‹ Le poignard dans le dos; notes dur l'affaire MalvyChapitre 8 sur 74 · LA DÉFENSE DE LA ÎRAHISON · texte numérisé non relu

LA DÉFENSE DE LA ÎRAHISON

jamais été en France aussi bon, pendant la guerre, que sous le cabinet Clemenceau, c'est-à-dire qu'à partir du moment où l'on s'est décidé à poursuivre et châtier les espions et 1rs traîtres. La masse sentait confusément qu'il y avait, dans les sphères politiques, quelque chose qui ne marchait pas, qui s'opposait à l'action militaire, qui l'entravait et la rendait inefficace. Les manœuvres de Caillauv eu faveur d'une paix allemande axaient transpiré. On colportait, à ce sujet, des bruits inexacts, mais dont le fond était vrai. Il en était de même pour Malvy. La multiplication des passeports et des permis de séjour, accordés à des suspects, et à des plus que suspects, était la fable du ministère de l'Intérieur et de la Préfecture de Police. La rumeur en était parvenue aux milieux parlementaires et, de là, au grand public. Je me rappelle qu'un jour, au cinéma du Colisée, où je me trouvais avec un de mes enfants — c'était pendant l'hiver de 19 16 — l'image de Malvy eur l'écran fut accueillie par une tempête de sifflets. Si la divulgation de ma lettre au président de la République eut le retentissement que l'on sait, c'est qu'elle affirmait tout haut ce que beaucoup de personnes, depuis plusieurs mois, répétaient tout bas. En revanche, elle ne donna l'uni à aucun trouble, ici ni là. L'impression générale, à l'armée comme à l'arrière, fut : '< Ce n'est pas trop tôt ! » Dans l'immense courrier, qui me parvint alors, cette phrase reparait comme un refrain.

Deuxième argument, soufflé par les Boches et repris en chœur par leurs créatures ou les dupes de leurs créatures : « La dénonciation de la prétendue trahison fait partie du plan royaliste. Elle tend à déconsidérer le réairne républicain. » Ceux qui

parlent ainsi font au régime républicain une insulte gratuite, devant laquelle reculeraient les royalistes les plus véhéments. Cette abominable identification entre un Almereyda, un Caillaux, un Malvy et la République ferait se retourner dans leurs tombes les sincères et fervents républicains que j'ai connus et fréquentés, les Chaliemel-Lacour, les Georges Péiin, les Ménard-Dorian, les Schœlcher et tous les fondateurs du régime actuel. Je dois reconnaître que j'ai reçu, au cours de mes campagnes pour ce que j'ai appelé la guerre d'appui, les félicitations de nombreux adversaires politiques et de démocrates convaincus. Quelles que soient leurs différences psychologiques et sociales, un Almereyda, un Caillaux, un Malvy ne servent pas tel ou tel régime. Ils se servent de lui, ils l'exploitent et ils lui nuisent en se collant à lui. L'intérêt bien compris de ce régime, comme celui du pays, exigent qu'ils soient au contraire dénoncés et châtiés, séparés ainsi publiquement de cet Etat qu'ils prétendaient compromettre et corrompre.

Au moment où la guerre a éclaté, il y avait, en France, dans les milieux politiques, industriels, financiers, mondains, journalistiques et de théâtre, un millier de personnalités acquises de pied en cap à l'Allemagne, travaillant pour l'Allemagne, subventionnées par l'Allemagne, souhaitant la grandeur de l'Allemagne, l'augmentation du prestige allemand. C'était, en quelques mots, le reliquat moral et intellectuel de la défaite de 70. Ce qui a fait l'importance parlementaire et financière d'un Caillaux, c'est qu'il est le premier politicien français qui ait symbolisé cette meurtrière duperie, le rapprochement francoallemand, et qui l'ait préconisée de façon ouverte.

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