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On vous a aussi raconté L'histoire de Rabbat. Rabbat est un personnage très singulier et très savoureux les faits ne se passaient pas dans des circonstances aus i graves. Rabbat était un Syrien, marguillier de IV Saint-.Tulien-le-Pauvrc. Cette église de Saint-Julieti-le- Pauvrc a à sa tète un archimandrite t\o* plus distingués. Tous les ans, cel archimandrite, oui ne se i tait pas de ce qui se passait, priait le prince abbé ^lax de Saxe de vouloir bien venir faire des conférences pour une solennité religieuse. Le prince Alax de Saxe, bien entendu, étuit un agent allemand, et en sa qualité d'agent allemand, il avait en secret sous ses Ordres Rabbat, marguillier de Saint-Julien-le-Pauvre.
Lorsque vint la guerre, Rubbat était associé avec un autre bandit qui s'appelait Zucco. ^ ous avez tous vu c nom dans des annonces mirifiques qui s'étalaient avani la guerre à la quatrième page des journaux, et suivant lesquelles on pouvait avec 5 francs gagner quelque cliose comme 5oo millions. Ce qui est certain, cV qu'avec les 5 francs versés par le public, Zucco i Rabbat, sans rien débourser, pouvaient gagner un certain nombre de centaines de mille lianes.
Ce même Zucco, au commencement de la guerre, reçut une mission pour aller en Italie. Pendant ou Duval recevait une mission en Suisse cl la maîtresse de Landau une mission en Espagne, Zucco recevait une mission en Italie. Quant à Rabbat, il obtenait tous les passeports qu'il voulait pour se rendre en Suisse. Quand il ne demandait pas ces passeports lui-même-, parce que c'était trop voyant, c'était une femme de son entoui qui obtenait du ministère de l'Intérieur Ions les passeports nécessaires. En Suisse, Uabl.Mt se livrait au tr< fie des titres volés dans les pavs occup
A un moment donné, ce trafic fut dévoilé. l'Action Française parla, elle raconta les accointances de Zucco
et de Rabbat avec Almereyda, ainsi que les subventions accordées au Bo?inet Rouge.
Le même chauffeur K lisser a raconté qu'un jour Almereyda avait besoin d'argent. Il était en automobile avec Rabbat. Il fit arrêter la voiture et dit à Rabbat : « Écoute, mon petit Rabbat, tu vas monter chez toi et me rapporter 20000 francs. Si tu ne me les rapportes pas, ce soir, je te ferai coffrer par Malvy. » D'après Ja déposition de Rlisser, Rabbat alla chez lui et revint avec la somme qu'il remit à Almereyda.
Ce qui est certain, c'est que les faits concernant Piabbat
comme ceux concernant Zucco et le Dr Lombard ainsi
que Garfunkel se retrouvent tout au long dans le
rapport dont je vous parlais et qui est au dossier
d'Almerevda.
l'affaire guilbeaux
J'arrive à Henri Guilbeaux. Dans ces mêmes dossiers Almereyda, du ministère de l'Intérieur et de la Préfecture de police, tout un chapitre est consacré à Henri Guilbeaux, et ses menées. On y indique clairement, bien qu'en termes voilés, que Guilbeaux est d'accord avec M. Malvy.
Ici, se pose un problème fort curieux. Je me suis demandé si les dossiers qui concernaient le Bonnet Rouge, qui avaient été communiqués d'une part au capitaine Bouchardon, et, beaucoup plus tard, M. Malvy n'étant plus au pouvoir, à la Commission d'instruction, avaient été remis au complet. Je ne le crois pas. Je pense même à l'heure actuelle que beaucoup de dossiers et beaucoup de pièces qui concernent le Bonnet Rouge, qui ont été remis à la Commission d'instruction, sont encore incomplets. Je n'ai pas le sentiment que l'on ait tout communiqué. J'ai eu le double de ces dossiers entre les mains. Dans ce double, il est nettement sous-entendu que le ministère de l'Intérieur a aidé de diverses façons ces gens-là.
