges.
VERGER
Seringuer les pêchers et les abricotiers qui sont en espaliers. Écussonner à œil poussant les arbres fruitiers. Biner, lier, ])alisser et ébourgeonner la vigne.
JARDIN d'agrément
La rose. — Et, d'abord, la rose. Elle est née de l'églantine, et c'est à une origine si simple qu'elle doit d'être parvenue à une telle splendeur royale. Elle règne partout. Hafiz est ivre lorsqu'il tient une rose, telle tju'une coupe emplie d'un vin vermeil. Sophocle compare la rose au jour qui, tendrement teinté à l'aurore, le soir laisse ses nuages rouges s'effeuiller comme des pétales qui se fanent. Horace, dans sa villa,
jonche de roses la table où il mang-e la dorade farcie aux œillets. Dante compare le ciel à une rose, et il assied les élus dessus. Ronsard en a fait la fleur classique de la France, tellement qu'il est impossible, aujourd'hui, de ne pas croire que le sangde la rose s'est mêlé sur notre drapeau au sang- de nos soldats.
Lis commun. — Il est splendide. Il se contente de sa blancheur sans ég-ale, de sa droiture, de son humilité qui aime surtout les jardins villag-eois. Il prie. Ne le dérangez pas, sinon pour le mettre aux pieds de la Vierg-e.
Tubéreuse. — C'est un petit lis blanc, épais, charnu. Il n'a point la pureté du précédent. Il ne croît que dans le luxe. Son odeur lang-oureuse endort parfois dang-ereusement les Espag-noles qui le reçoivent des mains des étudiants donneurs de sérénades.
Pétunia. — Sa fleur est une cloche un
l'ALMAHACH du POèTE ROSTIOI'E
peu analog^ue à celle du liseron, généralement d'un violet comme déteint. Elle est simple ou double. Double, elle a Tair toute chiffonnée, mais chiffonnée avec art, comme certaines beautés. Se méfier: narcotique, et même vénéneuse.
Fuchsia. — C'est un arbuste où pendent cent clochettes ou petites poupées à corset vert, jupe violette ou blanche, robe rouge à basques. Les étamines et le pistil sont pendants. On dirait, de cet arbuste amusant, qu'il est la marotte de Tribonlet.
Mu/lier. — Son nom vient de ce que sa fleur ressemble à un mufle de bœuf. Je la compare plutôt au dauphin des fables. La corolle offre ceci de particulier que, fermée à son orifice, elle ne livre point passage pour la pollinisation aux abeilles. Celles-ci la percent avec leur dard pour atteindre le gynécée. Vous observerez les déchirures au moment que la fleur va se faner.
LE POETE RUSTIOUE