QUELQUES TÉNORS PARLEMENTAIRES
11 n'est rien de plus sinistrement comique que la séance où les anciens Présidents du Conseil vinrent déposer en faveur de leur collègue Malvy.
On connaît le thème cher à l'accusé : « Je n'ai agi qu'en plein accord avec le Gouvernement, avec le Conseil des Ministres. Je n'ai pas fait de politique
3ao LE POIGNARD DANS LE DOS.
personnelle. Si je suis coupable, ceux qui ont approuvé mon œuvre le sont également. »
Gela semble logique et MM. Viviani, Briand, Ribot devaient en conséquence, ou se déclarer coupables d'aveuglement, ou approuver la ligne de conduite de leur ancien collègue de l'Intérieur. C'est à ce dernier parti qu'ils s'arrêtèrent. Ils n'apportèrent pas, à proprement parler, des témoignages, mais plaidèrent pour leur politique. Chacun d'eux y montra sa manière propre.
Viviani apparut le premier à la barre. Il est bon tout d'abord de rappeler que Viviani fut le protecteur d'Àlmereyda dont il subventionnait le journal (20000 fr.).
Il parla avec abondance et un grand contentement de soi-même. Il daigna néanmoins donner quelques explications imprécises sur les faits reprochés à M. Malvy.
J'arrive, dit-il, à l'emprise que M. Caillaux aurait eue sur le gouvernement. Je demande des explications à ce sujet au procureur général. Qu'est-ce que M. Caillaux? Je n'ai jamais été de ses thuriféraires et de ses obligés; il a été cautionné par Waldeck-Rousseau ; ce n'est pas moi qui le tutoyais sous le ministère Clemenceau.
En 191 2, je lui ai refusé ma collaboration; j'ai déposé devant M. Bouchardon à son sujet. Je maintiens ma déposition.
Je ne dois rien à M. Caillaux; il ne me doit rien; je suis libre.
Le procureur général nous a délivré un certificat de cécité morale ou intellectuelle en disant que M. Caillaux s'était sournoisement emparé du ministère de l'Intérieur.
Je ne l'accepte pas. J'ai choisi moi-même mes collaborateurs.
LES DÉBATS. 3a i
Des mots, rien de plus, de la phraséologie parlementaire, mais de preuve, aucune.
Briand prend place à la barre.
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Briand, comme son prédécesseur, essaye de faire son apologie, mais avec plus de discrétion, moins d'emphase.
La politique de son gouvernement à l'égard des groupements socialistes lut la suivante : surveillance à l'égard des collectivités et fermeté à l'égard des fauteurs de désordres. Cette politique est celle, déclare M . Briand , qui est encore pratiquée actuellement.