‹ Le poignard dans le dos; notes dur l'affaire MalvyChapitre 57 sur 74 · DEPOSITION DU LIEUTENANT-COLONEL GOUBET · texte numérisé non relu

DEPOSITION DU LIEUTENANT-COLONEL GOUBET

Le lieutenant-colonel Goubet, contrôleur de J'administration de l'armée, qui, on s'en souvient, restitua à Duval et à Landau, sur l'ordre de Leymarie, le fameux chèque saisi à Bellegarde, vient alors faire sa déposition.

L'attitude de ce témoin causa quelque surprise.

Devant le troisième conseil de guerre, dans l'affaire du Bonnet Rouge, le colonel Goubet avait, avec énergie, rejeté toute la responsabilité de la res titution à Duval du chèque de i5oooo francs; devant la Haute-Cour il parut se ranger du côté des témoins défenseurs.

Il rappelle que, devant la Commission d'instruction, il avait déclaré que, selon lui, les accusations relatives à la livraison de l'attaque du Chemin des Dames et à la révolte de Cœuvres n'étaient pas fondées.

Chargé par le général Gallieni de réformer le contre-espionnage, il n'a, dit-il, jamais eu de difficultés avec Malvy. 11 donne des renseignements techniques sur les services qu'il dirigeait.

Invité à s'expliquer sur l'affaire du chèque Duval, le témoin déclare que son service n'avait jamais été informé par la Sûreté que Duval passait la frontière. Le chèque fut saisi par un officier du deuxième bureau. Landau fit plusieurs démarches auprès du colonel Goubet pour obtenir sa restitution. Celui-ci renvoya le chèque à la Sûreté qui refusa de le rece-

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voir. Après avoir rendu compte à ses chefs, le témoin alla voir M. Leymarie qui lui dit : « Il n'y a rien dans cette affaire, rendez le chèque. »

A propos des changements du deuxième bureau :

Le 2 septembre 1 9 1 . j , dit le témoin, un décret enleva lout pouvoir judiciaire à l'autorité militaire. Le 2" bureau du gouvernement militaire subsista. Au mois de novembre, M. Richard, directeur de la Sûreté générale, fit remarquer que cent soixante de ses agents se trouvaient au service du 20 bureau du gouvernement militaire de Paris. 11 redemanda ses agents. J'en référai au général (îallieni.

I). Vous ave/ connu le commandant Baudier?

K. - Si j'avais à le noter sur vingt, je donnerais bien peu de chose à un homme qui a arrêté si peu d'espions.

Le procureur général. — M. Malvy ne vous a-l-il pas dit qu'il tenait à se débarrasser du commandant Baudier?

H. — Je n'ai pas souvenir d'une insistance très spéciale.

Le procureur général. — Vous avez insisté un peu plus dans voire déposition à la Commission d'instruction. Je voudrais, aurait dit M. Malvy, que vous me débarrassiez du commandant Baudier.

R. — Les termes dont je me suis servi devant la Commission d'instruction sont les termes exacts de mon entretien avec M. Malvy.

M'' Bourdillon prend acte des déclarations du lieutenant-colonel Goubet, en ce qui concerne la suppression du deuxième bureau.

M. Bepmalc, sénateur radical-socialiste, qui, on se le rappelle, voulait l'ajournement de la réunion de la Haute-Cour, pose alors la question suivante :

— Le colonel n'a-t-il pas songé à faire arrêter M.Daudet?

Le colonel rectifie. - Le mot « arrestation » est

un peu exagéré. Je doDnerai des explications à huis clos.

Après avoir déclaré que le rapport de M. Bérenger sur le contrôle de la Sûreté générale a été versé au dossier de la procédure, M. le procureur général demande que, conformément au désir exprimé par M. Bérenger et pour que la lumière soit complète, on y joigne également le rapport établi par la commission d'enquête, instituée par lettre ministérielle n° 18194 du i4 juillet 19 17, commission qui «fut composée des trois généraux Brugère, Foch et Gouraud, afin de rechercher les conditions au milieu desquelles s'est développée l'offensive d'avril.

Il en fut ainsi ordonné.

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