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reprochent, tout aussitôt, de leur avoir fourni le terrain et les agents favorables à leur éclosion. Cela rappelle le dialogue fameux entre l'examinateur et l'élève, que l'on cite à l'École de médecine :
L'Examinateur. — Monsieur, veuillez me dire quelle est la maladie de ce pauvre diable.
L'Elève, après examen. — Monsieur, c'est la dothiénentérie.
L'Examinateur. — Vous vous trompez. Examinez mieux.
L'Elève , après reexamen. — Je ne vois pas autre chose.
L'Examinateur. — Eh bien, monsieur, c'est la fièvre typhoïde.
Or, il faut savoir que la dothiénentérie et la fièvre typhoïde sont une seule et même maladie.
De même, j'avais accusé Malvy de trahison. Le procureur général le lave de l'accusation de trahison, mais pour l'inculper tout aussitôt de complicité de trahison. Il faut avouer que la cloison qui sépare les deux crimes est plutôt mince. Tellement mince que l'article 77 du code d'instruction criminelle est évoqué dans l'un comme dans l'autre cas. Quand celui qui est inculpé de complicité de trahison se trouve avoir été, pendant trois ans de guerre, chargé du poste le plus délicat et le plus important de la Défense Nationale à l 'Intérieur, son cas ne s'en trouvc-t-il pas encore considérablement aggravé ?
En mars 10 17, Malvy, enhardi par une longue impunité, entrait au comité de guerre, à la stupeur générale des patriotes, aux acclamations du Bonnet Bouge. Il n'y avait aucuue raison pour qu'il en fit partie, bien que Painlevé ait prétendu naïvement
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depuis que le groupe radical-socialiste devait, de toute éternité, être représenté au sein de ce rouage essentiel des opérations militaires. C'est là une conception de politicien de chef-lieu, qui considère toute chose, et même la crise historique la plus grave de la France, comme une question électorale. En fait, les seules fréquentations de Malvy auraient dû lui interdire à jamais l'accès de ce conciliabule ultra-secret et dont les décisions disposent de centaines de milliers dévies précieuses. M. Jenouvrier, cité par notre ami de Roux dans son admirable résumé sur le Défaitisme et les Manœuvres pro-allemandes, a défini en ces termes — dont chacun vise et touche Malvy par antiphrase — le membre idéal du comité de guerre :
Ne vivant que de la guerre, pour la guerre, ayant l'esprit toujours tendu vers elle, s' interdisant tout plaisir, toute distraction de nature à éloigner son esprit de la tâche formidable qu'il a acceptée, menant une vie simple, presque austère, ayant peu de relations, évitant les familiarités qui permettent les questions indiscrètes et auxquelles le silence qui les accueille ou les jeux de physionomie, qu'elles provoquent constituent parfois une réponse dangereuse.
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]>. ,., io — l'aller ego de Leymane, l'ami de
Sébastien Faure et d'Almereyda, n'était pas précisément pourvu des qualités ni des vertus que réclame l'honorable M. Jenouvrier. En revanche, il importait beaucoup à la bande de trahison du Bonnet Rouqe, à Guilbeaux, à Routier et à l'Allemagne que l'ami Malvy assistât aux délibérations du comité
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de guerre. L'échec de l'offensive d'avril 19 17 cm fournit la démonstration.
Retenons cette date du 29 mars où, sitôt après la démission du général Lyautcy — qui entraîne la chute du cabinet Briand — le grand aveugle Ribot appelle Malvy à siéger au comité de guerre. Elle est, à tous égards, le moment le plus funeste de la longue période de stagnation — mise à part L'héroïque défensive de Verdun — qui va de l'échec de la première offensive de Champagne (septembre n)i.'3) à l'échec de l'offensive du 16 avril 1917. Sous les noms de Viviani, de Briand, de Ribot et de Painlevé, c'est Caillaux qui gouverne par Malvy. Les fonctionnaires patriotes de la Préfecture de Police et de la Sûreté générale (voir les dépositions Moreau, Perrelte, etc.) assistent, navrés et impuissants, à la désorganisation de tous les services susceptibles de réprimer le défaitisme et do traquer les espions allemands et neutres, qui pullulent comme jamais. Le chef du deuxième bureau des renseignements est le triste Ladoux, boursier en uniforme de capitaine, protecteur du jeune Lenoir, fds du trop célèbre Alphonse Lenoir, dit « le Lenoir à Caillaux ». Ce Ladoux joint à une imagination rocambolesque une ignorance totale de l'ennemi. Il est à plat ventre devant Malvy et Leymarie, surtout devant Caillaux, le grand patron. Le policier malvy ste Maunouvy et le bègue Pascalis tripatouillent à qui mieux mieux les dossiers des suspects. Les frontières suisse et espagnole sont sans cesse parcourues par les navettes de trahison de la bande sinistre d'Àlmereyda. C'est surtout à Genève et à la Ghaux-de-Fonds que sont centralisés les renseignements sur tous nosp-rojets diplomatiques et militaires, recueillis au ministère de l'Intérieur, dans
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les bureaux deMalvy et de Leymarie, dans les comités secrets de la Chambre, au sein même du comité de guerre par les criminels du Bonnet Rouge, de la Tranchée Républicaine, de Ce qu'il faut dire, de l'Agence Républicaine, de l'Agence Primo. Issue des milieux anarchistes russes de Paris et de certaines ambulances où sont des Russes, la propagande de défection et de trahison va empoisonner les civils, puis les militaires. Le moral fléchit à l'arrière, comme la discipline à l'avant. Les amis de Trotsky et de Lénine, les émules de Guilbeaux procèdent — dans Paris même — à l'organisation d'embryons de soviets, sans être inquiétés le moins du monde.
