TILLEUL
Dans le jardin on compte vingt tilleuls, Dont la fleur d'or ailée au loin propage Ce doux nectar dont on fait un breuvage. Et vingt enfants qui mènent grand tapage. Et dix papas, dix mamans, cinq aïeuls.
Deux fiancés. Mais le poète est seul A prendre ombrage.
CHAMPS
Le blé est encore bleu. C'est à présent que la terre s'exalte dans la gloire de la Fête-Dieu. Toutes les cloches des ég"lises sonnent, et aussi toutes les clochettes des campanules animées par les bourdons qui les butinent. La fenaison bat son plein. C'est quand la prairie va mourir qu'elle est la plus belle. Les renoncules d'or luisant, les lychnis à flammes roses, les rhinanthes à bec de toucan, les oseilles cannelées et pourpres, les grandes-marg-uerites aux collerettes bien repassées, le lin léger
L'ALMANACU du I'OÈTE HUSTIQUB 3|3
comme l'air, les tremblantes g^raminées, la mousseuse et odorante reine-des-prés brodent le tapis eucharistique.
FLORE SAUVAGE
Rossolis. — Ce nom veut dire « rosée du soleil », à cause du liquide que sécrètent ses feuilles étalées en rosette. Ce liquide attire et englue les insectes dont celte « droséracée » se nourrit. Elle digère même fort bien, puisque l'on a retrouvé, jusque dans ses radicelles, des traces d'acide salicylique dont on avait enduit les mouches qu'elle avait capturées dans le piège de ses cils vibratilcs.
Ancolie. — La fleur de l'ancolie est une œuvre d'art, la juxtaposition de cinq pétales bleus éperonnés qui offrent le modèle du plus gracieux des vases tuyautés.
Orchis. — Des orchidées du plus bel effet apparaissent sur les prairies humides,
2l4 LE POÈTE RUSTIQUE
dans les forêts, parmi les foins. Sur les prairies humides, c'est la hampe de Vorchis guerrier, d'un violet-pourpre presque artificiel ; dans la forêt, le lisière aux deux feuilles en cœur, aux fleurs verdâtres ; parmi le foin, les sérapias aux langues aig"uës, d'un brun vineux.
Chèvrefeuille. — L'homme qui, au crépuscule, se promenant le long- des haies, songe à la mélancolie, à la joie et à la douleur d'exister, se sent saisi au cœur par l'ineffable parfum qui s'exhale des lèvres de rose et d'ivoire du chèvrefeuille comme s'élève dans l'ombre la douce parole de ceux qui font le bien.
FAUNE
Le goujon. — Le goujon a la forme d'une petite baleine, mais il ne possède point de jets d'eau et n'est pas un mammifère. Deux filaments, qui pendent de sa bouche toute
L'AUtANACn DU POiTE HUSTIQUB
ronde, lui donnent Tair d'un vieux g^rognard essoufflé. Sa robe est marron, argentée au premier âge, garnie de boutons noirs sur les côtés. L'appât qu'il préfère est le ver roug-c que l'on enHle à un hameçon moyen dont il ne faut pas laisser percer la pointe. Le bas de ligne doit toucher le fond. On emploiera un flotteur léger, lesté de deux ou quatre grains de plomb n» 8, selon la force du courant. Il faut pécher ce poisson, si possible, au confluent d'une rivière et d'un ruissclet qui apporte des détritus qu'il guette dans la marge la plus calme du remous. Laisser avec patience le bouchon osciller sur place dix, vingt fois s'il le faut: ce n'est qu'au moment qu'il ne danse plus ainsi, mais est traîné sur l'eau qu'il faut, au bout de cinq secondes, relever la ligne avec une extrême douceur.
Le martin-pêc/teiir. — C'est l'oiseau classe le plus vite, même avant la bécas-
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sine. Il est l'éclair bleu que la lumière et l'eau échangent entre elles.
Le geai, — Le g-eai est un gros moineau balourd qui a des yeux de bébé, un petit damier bleu sur son gilet gris, une cerise dans son bec et une fiente au...
FÊTES
Pentecôte. Trinité. Fête-Dieu. — Les fleurs montent à l'assaut de ces trois fêtes. Les enfants de chœur lancent en l'air, à la procession, des pétales d'un rouge sombre qui font penser aux langues de feu des apôtres.