M. RICHARD
M. Richard occupa le poste de directeur de la Sûreté de mai 19 \[\ au 29 octobre 19 16. Le témoin semble fort ennuyé d'être sur la sellette et donne l'impression d'un homme qui préférerait de beaucoup être ailleurs, mais le procureur général le tient bien.
Pour en avoir plus vite terminé, M. Richard dépose avec volubilité, et néanmoins avec prudence. Il dit oui sans dire oui, et non sans dire non, et entend ne rien préciser.
On arrive à parler d'Almereyda.
A plusieurs reprises j'ai porté à la connaissance de M. Malvy les renseignements de la Sûreté sur Almereyda. Ils étaient déplorables et le directeur du Bonnet Rouge m'était fort suspect. Aussi son voyage en Espagne attira mon attention, « mais je me rendis compte qu'il n'avait pu matériellement se rendre à Carthagène ».
Sur l'affaire du chèque Duval. — M. Richard cherche à ne pas se prononcer. Il affirme son estime pour M. Moreau qui s'est néanmoins trompé, dât le témoin, en disant que M. Malvy a ignoré les ordres de surveiller Duval.
Pour ce qui est du subterfuge de la double enveloppe signalé par M. Moreau, « on a cru qu'il y avait là un acte de méfiance vis-à-vis du ministre ». Ce n'est pas exact : « Je me préoccupais, simplement d'assurer l'arrivée intacte à mon cabinet du renseignement que j'avais demandé et d'empêcher l'indiscrétion d'un employé subalterne... » M. Moreau, de nouveau entendu, mettra les choses aw point.
LES DÉBATS. 3oi
A propos de Taffuire Rabhat. — M . Richard i clare n'eu avoir point conserve un souvenir pré< Il soumitun projet d'expulsion au ministre, M.Malvs approuva puis parla de suspendre l'arrêté d'expulsion.
Et puis, avant tout, pas d'affaires, n'est-ce pas, monsieur Richard?
DÉPOSITION DE If M. HOU TON ET BUDELO LES T É MOIN S « CAM A R \ D E S »
M. Mouton, directeur de la police judiciaire, n'est guère plus brillant que son prédécesseur. Il se i bien compte d'ailleurs qu'il n'est pas sans reproche et ne veut compromettre personne, par crainte de se trouver compromis lui-même. Aussi cherche-t-il à esquiver les questions précises et il a fallu toute l'habileté de M. Mérillon et de quelques sénateurs, MM. Larère, de Las Cases et de Selves, pour arracher au témoin quelques précisions, après l'avoir poussé dans ses derniers retranchements.
Il explique tout d'abord que, depuis le départ de M. llennion, la direction des recherches est part en deux divisions : le service des renseignement. s dont le chef est M. Dumas et la direction de la police judiciaire dont il est le directeur. En cette qualité M. Mouton n'avait à s'occuper que des crimes et délits de droit commun. Les affaires politiques pacifistes appartenaient à M. Dumas Mais, M. Mouton ayant sous ses ordres tous les commissaires de police, le service des renseignements de M. Dumas devait s'adresser à lui quand il y avait une opération à faire.
Il veut se dégager de l'atlaire Garfunkel. il a
rompu avec lui quand l'inspecteur de la Sûreté Fleury l'eut mis au courant de son passé. C'est même lui qui aurait, dit-il, déterminé son arrestation.
HUDELO
Gomme Mouton, Hudelo, ancien préfet de police semble déposer sous la terreur.
C'est pourtant un gaillard, physiquement du moins, mais sa déposition donne l'impression d'un être faible, qui a horreur des responsabilités.
Il explique abondamment qu'il a donné à l'administration qu'il dirigeait une impulsion des plus heureuses. Par ses soins les gares ont été nettoyées des gens interlopes et il a établi le contrôle des ouvriers étrangers. Ses rapports avec le G. Q. G. ont toujours été excellents. Mais Malvy ne l'autorisait pas à faire des perquisitions aux bourses du travail pour saisir les tracts. Il avait là-dessus des instructions formelles, qui l'ont mis en rapport très souvent avec le directeur du cabinet, M. Leymarie. Le ministre était très absorbé — je te crois ! — et il lui était difficile de l'atteindre.
Sa déposition est en contradiction avec ses déclarations devant la Commission. On le lui fait remarquer.
— Je ne me rappelle plus.
On parle du chèque Duval. Le témoin est harcelé par M. Mérillon, M. de Selves, M. Delahaye. Il ergote, invoque les défaillances de sa mémoire, se tait.
A propos de l'anarchiste Mauricius, Malvy déclare que Hudelo lui avait dit que c'était un indicateur.
M. Hudelo. — Je ne le contredis pas, mais je ne me le rappelle pas. Je ne dis pas que ce ne soit pas.
LES DÉBAT?. 3o3
M. Pérès. — Le témoin savait-il personnellement si Mauricius était un indicateur?
M. Iludelo. — Non.
M. Malvy. — L'avez-vous appris?
M. Hudelo. — Oui, le jour où vous me l'avez dit vousmême. J'ai appris que Mauricius était un indicateur le jour où vous me l'avez fait savoir après un coup de téléphone à la Préfecture de police.
M. Strauss demande au témoin s'il est au courant des fuites qui se sont produites à la Sûreté gêné raie. M. Hudelo déclare qu'il a connu ces fuites. Il a interrogé des fonctionnaires, chaigé M. Moreau de les surveiller. Il ne se rappelle pas autre chose.
