‹ Le poignard dans le dos; notes dur l'affaire MalvyChapitre 6 sur 74 · AU CLAN C AIL L AU Y-MAL V Y · texte numérisé non relu

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serment concernant toute la vérité et garder, par devers moi, les éléments des preuves et arguments que je considérais comme les plus forts. En d'autres termes, je me sciais laissé manœuvrer, mais seulement jusqu'à an certain point. Mon sentiment inné de la procédure l'ait (jue je me rends compte très rapidement des traquenards où l'on veut m'attircr et que je ne suisdupe que dans la mesure où — comme dit Maurras — cela peut être utile à ma cause.

[I faut retenir ceci, de cette longue discussion, que certains parmi les plus intrépides lave-malvystes, parmi ceux qui se donnaient comme les plus assurés de l'innocence de l'ancien ministre, conservaient néanmoins, par devers eux, assez de doutes pour préférer laisser la besogne au Sénat el s'écarter de moi comme d'un pestiféré.

On imagine aisément la répercussion de telles discussions byzantines dans les journaux, sur la place publique et jusque dans les cabarets de Montmartre. Le visible embarras des malvystes était blagué et chansonné un peu partout. Nos collaborateurs, peu dant cette période, revenaient de la Chambre en s'esclaffanl; ils suivaient en cela le fameux conseil du vieux Rabelais.

Finalement, et comme il fallait en sortir, le 28 novembre 191 7, sur le rapport de M. Pierre Forgeot, les députés votèrent le texte suivant à l'unanimité de 488 votants :

La Chambre.

Vu les pièces produites el qui seront versées au dossier de la procédure, savoir :

1° Une expédition du procès-verbal de la séance du Sciud du 22 juillet 1(J17, contenant un discours de

M. le sénateur Clemenceau, avec la réponse de M. Malvy, minisire de F Intérieur ;

2° Une expédition du procès- verbal de la séance de la Chambre des députés du 4 octobre 1917 , contenant une lettre de M. Léon Daudet à M. le Président de la République, lue à l'Assemblée, sur la demande de M. Malvy, par M. Painlevé, président du Conseil; et la protestation de M. Malvy contre les imputations dont il était l'objet;

3° Une expédition du procès-verbal de la séance de la Chambre des députés du 16 octobre 1917 , contenant une déclaration de M. Painlevé, président du Conseil, relative aux accusations portées contre M. Malvy, ancien ministre de l'Intérieur;

Considérant que, dans l'intérêt supérieur de la paix publique, la lumière doit être faite sur les accusations qui ont été portées contre M. Malvy, ancien ministre de l'Intérieur;

Vu la proposition de résolution par laquelle M. Malvy demande la nomination d'une Commission de trente-trois membres chargée d'examiner s'il y a lieu de mettre en accusation, pour crimes commis dans l'exercice de ses fonctions, un ancien ministre de l Intérieur ;

Vu l'avis émis par cette commission concluant à la mise en accusation ;

Vu l'article 12, paragraphe 2, de la loi constitutionnelle du 16 juillet 1875 ainsi conçu : « Les ministres peuvent être mis en accusation par la Chambre des députés pour crimes commis dans l'exercice de leurs fonctions. En ce cas, ils sont jugés par le Sénat » ;

Et attendu que des documents ci-dessus énumérés et .sous la réserve des protestations ci-desstis rappe

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lies résulterait contre M. Malvy, ministre de i Intérieur, prévention :

I ' l/oroir. en l'Jl7 . sur le territoire de la République, et dans l'exercice de ses fonctions de minisire de l Intérieur, renseigné l'ennemi sur tous nos projets militaires et diplomatiques et spécialement sur le projet d'attaque du Chemin des Dames;

2° D'avoir dans les mêmes circonstances de temps et de lieu et dans l'exercice de ses fonctions de ministre de l'Intérieur, favorisé l'ennemi, en provoquant on excitant des mutineries militaires;

Vu les articles 77, 78 \ 79, 80, 81 du code pénal.

Ordonne la mise en accusation de M. Malvy et le renvoie devant le Sénat pour y être jugé.

Dans cette même séance du 28 novembre, Barrés, répondant à Sombat, s'éleva à la plus haute éloquence, ainsi que devait le faire Jules Delahaye, quelques jours plus tard, et toujours à propos de Malvy.

Barrés, Delahaye, noms lumineux, associés depuis tant d'années à tout effort national, figures symboliques qu'aucun Français n'évoque sans un mouvement d'admiration et de gratitude.

