‹ Le poignard dans le dos; notes dur l'affaire MalvyChapitre 28 sur 74 · LA DISSOCIATION INTERIEURE. IQI · texte numérisé non relu

LA DISSOCIATION INTERIEURE. IQI

Or, au moment de l'offensive de Verdun, c'est-à-dire quelques semaines avant l'offensive, puis en pleine offensive, alors qu'il était impossible à aucune femme d'otlicier de se rendre dans la zone des armées, Mmo Clairo- Almereyda d'une part et Fmiliennc Brévannesde l'autre, obtiennent de pénétrer dans la citadelle. C'est vous dire quelle était l'influence de ces bandits. Ces deux femmes pénètrent ainsi dans la citadelle de Verdun pour aller distribuer leur abominable canard dans un des moments les plus tragiques de la guerre.

Ce même chauffeur, Edouard Klisser, a déposé, sous la foi du serment, de l'intimité d'Almereyda et de M. Malvy. 11 a raconté notamment qu'au moment du changement de cabinet, alors qu'il était question que M. Malvv quittât l'Intérieur pour passer aux Colonies, Malvy et Almercyda se promenaient en voiture découverte et qu'il enlendait leur conversation. Malvv disait a Almcrevda : « 11 faut absolument que tu ailles parler à Briand. Tu sais toi-même combien il est important pour vous tous que je reste au ministère de L'Intérieur. » D'après Klisser, Almereyda se fit conduire chez M. Briand, puis il redescendit de chez lui au bout dune vingtaine de .-Minutes. Almereyda dit à Malvy : « Mon vieux, j'ri enlevé l'affaire, tu restes au ministère de l'Intérieur. »

D'ailleurs, chaque fois qu'il était question que M. Malv\ quittât le ministère de l'Intérieur, le Bonnet Rouge poussait des cris et élevait des protestations indiquées comme s'il s'agissait d'assassiner la France. 11 apparaissait au Bonnet Rouge que M. Malvy était indispensable au bonheur de la France.

On peut dire que, pendant les trois premières années de la guerre, l'inamovibilité de Malvy seul dans les différents ministères était garantie par ce journal qui élait d'une part par Malvy lui-même, et d'autre part par l'argent allemand, subventionné dans les proportions que je vous ai dites.

Le Bonnet Rouge n'était pas seul dans ce cas; il était le plus important, mais il y avait à côté de lui un journal

intitulé Ce qu'il faut dire, qui n'était pas quotidien, journal appartenant à Sébastien Faure. autre protégé de Malvy; il y avait aussi le journal la Tranchée Républicaine, dirigé par Goldschild dit Goldsky qui avait lui-même ses petites et grandes entrées au ministère de l'Intérieur et qui vient d'être condamné dans les conditions que vous connaissez maintenant par le troisième Conseil de guerre. 11 y avait également un nommé Jacques Landau qui vient d'ètie condamné à huit ans de travaux forcés (à mon avis il méritait bien davantage) qui était familier aussi du ministère de l'Intérieur et sur le même pied qu'Almereyda dans l'intimité de Malvy.

J'arrive au procès dont je vous parlais tout à l'heure, qui celte fois nous fut fait par Àlmereyda. Il nous poursuivit en diffamation parce que nous l'avions accusé de trahison, Ce procès se déroula en avril 1 9 1 7 C'était M. de Monzie, ami de Malvy, et ami aussi d'Almereyda, qui était l'avocat du Bonnet Rouge. Or, M. Malvy nous a dit qu'à la fin de i()i5 il avait retiré toute sa confiance à Almereyda, qu'il l'avait même sermonné en plusieurs occasions. Je crois savoir comment se passèrent ces sermons entre le bandit et l'employeur de bandits.

Toujours est-il que notre procès vint devant la 5e Chambre du Tribunal correctionnel, et fut plaidé par M° de Monzie. L'avocat du Bonnet Rouge dit ceci clans sa plaidoirie : « Messieurs Daudet et Maurras accusent le Bonnet Rouge d'être un succédané de la Gazette des Ardennes, et ils déclarent que Duval et Marion sont des agents de l'ennemi. » C'était en effet en propres termes ce que nous avions dit. J'ajoute que, comme vous le verrez par la déposition de M. le contrôleur Moreau, c'étaient ces attaques qui avaient déterminé la partie saine du ministère de l'Intérieur et de la Préfecture de Police à adresser au ministre un rapport sur les missions en Espagne et en Suisse des gens du Bonnet Rouge.

