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LE MOIS DE JUILLET

ZODIAQUE

Le Soleil entre dans le signe du Lioriy et il est vrai qu'à ce moment ses rayons frappant les blés coiffent le vallon d'une crinière d'or. Le lion, par son attitude majestueuse, la noblesse de ses mœurs, a mérité le titre de Roi des animaux. Ce n'est point qu'il ne se nourrisse de proie vivante, ni qu'il n'inspire de la terreur aux Arabes, qui prononcent : « le lion 1 > dans un sens g^énéral comme on dit : « César ! » et comme s'il n'y avait au monde qu'un lion et qu'un César. Tandis qu'une foule païenne en délire présentait au lion quelque vierge chrétienne, pure comme une étoile, dans l'espoir qu'il la dévorerait, on l'a vu s'avancer lentement dans le cirque et, plein de mépris pour l'Empereur de Rome, se coucher devant la martyre

dont il léchait les pieds nus. Je dédie ce procédé du lion à quelques pourceaux allemands.

HOROSCOPE

Qui naîtra en Juillet La belle jeune Jtlle Ravira sa famille :

Aura tresses de blé ; Coquelicot qui brille Pour bouche, et les bluets Dans son regard fourmillent.

POTAGER

Repiquer choux et céleris. Arracher les aulx et les échalotes. Récolter les premiers cornichons à qui l'on compare les imbéciles; il serait plus juste de les assimiler aux méchants : ceux-ci étant confits dans le vinaig-re.

VERGER

Pomone n'est pas encore joufflue à point, ni sa corbeille assez g-énéreuse. Le

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mois dernier elle jouait avec les cerises, dont elle se faisait des pendants d'oreilles. Elle s'attarde maintenant, parmi les écolières, à cueillir des framboises, à mordre dans quelques abricots hâtifs. Ce sont jeux d'enfants. Nous attendrons l'août pour voir la belle pêche, pareille au globe du soleil, éclairer la corne d'abondance.

JARDIN D*AG RÉMENT

Magnolia à grandes Jteurs. — Il abrite, dans son vernis vert, des fleurs parfumées qui ressemblent aux plus blanches colombes, dont elles ont la grosseur; les unes, en boutons, paraissent dormir; les autres, épanouies, s'envoler.

Grenadier, — Son feuillage est luisant comme un ciel d'Andalousie, et, avant qu'elles se transforment en couronnes d'or rouge et massif, ses fleurs sont autant de blessures faites au taureau par les dards.

CHAMPS

Tout est fondu dans la bleue lumière qui ruisselle. Et, de temps en temps, un moissonneur se redresse et montre sa face suante au ciel comme pour dire : « Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. » On rang-e à côté les unes des autres les gerbes qui deviennent un peuple à genoux.

FLORE SAUVAGE

Nénuphar blanc, — C'est une large rose, blanche et double, au cœur de miel, et qui flotte, retenue par une longue tige souple, entre des feuilles imperméables qui ont l'air de lunes échancrées, posées à plat sur le miroir liquide.

Butome. — Portée sur une haute tige, une ombelle soutient des corolles roses qui ont valu le nom gracieux dejonc-Jleuri à cette plante,^ si parfaitement décrite en

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deux mots, qu'un botaniste^ qui l'apercevait pour la première fois, devina que c'était elle.

Belladone, — Son histoire est sinistre, sa fleur livide : sa baie en deuil séduit les enfants, qu'elle empoisonne. Les courtisanes vénitiennes l'utilisent pour dilater leurs yeux déjà si' fous. De là son nom : bella dona.

Menthe. — La meilleure, pour l'infusion théiforme qui fait du bien à l'estomac, c'est la menthe un peu roug-e cueillie par temps sec dans les endroits sableux et rivulaires. On l'emploie à la dose de six feuilles pour une tasse d'eau.

Digitale. — On dirait d'un fuseau empourpré par la main de l'aurore : comme celui de la Parque, il accélère les mouvements du cœur, ou les ralentit tellement, que la mort peut s'ensuivre. C'est aux princes de la science qu'il appartient de doser le poi-

son de ces fleurs, dont chacune a la forme d'une tête de serpent gonflée par la colère.

Coquelicot et bluet. — Ces fleurs s'unissent au froment, qui blanchit, et drapent ainsi la terre avec le drapeau de France.

