LE DEUXIÈME BUREAU DU G. M. P
En présence de cet état de choses, le colonel Bourdes u s'est ému. Il lut complètement brisé.
Puis-je parler ici de la situation de la frontière?
Dans lo courant des années 191 4i i«)i5 et 19 iC et une partie de 191 7, M. Malvy étant revenu à Paris, on constatait les va-et-vient par la frontière des personnes les plus notoirement connues comme agents de l'ennemi et désignées à M. Malvy par ses propres services comme des agents de l'ennemi, qui recevaient à trois, quatre on cinq jours d'intervalle des permissions pour aller plusieurs fois par semaine en Suisse porter aux Allemands, soit des instructions, soit des relations des missions qu'ils avaient eues à accomplir en France.
J'ai eu entre les mains et j'ai communiqué à la Commission d'Instruction à la Haute-Cour, des bordereaux de la société des Wagons-Lits, car ces gens-là, bien entendu, ne sont pas des ouvriers ni même de petits bourgeois, ils ne voyagent qu'en wagons de luxe. Dans le courant de trois mois de l'année iqiô, M. Malvy et le ministère de l'Intérieur ont, je le répète, donné des passeports à trois ou quatre jours de distance à des personnages notoirement suspects. J'ai cité notamment les noms de Lenoir, Guillaume, Desouclies, Alexandre Raffalovilch, agent allemand de la Banque de Petrograd, un des auteurs de la défection de la Russie; Soutter, directeur de la Maggi-Kub, société allemande, ardemment défendue par M, Malvy et par le Président Monier aujourd'hui déchu, contre toutes les attaques et toutes les révélations. Cette affaire Maggi-Kub, que je ne veux pas vous exposer, car il me faudrait pour cela plusieurs heures et je vous fatiguerais... (Oui! oui! parlez!)
Cette affaire Maggi-Kub est une des plus saisissantes qui soient. Elle montre nettement la volonté du président Monier et des services du ministère de l'Intérieur de laisser passer en Suisse et revenir autant de fois en France qu'il l'a voulu, Soutter, directeur d'une compagnie qui se dit française et qui est tout entière constituée, saut quelques rares exceptions, avec des capitaux
allemands et qui est l'unique fournisseur des armées allemandes en temps de guerre.
11 a été reconnu que Soutter, qui est allé plusieurs fois en Allemagne, est à la fois directeur de la Société à Paris, de l'usine de Kemptal, en Suisse, laquelle est à deux cents mètres de la frontière, et qu'il est directeur de l'usine de Singen. Aussi n'y-t-il pas le moindre doute sur la besogne qu'il fait, et cela avec l'assentiment de Malvy, depuis le commencement de la guerre.
On pourrait citer les noms de tous les agents allemands qui sont actuellement sous les verrous, inculpés, an ou qui le seront, et qui faisaient la navette, avec l'assentiment du ministre de l'Intérieur, c'est-ci-dire avec M. Malvy, entre la Suisse et l'Allemagne, d'une part, et, d'autre part, entre l'Allemagne et l'Espagne.
Cette situation continuant ainsi pendant quelques mois, il y eut des scandales. Le premier en date est le scandale Desclaux, sur lequel je ne m'appesantirai pas. Le bandit Desclaux a été condamné dans les condition -., que vous savez, 11 avait été le chef de cabinet et l'homme deCaillaux. C'est pour cette raison que Malvy, ami de Caillaux, prit la résolution « d'avoir la peau du générai Clergerie et du commandant Baudier ».
C'est aussi parce que le commandant Baudier avait rédigé sur l'espionnage allemand à Paris, et notamment sur la Maggi-Kub et Soutter, un certain nombre de rapports accablants qui doivent être dans les dossiers, que l'on résolut de le briser do façon à laisser toute liberté à l'espionnage allemand à Paris.
Je laisse à ces messieurs du deuxième Bureau le soin de vous dire dans quelles conditions cette abominable manœuvre a été exécutée contre la Patrie et en lace de l'ennemi.
M. le général Clergerie, îe commandant Baudier et le colonel Bourdcau, ont été frappés, chassés, ainsi que le général Mauaoury, pour n'avoir pas subi le» complaisances malsaines de Malvy, et pour avoir dévoilé les agissements de personnages notoirement connus comme