I . AFFAIRE G A S T ON ROUTIER
mand, méliant, ne lui accorda que trois mille francs. Mais sur ces entrefaites, la colonie française de Madrid, qui connaissait Gaston Routier, publia dans le journal El Libéral, à la- date du Ie' avril, une protestation, signée de tous ses membres, dans laquelle elle disait en propres termes que Gaston Routier s'entendait avec le gouvernement allemand.
Veuillez bien, Messieurs, retenir cette date du Ier avril...
Un sénateur. — De quelle année ?
M. Léon Daudet. — Le r avril 191 7. C'est le gros moment de l'assaut donné par l'argent allemand et par les agents de l'Allemagne en France au. moral de la Nation et de l'Armée.
Il n'est pas possible qu'à ce moment-là les services du ministère de l'Intérieur aient ignoré la protestation publiée dans le grand journal de Madrid par les membres de la Colonie française et dénonçant Gaston Routier comme un agent allemand. D'ailleurs, le 6 avril, je commençais dans Y Action Française la même campagne contre Gaston Routier et je publiais un certain nombre d'articles en indiquant les raisons pour lesquelles on était certain que Routier s'entendait avec le gouvernement allemand. La censure ne m'aurait pas permis de publier les documents sur lesquels ma certitude était basée mais néanmoins j'affirmai cette entente et je publiai la protestation des Français établis à Madrid.
Les services de l'Intérieur, c'est-à-dire M. Malvy, ne firent absolument rien contre Gaston Routier. On le laissa continuer pendant les mois d'avril, mai et juin son travail meurtrier en Espagne, de la même façon qu'on laissait continuer et que l'on favorisait le travail de Guilbeaux en Suisse.
Ce n'est que le 29 juin, alors que j'étais allé trouver M. Maginot, ministre des Colonies, que j'avais eu avec lui une conversation au cours de laquelle je lui avais signalé quelques-uns des méfaits de son collègue
M. Malvy, ce u'cst qu'à ce moment-là, c'est-à-dire trois mois après, alors que le travail de Routier était l'ait, que les mutineries militaires avaient eu lieu, ce n'est, dis-je, que trois mois après, au dire môme de M. Bouju, contrôleur général au ministère de l'Intérieur, qu'une mesure fut prise contre Gaston Routier- Ceci se passait, je le répète, à la date du 29 juin.
De ce que je vais dire maintenant, je n'ai pas la preuve absolue, c'est-à-dire la preuve écrite, mais le fait m'a été certifié par de nombreux correspondants.
Un des amis et des compagnons de jeu et de débauche de Malvy... (Quelques sénateurs protestent.)
Je vous demande pardon, mais je tiens à tout vous exposer... (Parlez! parlez!)
Un des amis et compagnons de jeu et de débauche de Malvy m'avait été indiqué comme passant souvent toute la nuit jusqu'à l'aube avec Malvy, Leymarieet des agents du service de la Sûreté générale du Ministère de l'Intérieur, pour jouer aux cartes, faire ces fameuses parties de poker et d'autres exercices variés. Je n'ai pas eu le moyen de faire une enquête personnelle sur ce point. J'ai dit à la Commission d'Instruction ce que je pensais là-dessus.
Il reste à M. Malvy à expliquer comment, connaissant dès le ïcr avril et même antérieurement à cette date, par les services spéciaux de certains ministères que je ne veux pas désigner que Gaston Routier était surveillé, le ministre de l'Intérieur soit resté pendant trois mois en le laissant poursuivre sa besogne d'espionnage, sachant ce que l'on disait de lui en France, sans faire interdire à cet individu l'entrée du territoire français.
Le cas de Gaston Routier est aussi significatif et aussi important pour l'Espagne que celai de Marion, Duval et Guilbeaux pour la Suisse.
Je ne peux pas énumérer ici, Messieurs, car je fatiguerais votre attention, tous les faits et gestes d'agents ennemis qui ont été soutenus, défendus et munis de pièces favorables par le ministère de l'Intérieur, soit directement par M. Malvy, soit par un de ees agents qui était M. Ley-
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marie, actuellement condamné « d<j.i\ ans do prison pour complicité d'intelligences avec l'ennemi, et M. Mai noury qui depuis vingts-quatre heures vienl d'être inculpé de complicité de commerce avec l'ennemi, «mi attendant qu'il soit, comme je l'espère bien, inculpé d'intelligences avec l'ennemi. Il faut vous dire* en effet, que le ministère de l'Intérieur et le Préfecture «I»1 police étaient aux mains de M. Malvy et de ses subordonnés Leymarie et Mau noury. Leymarie et Maunoury sont frappés et M. Ylalv\ est, à l'heure actuelle, inculpé devant vous.
\ oil;i à peu près comment les choies se sont passées en ce qui touche Gaston Routier,