L INTERROGATOIRE DE MAL Y Y
iNotre éminent confrère Maurice Talmeyr, au cours des débats du procès de la Haule-Cour, a peint, dans l'Action Française, quelques portraits impressionnants des principaux acteurs du grand drame dont le Palais du Luxembourg fut le théâtre.
Le portrait qu'il a donné de Malvy, quand le Président Dubost l'eut invité à se lever pour répondre à son interrogatoire, mérite d'être reproduit ici.
A cette invitation du président Dubost, faite d'une voix un peu basse et comme compatissante, on voit se lever un être long, maigre, et qui a comme quelque chose de serpentin et de dégingandé! Le visage est osseux, livide, avec des yeux fatigués, un front d'audace, une petite moustache noire qu'il tortille volontiers, des cheveux trop soigneusement pommadés, et, sur tout cela, une expression d'éreintement et de gaminerie indolente. Il tient ses mains derrière le dos, s'appuie au banc derrière lui, et s'apprête à aller et venir entre ses deux avocats, qui se sont écartés pour lui donner du champ.
Sous l'audace et la menace du ton et des gestes, auxquelles ajoutent encore une déambulation et comme un vague langage continus, la défense de Malvy est d'ailleuis consternante de nullité, autant que choquante par sa grossière perfidie.
Dénégation mensongère, nullité, perfidie, ces trois qualificatifs résument en effet avec exactitude la défense de Malvy.
Non, ce n'est pas la défense d'un ministre de la Grande Guerre, d'un Chef. C'est tout au plus celle d'un subalterne maladroit et malhonnête, cherchant à se faire couvrir par ses chefs, mettant en cause ses subordonnés, ses successeurs, en un mot n'ayant pas le courage de ses actes. Ce criminel manque vraiment d'allure.
Les arguments de sa défense ont été déjà indiqués dans le rapport de M. Pérès et les réquisitions de M. le Procureur général Mérillon.
Avant tout, il cherche à se faire couvrir par le Conseil des Ministres, toujours tenu au courant des faits importants.
Il se retranche aussi derrière les circulaires et les instructions qu'il répand à profusion dans ses services. « Voyez mes instructions, dit-il, on les a appliquées pour me nuire, on ne les a pas comprises. »
Et puis les Parlementaires ont bon dos. C'est sur leur intervention qu'il a dû agir ainsi. Que pouvaitil contre eux?
C'est aussi le refrain connu des intérêts de la classe ouvrière, des menaces des militants de la cla-sse ouvrière. On ne pouvait porter la main sur les militants de la classe ouvrière!
On sait ceux que M. Malvy qualifiait ainsi : quelques anarchistes, criminels de droit commun universellement méprisés et haïs, des étrangers fraîchement naturalisés. C'est pour protéger cette clique immonde que le ministre de l'Intérieur n'a pas hésité à compromettre les intérêts de la Défense natio-
nale. On croit rêver. Malheureusement, c'est la cruelle réalité.
\ bout d'arguments, il met en cause perfidement le ministère Clemenceau, notamment dans la question des grèves, et produit au dernier moment des documents inédits qu'il s'est bien gardé de communiquer à la commission d'enquête. C'est enfin le refrain connu contre les pseudo-manifeslalions royalistes, mais ce dernier argument ne fait pas recette.
Tout ceci est mesquin, maladroit et vil. On en trouvera la sténographie complète a la Revue des (jiuses Célèbres politiques et criminelles.