On revient à Mauricius.
— Je demande au témoin, dit M. Pérès, de se rappeler ici la déposition qu'il a faite devant la Commission.
M, Hudelo répond oui et non, non et oui. Il confirme, mais il y a, déclare-t-il, des points sur lesquels il peut ajouter, ou d'autres sur lesquels il peut modifier.
Après quelques explications complémentaires de M. Mouton sur l'alîaire Lipscher, le Procureur général dit que, la Cour ayant décidé de me confronter à cette audience avec le colonel Goubet, il demande que cette confrontation ait lieu à huis clos.
Le huis clos dura une heure et Painlevé y participa. Il m'est impossible — et je le regrette vivement — de dire ce qui s'est passé au cours de ce huis clos.
A la reprise de l'audience, le colonel Goubet fut rappelé à la barre.
3o4 LE POIGNARD DANS LE DOS.
La déposition qu'il fit alors ne recueillit pas dan la presse caiilaumalvyste l'approbation que ses premières déclarations lui avaient value.
Après sa première déposition, Paul Meunier, dans la Vérité, qui n'a pourtant pas coutume d'exalter les militaires, désignait comme suit le lieutenantcolonel Goubet : « Un beau soldat, un bonnêle homme. » « Il a miné l'accusation sous des coups décisifs », clamait la Victoire.
Après ma confrontation avec le colonel Goubet, la même presse ne put cacher son dépit.
Voyons la Bataille : « L'œuvre monstrueuse de démence s'est effondrée, mais pourtant seul Daudet reste debout par la lâcheté des républicains, »
Quant au colonel Goubet, il ne vaut plus rien. « Il se contredit, il ergote, ses déclarations nouvelles s'opposent étrangement à celles qu'il apporta dans sa déposition. Sa versatilité n'accroîtra pas le respect... »
On voit par là qu'au cours de cette confrontation il ne s'était rien passé de bon pour l'accusé.
A la reprise de l'audience, le Procureur général fait remarquer au lieutenant-colonel Goubet les contradictions qui existent entre sa déposition et les propos qu'il a tenus à une personne qualifiée, au sujet des rapports qu'il entretenait avec le ministère de l'Intérieur.
Le procureur général. — Vous avez dit ici avoir eu les plus grandes facilités au ministère de l'Intérieur, et j'ai su que vous aviez dit le contraire à une personne qualifiée. Vous avez par conséquent dit deux choses complètement différentes. C'est ce que je voulais établir.
C'est un coup dur pour le témoin. Décidément les témoins à décharge n'ont pas de chance.
LKS DÉUA1 -. 3o5
HENIU GALLI
Henri Galli, député du IVe arrondissement de Paris, dépose sur la question des étrangers à Paris. Le quartier qu'il représente était, notamment au début de la guerre, infesté d'étrangers, de juifs russes et autres, dont la présence était un scandale et un grand danger pour la Défense nationale.
A différentes reprises, je me suis élevé, de mon côté dans /' Action française, contre la présence de ces indésirables, mais sans grand succès. Je me heurtais à une volonté supérieure de ne prendre aucune mesure contre eux.
J'ai signalé, dit M. Galli, à M. Laurent les faits déplorables qui m'étaient rapportés par des personnes particulièrement honorables. M. Laurent reconnut l'exactitude des faits, mais ne fit rien.
Je m'adressai alors au général Clergeiïe. Je n'obtins aucun résultat. J'eus alors l'impression qu'il ) avait à Paris une série de polices, qui non seulement ne collaboraient pas, mais manœuvraient les unes contre les autres et cette impression fut renforcée quand je fis partie de la Commission des étrangers. M. Galli entre dans des détails sur le cas du sujet ottoman Rabbat.
Malvy demande à répondre, mais s'attire une ferme réplique du député de Paris.
MM. Debierre et Bepmale, très excités, avaient tous deux, avec de grands éclats de voix, demandé à me poser quelques questions.
On sait que M. Debierre collaborait encore au Bonnet Roaye au moment où l'enquête était déjà ouverte sur les agissements d'Almcrevda, de Duval et de toute la bande.
L'intervention de ces deux sénateurs n'eut pas le
3o6 LE POIGNARD DANS LE DOS.
ucccs qu'ils escomptaient. M. Debierre aurait bien voulu savoir de qui je tenais les documents que 'avais déposés à la commission d'enquête.
— Ces pièces, disait-il, ne sont pas des copies, ce sont des originaux. Je demande à M. le Procureur général, qui connaît ces pièees, si son attention a été appelée sur cela et s'il a investigué sur le point de savoir qui avait commis ce vol.
Je répliquai avec calme : « J'ai reçu ces pièces de ceux qui me les ont communiquées, afin qu'elles fussent transmises à la plus haute justice de mon pays, c'est-à-dire à la Haute-Cour dont vous faites partie. Des patriotes français, indignés des actes de trahison commis au ministère de l'Intérieur par leur chef, ont voulu me mettre en mains les moyens de vous apporter les preuves de la trahison.
M. Bepmale. — J'ai le droit de dire que de tels actes de la part de fonctionnaires sont des actes de trahison.
— Il n'y a pas de trahison contre la trahison, ai-je alors répondu, et Bepmale se tint coi.