L AFFAIRE GUILBEAUX. 197
C'est ainsi qu'il y a un dossier Duval qui m'a été remis à la fin de 19 16. Dans ce dossier, il est question de permis qui ont été obtenus par Duval pour se rendre en Suisse. 11 y est question notamment d'un permis n° 8/169 °îui ^u* a &tâ octroyé le 1 1 mai 1 916. Celui qui a rédigé la note, et qui est un policier des services de M. Malvy, ajoute : « Ce permis lui a été prorogé jusqu'au 22 juin 1916, jour où se terminaient les séances du comité secret de la Chambre. » Le rédacteur de cette note indique ainsi que le permis de Duval a été prorogé pour permet tre à celui-ci de porter en Suisse le compte rendu de la séance complète de la Chambre.
Je ne sais pas si le dossier dont j'ai communiqué partie au capitaine Bouchardon au moment de l'affaire Duval a été communiqué au complet à la Commission d'Instruction ; je n'en ai pas le souvenir.
J'arrive donc à un personnage qui n'est plus mystérieux mais qui l'a été pendant longtemps et qui a été dans les bonnes grâces du ministre de l'Intérieur comme Almereyda lui-môme. Ce personnage, on ne l'a connu ici que grâce à un certain nombre d'articles dont j'ai écrit quelques-uns et dont d'autres ont été écri'ts par Henry Bérenger, d'autres aussi par Louis Dumur dans le Mercure de France. Ce personnage a été un des vibrions les plus actifs de la défection russe et des mutineries militaires en France, (/est Henri Guilbeaux. Il vient d'être arrêté en Suisse dans des conditions sur lesquelles je reviendrai, car elles sont assez significatives.
Henri Guilbeaux était un ami de la bande du Bonnet Rouge. Il n'est pas douteux, en suivant la trame des faits, qu'il a bénéficié des faveurs spéciales du ministère de l'Intérieur.
Henri Guilbeaux est un sujet français. Au commencement de la guerre, il a été réformé et envoyé à Saint-Brieuc. Là, il a obtenu un passeport le 2 juin 191 5 pour passer en Suisse. Or, depuis longtemps, les services de la police signalaient, dans Henri Guilbeaux, un personnage suspect pour la bonne raison
qu'il avait été le correspondant d'un journal allemand bien connu, le Berliner Tageblalt. Henri Guilbeaux et sa femme, née Henriette Cobrat, passent donc en Suisse. Là, avec l'argent d'un agent allemand nommé Hartmann, dont il a été aussi beaucoup question pendant ces derniers temps et qui est inculpé lui-même d'intelligences avec l'ennemi, mais c'est un sujet alsacoaméricain qui ne sera certainement pas extradé, il fonde une revue intitulée Demain dans laquelle il défend avec ardeur et habileté les intérêts allemands, déprécie l'alliance franco-anglaise, puis, haussant le ton, f»n arrive fatalement à entamer une campagne abominable qui s'est poursuivie pendant deux ans et demi.
Il m'est apparu que Guilbeaux s'était tenu en relations constantes avec les gens du Bonnet Rouge. Mais, voici, Messieurs, qui est bien singulier.
A un moment donné, il a bien fallu, sur l'insistance des personnages renseignés, interdire l'entrée en France de Demain, la revue de Guilbeaux. A partir de ce moment-là, Guilbeaux s'est senti menacé et il n'est plus venu en France sous son vrai nom mais en prenant le nom une fois de Jacques Burkley et plusieurs fois de André Lefaivre. Je connais ces faits par le dossier en question provenant du ministère de l'Intérieur.
Je me demande dans ces conditions comment il est possible que M. Maivy ait pu ignorer ces faits, d'une part, et d'autre part, comment Guilbeaux a pu avoir en sa possession de faux papiers pour pénétrer en ce, à l'aide, on peut le dire, de la connivence du ministre de l'Intérieur.
La besogne à laquelle s'est livré chez nous Henri Guilbeaux n'est pas douteuse. Il y a à ce propos un fait lopique que l'on rencontre dans un numéro de sa revue du commencement do mai 1 9 1 7.
C'est que Guilbeaux annonce, dans des termes exprès, les faits des mutineries militaires qui n'éclateront que trois semaines plus tard. Je ne reproduirai pas les termes de cet article devant vous, d'abord parce que