Je ne me rappelle pas quels ont été les termes cm-

LA DISSOCIATION INTÉRIEUR!:. ig3

ployés par M* de Momie, niais voici le sens de sa plaidoirie. Il dit aux juges de la 5e Chambre : « Comprenez bien, Messieurs, qu'un homme comme Almereyda, qui a dans la direction de son journal des hommes politiques importants (nous sommes en avril el niai 19 17), dont plusieurs ministres, vous pensez bien qu'un homme tel qu'Almercyda ne se rend pas tout bonnement en Suisse, pas plus que Duval ou Mari on ne le Font eux-mêmes, parce que telle est leur fantaisie. Non, Messieurs, quand l'honorable M. Àlmereyda, l'honorable M. Marion, et l'honorable M. Duval veulent le rendre en Suisse ou en Espagne, savez-vous ce qu'ils font? Ils vont au ministère et ils disent au ministre : « Nous allons accomplir une mission importante, nous allons nous renseigner sur les agissements des Allemands, nous vous apporterons des documents très intétnts. Donnez-nous l'autorisation d'aller en Suisse. Et, ajoutait Me de Monzie, ce n'était pas la peine que ces messieurs de V Action Française se mettent la cervelle à l'envers pour rechercher des numéros de passeports délivrés à ces messieurs. Tout le monde au Ministère savait bien que ces passeports avaient été donnés à ces messieurs, parce que l'on considérait Almereyda, Duval et Marion comme de très bons serviteurs de la France et comme faisant pour notre pays une propagande dans le genre de MBr Baudrillart. » (Rires.)

Voilà, Messieurs, quels ont été à peu près les termes de la plaidoirie de Me de Monzie. Vous pourrez d'ailleurs vous en assurer, car j'en ai la sténographie absolument exaete.

Vous trouverez, Messieurs, extraordinaire qu'un an et demi après, comme le prétend M. Malvy, la subvention ait été cessée au Bonnet Rouge et qu'Almereyda ait été menacé d'arrestation, alors qu'à la date que j'ai indiquée, Me de Monzie, ami intime de M. Malvy, qu'il défendait en août devant le Conseil général du Lot, vint dire devant la justice : « Pas du tout, c'est avec la pleine volonté et l'autorisation du ministère que

uos. i3

ig4 LE POIGNARD DANS LE DOS.

M. Almercyda et ses amis, Marion et Duval, sont allés en Suisse et en Espagne. Ils étaient revêtus de toutes les estampilles officielles. »

M0 de Monzie ajoutait, je m'en souviens : « C'est ainsi qu'ils ont été recommandés à M. Armez, notre agent consulaire à Saint-Sébastien, qui s'est mis à leur disposition, et à M. Juge, agent de la propagande française en Espagne. C'est grâce à ces hauts appuis qu'Almereyda ainsi que Duval et Marion, ont pu accomplir leurs missions en Suisse et en Espagne. »

A distance, tout ceci est comique, mais quand on pense à ce que ces messieurs, ainsi subventionnés par le ministre de l'Intérieur, ont coûté à la France, on trouve que c'est un peu moins drôle! Le procès eut lieu. Nous fûmes condamnés pour diffamation envers Almereyda. En effet, nous nous étions trompés sur un point : ce n'était pas à Carthagène qu'était allé Almereyda avec l'autorisation de son ami Malvy, c'était plus exactement à Bilbao, où, dans les conditions qui ont été racontées se trouvait un bateau allemand qui se mettait en communication avec le rivage et qui faisait parvenir aux agents allemands des instructions et des subsides.

Je vous parlais tout à l'heure de Jacques Landau. Ce personnage avait une bonne amie qui s'appelait M"c X. Elle aussi faisait partie de la bande apostrilée et recommandée par le ministre de l'Intérieur. D'ailleurs tous les gens apostilles et recommandés par le ministre de l'Intérieur étaient en général des escarpes et ils avaient tous des missions de confiance. Dans ce cas présent, c'est Mlle X. qui reçoit une mission de confiance en Espagne. Cette demi-mondaine, qui n'avait pas de vues spéciales sur la littérature française, va faire de la propagande française en Espagne où naturellement elle va s'aboucher avec Gaston Routier et les milieux germanophiles et elle rapporta ses documents dans la valise diplomatique qu'on lui avait confiée.

Voilà, Messieurs, ce qui se passait pendant la première année de guerre.

RABBAT ET ZUCCO. Ifl5

Page 1