‹ Le poignard dans le dos; notes dur l'affaire MalvyChapitre 24 sur 74 · VIGO, DIT ALMEUEYDA ET SA BANDE · texte numérisé non relu

VIGO, DIT ALMEUEYDA ET SA BANDE

et qui est allé ensuite la remettre au capitaine Bouchardon. Je pense que cette note doit figurer au dossier du chèque Duval ou dans le dossier de l'affaire Malvy puisque j'ai parlé moi-même de cette note à la Commission d'instruction.

Vous voyez donc, Messieurs, que, dès ce moment-là, Almercyda était considéré par M. Malvy comme une sorte de préfet de police particulier.

Malvy ayant des craintes sur un certain point, à qu s'adrcssc-t-il pour retrouver les pièces du dossier qui lui manque? Il ne s'adresse pas à la police régulière, il ne s'adresse pas à son ami Laurent, préfet de police: il fait venir un chef de bande qu'il sait êlre un voleur, un fabricant d'explosifs, un homme condamné pour outrages et injures à l'armée et il dit a ce voleur, à ce fabricant d'explosifs, à cet apache lui-môme chef d'apaches : « 11 arrive une chose très embêtante pour moi et pour Caillaux : des cambrioleurs ont dérobé chez moi un dossier concernant l'affaire d'Agadir. 11 faut me retrouver ce dossier à tout prix. Je vais te dicter la liste des pièces et ensuite, toi et ces camarades, qui êtes vraiment des maîtres de la basse pègre, vous allez me retrouver les pièces de mon dossier, vous me les rapporterez et vous aurez une bonne rétribution. »

Il est évident que lorsque Malvy vient vous dire que c'était le prolétariat qu'il sauvegardait dans la personne d'Àlmereyda, il vous trompe singulièrement. Il mettait Almereyda au courant de ses affaires dans la mesure où celles-ci lui paraissaient être le plus aventurées et le plus compromettantes.

De longue date, la Préfecture de police et la Sûreté générale s'étaient, je dois le dire, mises en garde contre le rapprochement franco-allemand; elles se méfiaient de Caillaux, malgré sa grande influence, aussi de son agent M. Malvy, car le résultat de mes études (et quand j'aurai fini de vous en parler, j'espère que vous partagerez ma conviction), c'est qu'il y avait, pendant la guerre, un professeur général de rapprochement franco-allemand

(vous savez ce que cela veut dire en bon français) et que ce personnage était M. Joseph Caillaux. Il y a eu un exécuteur des manœuvres administratives tendant à favoriser ce rapprochement franco-allemand, c'était Malvy. Enfin, il y a eu des agents transmetteurs de documents qui se sont appelés Miguel Almereyda, Marion, Duval, Landau, Guilbeaux, Routier et Goldsky.

La situation se présente donc de la façon que je viens d'indiquer.

MINISTÈRE DE l/lNTÉRIEUR ET POLICE

Les fonctionnaires de la Préfecture de police et de la Sûreté générale, qui sont évidemment des fonctionnaires républicains qui font leur devoir, connaissent les affaires auxquelles Malvy et Caillaux sont mêlés. Ces fonctionnaires assistent à des actes de camaraderie et de compromission, puis, la durée de la guerre augmentant, ils assistent à des actes de complicité qui les révoltent et devant lesquels ils cherchent une soupape de sûreté. Ils veulent trouver une échappatoiro et alors ils s'adressent non pas au directeur de l'Action française dont ils ne partagent pas les idées, mais à l'auteur de L' Avant-Guerre. Je n'ai d'ailleurs pas beaucoup de mérite à avoir fait ce travail, car je n'exagérais pas et je ne laisais que dire ce que tout le monde pouvait voir, c'est-à-dire l'action de l'Allemagne en France à la veille de la guerre.

Ces agents m'ont fait parvenir une série de dossiers. De ces dossiers, j'en ai remis quelques-uns à la Commission d'instruction au cours de la déposition que j'ai faite devantelle. Ils m'ont remis également un certain nombre de documents prouvant, comme l'a dit le lieutenant Mornet, qu'Ahnereyda, pendant les deux premières années de la guerre au moins, était le véritable préfet de police, et, disons-le aussi, le véritable ministre de l'Intérieur de Paris.

On vous a déjà dit ce que sont ces documents.

