VIGO, DIT ALMEREYDA ET SA BANDE
Voilà ce que j'ai appris à ce moment et ce qui avait été vérifié par un rapport émanant du ministre de l'Intérieur.
Il m'a paru étonnant que M. Malvy n'ait pas eu connaissance d'un tel rapport.
D'autre part, M. Malvy a déclaré qu'il] avait fait la connaissance de Miguel Almereyda seulement au moment de la déclaration de guerre.
Or, en 191 1, un de nos amis, détenu à la prison de la Santé, Lucien Lacour, qui est prèl à apporter devant vous son témoignage, qui a été au iront où il A été blessé, qui est aujourd'hui en congé temporaire, m'a fak cette déclaration : Au mois de lévrier ou de mars 191 1 (il pourra préciser la date, ce que quant à moi je ne peux l'aire), Almereyda dit à Lacour : u Mon vieux, il y a du bon ! j'ai mon copain Ma!v\ qui va être sous-secrétaire d'Etat. Nous allons passer au « politique ». Lacour pourra vous dire que, quelques jours après, M. Malvy étant devenu sous-secrétaire d'Etat, vingt-quatre heures après, Almereyda fut mis au régime politique et, comme on ne pouvait pas faire autrement, Lucien Lacour fut placé sous le même régime.
En réalité, je vous l'ai dit, ce nouveau journal le Bonnet Rouge, sous la forme où il se présentait, était certainement un organe, dès ce moment, allemand. Il fallait être aveugle pour ne pas s'en rendre compte, notamment à la veille de la guerre, clans les derniers mois de 191 3 et les premiers mois de 191 4-
Nous avons des circulaires de Miguel Almereyda déclarant qu'il est partisan du rapprochement francoallemand. Nous en avons d'autres déclarant qu'il va faire une campagne ou continuer une campagne du Courrier Européen contre l' État-Major français, notamment contre les généraux d'état-major et le général de Castelnau, qu'il va faire une autre campagne contre le Creusot en particulier.
A ce moment-là, Almereyda et sa bande, car vous allez voir que c'est une bande extrêmement bien orga-
nisée, prennent ouvertement la défense de Caillaux à l'occasion du procès de sa femme, à la suite de l'assassinat de Gaston Calmette.
A cette époque, Almereyda publie donc son journal, dans lequel est prôné le rapprochement franco-allemand, la haine des généraux dits de Jésuitières et où est préconisé le désarmement. On y trouve également la campagne qui est faite contre le Creusot. Tous ces textes absolument patents sont à la disposition de chacun.
Je vous dirai que c'est à partir de ce moment-là que tous les jours et la plume à la main, j'ai pris soin de lire le Bonnet Rouge. Laissez-moi vous dire que si les hommes politiques qui ont collaboré à cette feuille avaient pris la même précaution que celle que j'ai prise moi-même, ils se seraient bien vite aperçus que ce journal suivait complètement les inspirations de l'Allemagne. Cela était vrai avant la guerre, bien entendu, et dès les premières semaines des hostilités.
C'est une plaisanterie de prétendre qu'Almcreyda a eu une bonne attitude dans les premiers mois de la guerre. Almereyda, comme je le démontrerai devant vous, a simplement eu peur. Trois jours avant la déclaration de guerre, il se promenait sur les boulevards en criant : « A bas l'armée ! A bas la France ! » A la tête de ses compagnons, il criait : « Vive l'Allemagne ! »
Un Sénateur. — On l'aurait arrêté.
M. Léon Daudet. — Monsieur le Sénateur, le fait a, été rapporté dans tous les journaux de l'époque.
Almereyda n'a pas été arrêté parce qu'il avait derrière lui la confiance de Caillaux et l'amitié de Malvy. C'est pour cette raison que pendant tant de mois Almereyda a pu continuer sa besogne sans être arrêté ni inquiété en aucune façon.
En 1914, M. Sancerme, récemment encore directeur de la Voix Nationale, qui a écrit un livre documenté sur le Bonnet Rouge et intitulé : Les serviteurs de l'ennemi, est allé au ministère de l'Intérieur. Il y a rencontré Àlmcreydla qui parlait en maître des élections, qu
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avait L'attitude d'un homme qui était déjà dans l'intimité de la maison.