Une consigne sourde, mystérieuse, la consigne Caillaux, obéie dans certains salons comme dans maints ateliers, dénigre les efforts des Britanniques, déprécie nos meilleurs généraux, représentés comme des « bouchers » et des « assassins », cherche à déconsidérer les patriotes, à terroriser les écrivains probes. Une lie de presse et de chantage fonctionne librement au grand jour, stagne dans les antichambres ministérielles, colporte des rumeurs infectes. Des équipes r; ' -s, soudoyées par
l'ennemi, attendent les soldais* en permission aux abords des gares, s'ingénient à les faire déserter. On déserte aussi chez les marchands de vins, dans les maisons de rendez-vous, dans des agences spécialement fondées à cet effet; l'une entre autres, rue de la Tombe- Issoire, procure par ballots' de faux papiers aux soldats défaillants contre une très petite somme. C'est l'immense assaut intérieur, donné au pays par une racaille que subventionne effrontément Malvy. Suivant le proverbe chinois, le poisson
pourrit par la loto, et il faut l'aveuglement lamentable d'un Yiviani, d'un Briand, d'un Ribot, d'un Painlevé pour ne pas reconnaître la main de l'Allemagne au sommet de l'administration centrale.
Les sénateurs commissaires avaient vu de près cette période navrante. Je ne leur apprenais rien de nouveau par ma déposition, qui reproduisait d'ailleurs, quant au point spécial de l'affaire du Chemin df?s Dames, celle que j'avais faite devant le capitaine Bouchardon. On en trouvera la reproduction fidèlement résumée plus loin, d'après la sténographie de l'audience publique de la Haute-Cour.
Je terminai en répétant, une fois de plus, que je n'avais été guidé, dans mon accusation, que par la volonté d'épargner à la France ensanglantée, une multitude de morts par surcroît, et de rendre possible la victoire militaire. 11 est bien certain, en effet, que l'influence occulte de Caillaux, l'action officielle de Malvy et les manœuvres de la tourbe à leurs ordres ne laissaient aucune espérance de battre et de chasser définitivement l'ennemi. Le Boche Schiller a dit : « Pour que la cloche paraisse à la lumière, il faut que le moule s'en aille en morceaux. » Je dis, moi : « Pour que la victoire paraisse à la lumière, il faut que la trahison s'en aille en morceaux. »
Le président Monis me dit, de son ton appuyé, en me regardant bien en face : « Nous vous donnons acte de votre déclaration. » Puis je saluai les commissaires, rangeai mes papiers et me retirai. Le lendemain et les jours suivants, j'allai corriger et signer les feuilles sténo-dactylographiées de ma longue déposition. Elles formaient un volume de
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535 pages grand format et le résumé que je viens d'en esquisser et celui que je fis plus tard en audience publique n'en donnent qu'un faible aperçu.
Toutes les personnes que je rencontrais et à qui je parlais favorablement des juges de la commission sénatoriale me disaient, en haussant les épaules : « Quelle poire vous faites! C'est une comédie réglée d'avance. Aucune enquête ne sera menée jusqu'au bout et Malvy sera acquitté triomphalement par les camarades. » Car il y a en France un préjugé très fort contre la juridiction politique et il faut avouer que les condamnations de Lur-Saluces, d'André Buffet, de Paul Déroulède et de Marcel Habert créaient un assez fâcheux précédent. Mais nous n'étions pas en guerre à ce moment-là. Beaucoup de sénateurs ont perdu des leurs sur les champs de bataille. La parole ardente de Clemenceau, le 11 juillet 191 7, les avait éclairés sur des abîmes qu'ils ne pressentaient pas. Enfin, le contact, la présence réelle, comme disait mon père, sont deux grandes choses. Ils avaient pu constater, de visu, mon absence complète de parti pris, d'emballement, mon vif désir de ne jamais forcer la note. C'est ainsi que, abordant le chapitre moralité, je leur avais apporté des témoignages des débordements de Malvy, que M. Pérès écarte dans son rapport, sauf en ce qui concerne des habitudes indéniables de jeu, tout en retenant le scandale \ Je leur
répétais : « Telle personne m l» erùiié cela, renseignez-vous, enquêtez. Il y a, sur tel point, des affirmations concordantes de tel et tel. Vérifiez. » Le sentiment qui m'animait, au cours de ces intéressantes audiences sénatoriales, était celui qu'a
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magistralement" exprimé M. le procureur Mérillon quand il a dit, dans son réquisitoire :
Est-il possible, en temps de guerre, quand la patrie est en danger, quand le peuple souffre et quand le sang coule à flots, de tolérer, sans qu'il soit puni, qu'an homme placé au premier rang des défenseurs du pays oublie son devoir, nétjlii/e ses Jonctions, encourage et assiste /es criminels qui font le jeu de l'ennemi et trahisse ainsi les intérêts mêmes dont il a la charge?
Oui, cela est-il possible:'
La Haute-Cour, tout en n'osant aller jusqu'au bout de ses attendus formidables, dans l'application de la peine, a estimé que non, que cela n'était pas possible.