LA DISSOCIATION INTÉRIEURE
Le Bonnet Rouge recevait d'abord une subvention de Malvy. Celui-ci prétend que cette subvention n'a jamais dépassé 2000 francs par mois et qu'elle ne s'est prolongée que jusqu'à la fui de 1 < ) 1 f> . Je prétends, moi, d'après les renseignements qui me sont parvenus, que cette subvention s'est prolongée jusqu'au mois de mars K)i7 et qu'elle était de 8000 francs par mois. C'était du moins le chiffre qu'avouait M. Malvy. Ensuite il y eut des fonds versés par un fournisseur militaire nommé Francfort, à la suite probablement de manœuvres de chantage, car Almereyda était un maitre-ehanteur consommé, ce qui explique qu'après avoir été payé par Caillant et Malvy il ait tenu ceux-ci dans sa main. Ce Francfort avait versé à AhxMPteyda une somme d'environ 80000 francs. D'autre part, Paix-Séailles, ancien directcur du Courrier Européen, lui avait versé 70000 francs.
J'attire votre attention sur une souscription, celle du Syndicat des Bistrots, qui avait versé par Marion une somme de 70000 francs, a-t-il été déclaré, mais j'ai des raisons de croire que ce chiffre devait atteindre 100000 francs. Diverses antres personnes avaient versé de l'argent à Almereyda. Viviani lui-même s'est laissé entôler d'une somme de 20000 francs.
Nous arrivons alors aux participations allemandes. Duval a commencé par avouer iôoooo francs, puis devant le capitaine Bouchardon il a dit que c'était 3oo 000, puis '100000 francs, finalement on trouve qu'il n'avait pas reçu loin d'un million.
Il faut bien se dire que les Allemands qui emploient des gens de cette qualité sont eux-mêmes des personnages importants dans leur pays. Le prince Karl d'Isemburg et le banquier Marx de Mannheim qui ont versé des fonds à Almerevda étaient, l'un, parent du grand-duc de Ib et l'autre chargé de l'administration des fonds allemands dans la Belgique occupée. Tous deux avaient les plus hautes relations. 11 est bien évident que s'ils versaient des fonds dans ces proportions considérables à Duval, à Marion, à Landau et à Almereyda, c'est parce qu'ils sa-
vaient que leur journal avait une importance politique- Pourquoi avait-il une importance politique? C'est parce qu'il était subventionné par Gaillaux pour 4o ooo francs et par le ministre de l'Intérieur, qui lui versait des subventions régulières.
A la lecture de trois ou quatre numéros du Bonnet Rouge il était impossible d'ignorer le travail auquel se livrait CD jtr.iinal parmi nous. Ce travail était d'autant plus dangereux qu'il s'agissait d'une campagne violente qui gagnait un certain nombre de lecteurs et qui se répandait dans le public.
Almereyda a prétendu qu'i' é ait très lu dans le monde ouvrier. Je ne le crois pas. ï.n monde ouvrier n'est pas si bête que de ne pas flairer la, .scélératesse là où elle se trouve, et dans le Bonnet Rouge, elle était très apparente, très odorante. Mais le Bonnet Rouge était lu dans tous les milieux interlopes de Paris, surtout parmi les agents allemands et autrichiens, pour lesquels le Bonnet Rouge faisait campagne.
A partir d'un certain moment, le Bonnet Rouge se répand dans la zone des armées. Il y a eu à ce point de vue une déposition très intéressante qui a été faite à Marseille devant le capitaine Bessière, celle d'un chauffeur d' Almereyda, un Hollandais, nommé Edouard Rlisser. Lorsque Almereyda avait son permis pour aller dans la zone des armées, il emmenait avec lui son chauffeur et dans une des cinq ou six automobiles que possédait Almereyda, il emportait des ballots de journaux qu'il distribuait dans la zone des armées. Ces distributions eurent lieu en iqi5, 1916, et elles ne devaient avoir leur plein effet que dans l'année 191 7.
Non seulement Almereyda, mais encore tout son entourage, jouissait des faveurs gouvernementales.
Almereyda avait deux ménages. L'un était son ménage régulier, et l'autre se composait de la marchande de cocaïne de Montmartre, Émilienne Brévannes. C'était chez Émilienne Brévannes que se passaient naturellement les tractations les plus dangereuses.