LA DISSOCIATION INTERIEURE
Il est arrivé un moment où j'ai commencé à être édifié parce que je me suis rendu compte que nous étions engagés dans ce que nous avons appelé souvent, à V Action française, « la Guerre Totale ».
Il est arrivé cette chose admirable que, grâce à la valeur de ses enfants, au bout de quelques semaines de guerre, la France s'est trouvée sauvée par eux sur la Marne, comme ses enfants sont encore en train de la sauver une seconde fois en ce moment-ci. A partir de ce moment, la guerre se stabilise. Qu'est-ce qu'ont fait les Allemands? Suivant leur procédé bien moderne, ils se sont dit : « Il nous sera impossible d'avoir raison par la force des armées delà Russie, delà France, de l'Angleterre, de l'Italie réunies. » Ils ont alors procédé vis-à-vis de ces pa\s par ce moyen qu'ils appellent eux-mêmes u la dissociation intérieure ». Ce moyen est assez simple, caries Allemands n'inventent pas beaucoup, mais ils appliquent sur une large surface.
Ce moyen consiste à prendre dans les pays avec lesquels ils sont en guerre, des agents qui étaient en rcla-
l8G LE POIGNARD DANS LE DOS.
tions d'aflaires industrielles ou commerciales avec lesdils pays, ainsi que les éléments politiques qui eux-mêmes pouvaient ignorer les tendances de l'Empire allemand avant 1914- Le procédé consiste à reprendre ces éléments, à les regrouper par le moyen du chantage, à les remettre en mouvement, de telle sorte que, par la banque, par la presse, par la parole clandestine, il se produise dans les pays visés par l'Allemagne une espèce d' affaissement du moral et qu'il s'y produise ce que l'on a appelé si justement des vagues de défaitisme.
L'Allemagne i complètement réussi à ce point de vue pour la Russie, lie a failli réussir pour l'Italie; elle a échoué dans les c< nditions que vous savez, mais enfin elle a failli réussir porr la France.
Si elle a failli réussir pour la France, dans un pays qui avait montré à la Marne son extraordinaire ressort et sa grande puissance de sacrifice, puissance qu'elle avait montrée dans tous ses éléments, aussi bien ouvriers que bourgeois, aristocrates ou autres, car il n'y a eu aucune différence de classes, il n'y a plus eu qu'un seul cœur battant pour la France entière; si, dis-je, l'Allemagne a failli réussir dans ses vues, malgré les sentiments ardemment patriotiques de tous les Français, c'est parce qu'elle a rencontré de puissants appuis.
Je n'hésite pas à vous dire que ces puissants appuis elle les a trouvés en première ligne en M. Caillaux, en son agent M. Malvy et en l'agent de Malvy, Vigo Almereyda.
Malheureusement, Almereyda est mort dans des condi • tions que nous examinerons; il ne peut plus porter la parole contre ses deux anciens patrons, mais d'autres pourront parler à sa place.
Je commençai donc à publier dans l'Action française les faits que je viens de vous exposer. Il m'est évidemment impossible de dire comment les documents dont je parle sont venus entre mes mains, mais j'apportai des précisions telles et de plus en plus grandes qu'à un moment donné il fallut bien m' écouter; Non pas, Messieurs, que j'aie la prétention de ne pas m'être trompé souvent. Tous