‹ Le poignard dans le dos; notes dur l'affaire MalvyChapitre 26 sur 74 · LA DISSOCIATION INTÉRIEURE. X · texte numérisé non relu

LA DISSOCIATION INTÉRIEURE. X

les écrivains, tous les journalistes se trompent. Dans les conditions de travail qui sont les nôtres, il arrive que l'on puisse mêler Les dates, qu'on puisse chevaucher sur les noms, et aussi porter en temps de guerre une accusation présomptueuse ou fausse.

Toutes les fois qu'il m'est arrivé de porter une accusation que j'ai jugée présomptueuse ou fausse, je l'ai retirée Immédiatement. Par contre, au cours de la vingtaine de procès qui m'ont été faits par les agents de L'ennemi et qui jusqu'à présent ont été tous gagnés par moi, je n'ai jamais eu à faire machine arrière. Je vous citerai parmi ces procès ceux de la Maçjrji-Kub : à Marseille le procès Théodore Mante; le procès que nous a Tait l'agent allemand Uhde; le procès d'un autre agent ennemi nommé Reis8 de Fontainebleau. Je vous citerai un autre procès que m'a fait un agent allemand bien connu Richard flcller, et il est assez intéressant de noter ici que Richard Relier, qui avait comme avocat Mede Mon/ie, avait porté son affaire à Cahors. Je l'avais attaqué à Paris, mais il a jugé à propos de me poursuivre dans le département du Lot. Richard lleller a poursuivi son procès avec une grande àpreté devant toutes les juridictions; sur la question de compétence, la question est venue devant le Tribunal de Cahors, ensuite devant la Cour d'Àgcn, puis devant la Cour de cassation, ensuite devant la Cour de Bordeaux. Au moment précis où éclata l'a flaire Malvy, Richard Hellcr qui éprouvait le besoin absolu d'être jugé à propos de cette accusation de trahison, se retira subitement, tous ses procèsVévanouirent complètement et il n'en resta rien. A la suite de ces procès, j'eus la conviction de plus en plus forte que la bande du Bonnet Rouge faisait une besogne de trahison et je sentis la nécessité de porter contre eux: des accusations publiques. Je les ai accusés en effet publiquement d'intelligences avec l'ennemi. Cette accusation prit sa précision la plus grande au mois d'août 1916. A ce moment-là, nous fûmes avertis que Miguel Almereyda avait demandé un passeport pour L'Espagne. Nous primes la résolution de dévoiler le fait carrément

dans le journal, étant donné que l'arrivée d'Almereyda en Espagne coïncidait avec l'arrivée à Carthagènc d'un sous-marin allemand.

Je dois vous dire que la campagne du Bonnet Rouge, en réponse à nos attaques dans l'Action française contre les agents allemands, avait été véritablement affreuse.

On vous a parlé des calomnies lancées par l'Action française. C'est commettre une erreur. Jamais, au cours de cette campagne, nous n'avons attaqué les gens dans leur vie privée. Exception faite pour M. Malvy. En revanche, je dois vous dire que le journal le Bonnet Rouge, subventionné par le ministre de l'Intérieur, traînait tous les jours dans la boue ma famille, ma femme, ma mère, ma sœur et on prenait soin d'envoyer le journal à chacun des membres de ma famille que l'on attaquait ainsi quotidiennement. Vous avouerez que toute personne ayant simplement des sentiments humains et normaux pouvait concevoir une certaine irritation contre les gens qui subvenu jnnaient un journal répandant de pareilles ordures et de semblables attaques. Cette campagne du Bonnet fi igc était ignoble à ce point qu'il ne me serait pas possible rie vous donner lecture d'un seul des passages auxquels e fais allusion.

Ces attaques se sont poursuivies pendant deux ans sans interruption. Le but poursuivi par la bande du Bonnet Rouge, c'est-à-dire par Miguel Almereyda et ses commanditaires, était bien simple. On se disait: « Daudet est un homme violent. » J'ai cette réputation sans la mériter. (/Vires.) « Nous allons l'attaquer dans ce qu'il a de plus cl cr au monde. Nous allons le faire sortir de ses gonds, et il 3 aura une seconde affaire Calmette. » Au moment de la guerre, c'aurait été une bonne chose pour l'ennemi que d'amener quelqu'un à tirer un coup de feu sur un directeur de journal menant une campagne contre les procédés d'espionnage allemands. Voilà pourquoi le Bonnet Rouge continuait sa campagne sans relâche.

J'arrive maintenant, après vous avoir parlé d'Almereyda lui-môme, à vous dire ce qu'était la vie du journal

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