LA DEFENSE DE LA TRAHISON
Nous avons explique, dans la Guerre totale, comment les Allemands subventionnaient à Paris, en pleine guerre, un journal, le Bonnet Rouge, destiné à défendre leurs intérêts el à saper l'alliance anglaise. Mes amis et moi avons détruit ce nid de vipères. Or, à partir du moment où Caillaux et Malvy se trouvent ainsi découverts, c'est-à-dire vers le mois de novembre 1917, on remarque, dans certains milieux et dans une certaine presse, l'organisation d'une seconde campagne, sur une deuxième ligne, dite de repli, dans le dessein manifeste de défendre, non plus les intérêts allemands, mais les défenseurs de ces intérêts, non plus les espions, mais les traîtres.
L'officier interprète Marchand — un des hommes qui connaissent le mieux les dessous de l'action allemande chez nous pendant les hostilités — a déclaré, devant le capitaine Bouchardon et devant la Haute- Cour, que l'administration boche de l'espionnage et de la trahison occupait à Berlin une quinzaine d'immeubles, plus de cinq cents employés, une centaine d'officiers et maniait des fonds supérieurs à un milliard. Ce que j'ai pu apprendre de mon côté corrobore ces renseignements et ces chiffres.
Il serait, bien entendu, ridicule de prétendre que tous les défenseurs de feu Almereyda, de Caillaux et de Malvy sont vendus à l'ennemi. La manœuvre allemande consiste à entretenir une équipe d'agents qui fournissent les thèmes de polémique, les exploitent et les font développer par les naïfs. Comme on ne pense pas à tout, ces mêmes thèmes se retrouvent, trait pour trait, argument pour argument, dans la Gazette des Ardennes, que rédige en français 1p renégat Prévost et aussi dans les principaux organes allemands, notamment la Gazette de Francfort et le Berliner Tayeblatt.
C'est ainsi qu'on peut lire, dans les feuilles précitées, que « les gens de l'Action Française démoralisent leurs compatriotes, en imaginant partout la trahison et troublent l'opinion publique avec leurs campagnes abominables ». Cette sollicitude de l'ennemi pour la sérénité des esprits en France a quelque chose de bien touchant ! De ce point do départ, on arrive à cette conclusion que le véritable perturbateur, ce n est pas celui qui trahit; c'est celui qui dénonce la trahison. Duval, Bolo, Almereyda, Caillaux, Malvy sont moins coupables, même s'ils sont coupables, que Léon Daudet qui a signalé leurs agissements et documenté, à leur sujet, les conseils de guerre. Ce n'est pas eux qu'il conviendrait d'arrêter, c'est lui. L'animal dangereux, ce n'est pas le loup, c'est le chien de garde... Saluons, dans cet impudent paradoxe, un renversement, éminemment boche, de la vérité. On croit entendre les gros rires des scribes berlinois, qui ont imaginé cette riposte à nos campagnes. Ils supposent les Français assez candides pour couper dans de telles insanités 1
Or, il est à remarquer que l'esprit public n'a