Barrés, dans L'affaire Mal\ \ , s'est montré, comme toujours et dès la première heure, un admirable patriote. Non content de soutenir le moral public, dans les bonnes et les mauvaises conjonctures, avec la force de persuasion, le langage sobre et magnifique qu'on lui connaît, il a pris, au 7 juillet 19 17, la double trahison du Bonnet Bouge et de son ministre à la gorge, à la tribune de la Chambre. H a dénoncé le pacte abominable qui liait l'infâme élu de Souillac à la canaille almerevdienne. Il a marqué

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la bande en quelques traits de feu. L'Allemand et le défaitisme à sa solde ne s'y sont pas trompés et, depuis deux ans, n'ont cessé de couvrir de basses injures ce grand écrivain, qui s'est donné tout entier au service de son pays. Ils ajoutent ainsi à sa ju^lo gloire.

Jules Deiahaye, an cours de ces débats sur la trahison, a tenu à la Chambre le rôle de premier plan que lui assurent son intelligence, son courage, son éloquence et sa longue habitude des assemblées. Il s'est porté à cette seule véritable défense qu'est l'attaque, avec sa générosité coutumière, et il a fait reculer partout l'ennemi. Quel plaisir de voir arriver au journal, après une de ces séances tapageuses, ce fier visage aux yeux ardents, aussi détaché de luimême qu'il est plein de sollicitude pour ses amis. Avant même de s'asseoir, nous mettant les mains sur les épaules, le député de Cholet fait le point : « Ça va très bien. Les malvystes et les caillautistes ne s'attendaient pas à ce nouveau coup. Ils reculent, et, d'ici une semaine, ce sera la débandade. » Toujours son pronostic se vérifie. Rarement homme politique regarda aussi peu à sa peine, se dévoua aussi entièrement à son idée. A toute heure du jour et de la nuit nous l'avons relancé, Maurras et moi, dans son appartement du boulevard Malesherbes, au cours de cette longue campagne, et nous l'avons trouvé prêt à nous rendre service et à recommencer la bjtta. Sa chaleur est extraordinaire, telle qu'au temps du Panama. Je lui répète : « Vous n'avez pas changé, depuis le souper historique chez Barrés en 1893, dans le petit hôtel de la rue Caroline, après la première représentation d'Une Journée parlementaire. » Il prétend modestement que ai, que le

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temps a marché, mais son bon sourire guerrier et la vigueur de son étreinte prouvent assez qu'il n'en est rien.

La guerre n'est pas seulement l'épreuve du cou rage et de l'esprit de sacrifice à l'avant. Elle esl encore l'épreuve du caractère à l'arrière, li n'y a pas de milieu, elle trempe ou elle désagrège, < 1 lo ren force ou elle ('étruit. Combien de nos contemporains, qui passaient on temps de paix pour des vedettes, littéraires ou politiques ou scientifiques, ont disparu, depuis août 191 4, dans Je baratbre cl le néant, alors que d'autres, plus modestes, ou d'un retrait de meilleur aloi, ont vu leur renommée grandir et leur valeur réelle apparaître ! Les gens considéraient Alfred Capus comme un amuseur, comme un auteur plein de vues et de trouvailles- charmantes, mais léger et superficiel. Il s'est révélé ainsi qu'un maître journaliste, qu'un des rnainteneurs de la confiance française. Certains de ses courts filets du Fi<jaro sont des chefs-d'œuvre, de la quintessence de jugement sûr. Au lieu qu'un versificateur à la mode, comme le pauvre Rostand, est tombé, avec son héroïsme en toc et en clinquant, dans le quatorzième dessous. Qui donc se rappelle» aujourd'hui qu'il \ eut dans les lettres un touche-à-tout du nom de Paul Adam? On ne parcourt plus, d'un pouce distrait, sur ces quais que menace le canon boche à longue portée, ses falotes pronostications que pour en rire. Il n'en est aucune qui ne soit à l'envers ou au rebours des événements. La mitraille de la réalité sanglante a fauché sans pitié les faux talents et les réputations usurpées.

On m'objectera une erreur du nombre, — idohi fori — la vente formidable d'un méchant livre et

d'un livre mauvais tel que le Feu de Barbusse. Cela, c'est l'accident d'origine démocratique, comparable à la vogue de Zola, autant pour la bassesse de qualité du succès que pour sa diffusion rapide. Il s'agit d'une poussée de furonculose sur l'intrépide moral de la France, poussée qui a trouvé son expression dans la vision malsaine et l'aigre phraséologie d'un imitateur de la Débâcle. Le Feu, c'est le genre de littérature adéquat à la même période de stagnation militaire qui nous livra précisément aux entreprises du caillaumalvysme et du Bonnet Rouge. Maurice Pujo, notre vaillant et cher « Biffin », l'a défini et châtié d'un mot : << Du sirop de cafard ». C'est un bréviaire du défaitisme, dont la victoire actuelle démontre le néant.

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