LE DEUXIÈME BUREAU DU 9. M. P
Au début de la guerre, voici ce qui se passait à la place de Paris, alors que le gouvernement français était à Bordeaux, où, entre parenthèses nous estimons, nous, m Française, qu'il avait parfaitement bien l'ail d'aller, car il était absolument inutile que le gouvernement et les deux Parlements restassent ici pour servir d'appât aux Allemands. Je vous dis ceci pour que vous sachiez que dans notre journal nous ne faisons un grief à personne de œ |>oinl de vue et (pie nous avons toujours soutenu qu'il fallait débarrasser la Ville de Taris de ton! ce qui pouvait constituer un appât pour les Allemands.
Le gouvernement était donc parti pour Bordeaux. 11 avait emmené avec lui Malvy, lequel avait emporté avec lui ses bagages importants, qui lui étaient précieux. C'était donc sur les épaules du Bureau militaire, du Deuxième bureau de la Place de Paris, c'e^l-à-diie sur le générai Galliéni, le général M au noury, le général Cierge rie, le colonel Bourdeau et le commandant Baudier. une reposait toute la charge de poursuivre et de traquer tous les espions qui donnaient l'assautau moral français, dans le même temps où les armées allemandes donnaient
l'assaut à la capitale dont elles s'étaient rapprochées dans les conditions que vous savez. M. Malvy s'était trompé en pensant que ces hommes continueraient Les mêmes errements. Le général Clergerie, le commandant Baudier et le colonel Bourdeau étaient des patriotes passionnés, éclairés, qui prirent l'affaire au sérieux, qui entendaient faire leur devoir et qui l'ont fait dans des conditions telles qu'ils ont collaboré grandement à la victoire de la Marne, car c'est par l'activité de notre service de renseignements militaires que l'on a appris ce que voulait faire von Klùck et qu'alors il fut possible de repousser l'armée allemande dans les conditions que tout le monde connaît.
Les hommes dont je parle, le général Clergerie, le colonel Bourdeau et le commandant Baudier, se sont préoccupés immédiatement de la question des frontières. Cette question était capitale. C'est, je vous l'ai dit, par la Suisse et l'Espagne que nous pouvons avoir des renseignements de contre- espionnage les plus importants et j'ajouterai les plus immédiats sur les projets et intentions de l'ennemi.
Or, il a été constaté qu'à ce moment-là les services de la Préfecture de police commandés par un homme bon, honnête, mais très faible, qui était M. Laurent, ne faisaient absolument rien. Le peu qui était resté de la police de M. Malvy contrecarrait complètement tous les efforts du général Clergerie, du colonel Bourdeau et du commandant Baudier. Notamment en ce qui touche la frontière suisse, je vous donnerai quelques chiffres que vous pourrez vérifier.
Dans l'espace de trois mois, il est venu trois mille personnes par la frontière de Lausanne à Paris, en septembre, octobre et novembre 19 i4 et dans le même temps, alors que ces facilités résultaient de l'état de choses laissé par M. Malvy, à son départ pour Bordeaux, trente étrangers seulement recevaient du consulat d'Allemagne à Lausanne la permission d'aller à Berlin. Vous voyez de quelle façon différente étaient dirigées les deux polices.