La guerre commence "Bt pendant quelque temps h Bonnet Rouge se tient tranquille; puis très rapidement, il commence à faire campagne contre la conscription anglaise. Il a commencé une campagne, évidemment inspirée, contre le Deuxième Bureau du Service des Renseignements de Paris.
J'insiste sur cette campagne du Bonnet Rouge parce que, je vous le répète, en lisant attentivement ce journal, vous y trouverez jour par jour la corrélation d'une part avec un autre journal qui parut bientôt et qui eut un assez fort tirage malheureusement, journal qui est l'organe de l'empire allemand dans les pays occupés et cjui s'appelle la Gazette des Ardennes, et d'autre part avec les mesures qu'allaient prendre à l'Intérieur M. Malvy et ses services. Il y a une corrélation directe mais bizarre cm lire la campagne menée par le Bonnet Rouge contre le Deuxième Bureau des Renseignements et les mesures qui vont être bientôt prises contre le Deuxième Bureau, el d'autre part les articles de la Gazette des Ardennes où dis patrioles (je ne parle pas de nous, Action française, seulement) mais où d'excellents Français, des personnes des plus honorables étaient traînées dans la boue quotidiennement par la Gazette des Ardennes, journal qui n'était publié que pour affaiblir et déprécier ce que Ion a appelé l'armée française de l'arrière.
Le Bonnet Rouge faisait exactement ici la même besogne. C'est à ce moment que Malvy le subventionne.
D'après ce que j'ai cru comprendre dans les explications d'ailleurs fort variables de M. Malvy, celuici aurait subventionné le Bonnet Rouge jusqu'à la lin de 191 5, et, à partir de cette époque, il aurait cessé sa subvention. 11 se défend, d'autre part, d'avoir eu avec Almereyda aucune espèce de relations autre que celle du ministre de l'Intérieur à journaliste stipendié.
l8o LE POIGNARD DANS LE DOS.
Je vous répète que, même en admettant cette hypothèse, il n'y a qu'à prendre la collection du Bonnet Rouge pour voir qu'il voulait dissuader nos amis Anglais de lever chez eux des troupes pour combattre avec nous. Ce journal faisait une campagne en faveur des Boches et de leurs agents à Paris.
Il y a un fait qui nous montre que Malvy était avec Almereyda dans d'autres termes que ceux qu'il prétend avoir existé entre eux .
Pendant que Malvy était à Bordeaux, son appartement du 23, avenue de l'Observatoire, fut cambriolé. Les cambrioleurs s'appelaient, autant qu'il m'en souvient, G'ilard et Paulet. C'étaient des fils de fonctionnaires très subalternes de la Préfecture de police. Ils étaient déjà allés cambrioler dans diverses autres maisons. Dans le cambriolage opéré chez Malvy, ils emportèrent des objets et divers documents. Là où le l'ait commença à paraître singulier, c'est lorsque la censure défendit complètement de parler des cambrioleurs de Malvy. Pour notre part, à l'Action française, quoique nous eussions des lueurs sur cette affaire, nous reçûmes l'ordre de résumer cette histoire en trois ou quatre lignes.
Or, à ce propos, il fut dit que l'on avait cambriolé chez Malvy un dossier dit des Roses d'Agadir. Le fait fut nié, puis recouvert, puis caché par la censure, mais en réalité, d'après l'avocat d'un des condamnés, maître Georges Desbons (les deux personnages et la femme qui les accompagnait furent condamnés), ce dossier des Roses d'Agadir avait été dérobé chez M. Malvy.
Comment M. Malvy avait-il chez lui un dossier concernant l'affaire d'Agadir, qui appartenait aux Affaires Étrangères? C'est ce qu'il ne m'appartient pas de déterminer.
Ce qui est certain, c'est que M. Malvy fit venir Almereyda et lui dicta une note dans laquelle il énumérait les pièces du dossier d'Agadir qu'il était important pour lui de récupérer immédiatement. Cette note a été remise par Almereyda à Me Dosbons qui m'en a parlé