Grande-marguerite. — Un pied de grande-marg-uerite est un ciel constellé. Chacun de ses capitules est un cœur d'or entouré d'une collerette blanche. Cette composée aime la sécheresse du foin, les talus stériles, les voies caillouteuses au long- des rails. A Burgos, dans la chapelle enfumée d'un quartier misérable, je vis l'une de ces plantes qu'un moine à genoux soignait devant l'autel. Elle répandait un charme que je n'avais jamais ressenti, ne l'ayant point considérée jusque-là toute seule chez des pauvres dont le plus pauvre est Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Fraisier sauvage. — Avec son cœur, il embaume ceux qui le lui déchirent.

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FAUNE

Anguille. — Elle est si mystérieuse! Les anciens affirment qu'elle naît spontanément de la rosée nocturne ou du cadavre des chevaux. D'aucuns s'étonnent de n'y découvrir ni œufs ni laitance. Il a fallu que nos savants modernes appareillassent sur une Armada pour tenter d'arracher son secret à cette murène qui se reproduit dans les §,'randes profondeurs de l'Océan, remonte de là vers les fleuves et les ruisseaux où s'opère une sélection bizarre : certains sujets retournent chaque année, pour s'y reproduire, dans les demeures de Thétis, et, périodiquement, iront retrouver les eaux douces que les autres sujets élisent, une fois pour toutes, sans éprouver jamais la nostalgie de l'Empire salé. Ceux-ci se terrent dans le lit des rivières ou des étangs. Uien ne semble pourtant dififéren-

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cier l'organisme des ang-uilles fécondes et voyageuses d'avec les stériles et sédentaires. On en rencontre, chez les unes et chez les autres, de blondes, d'olivâtres, de noires.

Il faut, quand on les pêche, les laisser mordre leur soûl. La minute propice, pour relever, c'est quand elles entraînent le flotteur longuement et lentement à leur suite. Employer un cordon solide, car les grosses résistent terriblement et, hors de l'eau, glissent entre les doigts, s'enroulent à votre poignet qu'elles enduisent d'une sorte de collodion. Les saisir avec un chiffon, leur fendre la nuque, sacrifier le bas de ligne que la cuisinière retirera à loisir. Sinon, elles ont vite fait, si énormes qu'elles soient, sitôt qu'elles sont détachées, de disparaître en trois secondes sans qu'on puisse jamais les retrouver.

C'est pendant la nuit surtout qu'elles

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vont et viennent sur terre, ce qui semble expliquer leur présence dans les étangs isolés et même dans les puits. Mais, au soleil de midi, on en peut rencontrer dans les champs. Mon ami de P..., en chassant la caille, en tua une fort belle dans un chaume.

Eh bien ! non : malgré tout ce que j'écris là, j'ai l'instinct que l'anguille, cette souple algue vivante, est encore une énigme. Elle n'a pas dit. son dernier mot, si l'on peut ainsi parler d'un poisson.

Les personnes qui voudraient être renseignées sur la pêche particulière des anguilles, dite à la vermée, pourront m'écrire; mais je ne les assure pas d'une réponse.

La pie. — La pie est une commère qui m'intimide quelque peu. Elle a tout l'aspect d'une veuve fidèle à son long voile noir qu'elle traîne et balance en sautillant : sa queue. Je vous dis que ce n'est point un

oiseau ordinaire : il a quelque chose d'humain, et je ne m'étonne pas que les conteurs le fassent intervenir dans des aventures mystérieuses. Vieille cleptomane, il n'est pas un bouton de manchette, un porte-cig-arette ou une pièce d'or ou d'argent dont la pie n'essaye de s'emparer pour les aller cacher sous la tuile d'un toit. Ceci n'est point de la légende. Toute la journée elle jacasse, et le sens de ses parolos est celuici : « Ma voisine est une bavarde, elle ne me laisse jamais placer un motl »

On ne s'imagine pas que la pie ait un mâle. Elle est essentiellement femelle — et veuve par destination.

FÊTES

Fête Nationale : i4 juillet.

Ouverture des grandes vacances : cris d'enfants et de cigales, désœuvrement, objets brisés.

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PAYSAGE

On aperçoit, très loin, par-dessus les haies, du haut du perron du chAteau, le cliar plein de p-erbes qui cahote. On dirait qu'il va se renverser. Dans le parc, à gauche, sur la lisière du fourré de noisetiers, un enfant s'avance, un fdet vert à la main, pour capturer un papillon. Au milieu de la pelouse, autour du cadran solaire, les écoliers en liberté font une ronde. A droite, une jeune fille prend le sentier qui s'enfonce à travers bois et qui mène au bord du ruisseau. Elle s'assied sur la berge, un coude sur un genou, tenant sa joue de rose dans une main, et laisse tremper nég-ligemnient sa ligne dans l'eau glauque. Une petite anguille mord à l'hameçon, mais l'adolescente n'y prend point garde et ne nous dit pas à qui elle songe.

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