En réalité, les permis de séjour se donnaient sur la

MINISTERE DE l/i.NrélUEUn ET POLICE lS3

recommandation d'Almereyda et les levées d'arrêté d'expulsion se délivraient également sur la recommandation du même personnage. Il suffisait qu'Almereyda commandât pour que ses ordres lussent exécutés. Almcrcydaet sa bande n'avaient rien de commun avec des ouvriers, c'est une mauvaise plaisanterie que de le soutenir. Ces gens- là n'avaient rien à voir avec la classe ouvrière. Napoléon Poggiale n'est pas du tout un ouvrier; Goldsky n'est pas non plus un ouvrier; ce sont des cambrioleurs, des marchands de morphine,* des marchands de cartes transparentes, c'est le rebut de la société et, en les qualifiant ainsi, je vous assure que je suis encore au-dessous de la vérité.

Si la police avait fait son devoir dans les premières semaines de la guerre, si on avait coffré tous ces gens- là, que Malvy feint de prendre pour des chefs du prolétariat , tout ce qui s'est produit n'aurait pas eu lieu; mais au contraire Malvy leur donnait un blanc-seing, il faisait sortir tous ces individus de prison et les faisait réformer par l'intermédiaire des docteurs Lombard et Laborde et il leur donnait en réalité l'autorité dont il disposait luimême dans tous les milieux.

C'est ce spectacle inouï, historiquement incroyable, qui avait transporté d'indignation et de méfiance les fonctionnaires dont je vous parle et qui se disaient que. la I .erre se prolongeant, le fait de voir cette assimilation ! s brigands et ceux qui devraient arrêter de pareil canailles, était de nature à créer un véritable danger.

La s \tc a bien fait voir ce qu'était ce terrible danger. Pour en revenir à Àlmereyda lui-même, M. Malvy avait foi ' ;ii à cet ami une subvention sur laquelle je reviendrai

{.?.;« iu'il prétend qu'à ce moment il ne connaissait de lui que son casier judiciaire, je réponds que Malvy a eu dans ses bureaux, je peux dire dans les mains, car j'ai eu moi-même entre les mains des pièces qui étaient dans ses bureaux, peut-être douze ou quatorze dossiers, cou-

cernant les agissements des gens qui composaient la bande du Bonnet Rouge. Ces dossiers étaient explicites. J'en ai môme encore un en ce moment dans ma poche qui concerne Duval et dont je parlerai.

Dans ces dossiers, il est spécifié avec les dates, les chiffres et toutes les précisions à l'appui que ces gens-là vont en Suisse lorsqu'ils le veulent, qu'ils emportent des documents, qu'ils sont en rapport avec Rosenberg, avec Bettelheim, avec Margulies, avec tous les agents boches en Suisse et en Espagne.

M. Malvy a tous ces dossiers-là dans son cabinet, il peut les compulser tous les jours.

Eh bien ! c'est à ce moment-là qu'il confie des missions à l'étranger à de pareils bandits, c'est sur la demande d'Almereyda qu'il lève des arrêtés d'expulsion, alors que toute cette bande lui est signalée par ses propres services.

Il est donc impossible à M. Malvy d'arguer de son ignorance. Pour moi, j'étais instruit de ce qui se passait en ce qui concernait la bande du Bonnet Rouge par des pièces qui portaient l'en-tête du Ministère de l'Intérieur, de la Préfecture de Police, etc., pièces dont aucune n'a été frappée de suspicion par les personnes à qui je les ai présentées et dont aucune en effet ne pouvait être suspecte au point de vue de son authenticité.

C'est, Messieurs, lorsque j'ai vu que le mal en était arrivé à ce point que je me suis décidé à agir.

l'action française et l'union sacrée

Croyez bien, Messieurs, que ce n'est pas du tout parce que M. Malvy était un ministre républicain que j'ai agi comme je l'ai fait. Voici sur ce point ce que j'ai à vous faire observer, non pas pour m'excuser, mais parce que je veux vous faire un exposé fidèle des faits.

A l'Action française, journal royaliste, nous avons précisément, parce que royalistes, défendu tous les ministres en fonction à partir du moment où ils ont exercé leurs fonctions jusqu'au moment où ils les ont quittées, et

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cela quel que lût le parti auquel ils appartenaient, parce que nous pensions qu'en temps de guerre il fallait cesser toute polémique. S' agissant môme de ministres que nous avions attaqués autrefois violemment, nous pensions que ce n'était pas le moment de les rabaisser devant l'ennemi, et plus nous les avions attaqués, plus nous les soutenions pendant la guerre. C'est ainsi que M. Millerand, ministre de la Guerre, contre lequel j'aurais pu avoir quelques préventions, puisqu'il avait plaidé contre moi L'affaire de la Maggi-Kub, a été soutenu mordicus par r Action française, au moment môme où, dans le journal de M. Malvy, M. Millerand était traité de « cancer national » avec approbation de la censure qui laissait ainsi passer ces articles contenant de pareilles attaques contre le ministre de la Guerre.

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