‹ Le poignard dans le dos; notes sur l'affaire MalvyChapitre 13 sur 55 · AUDIENCE DU VENDREDI 19 JUILLET · texte numérisé non relu

AUDIENCE DU VENDREDI 19 JUILLET

Monsieur le Président, Messieurs de la Cour,

Messieurs,

Je voudrais d'abord vous exposer brièvement dans ffuelles conditions j'ai été amené à m'occuper des relations de M. Malvy, ministre de l'Intérieur, avec Vigo, dit Miguel Almereyda. Je m'expliquerai ensuite sur ces relations en elles-mêmes, puis je passerai à un certain nombre de points particulièrement intéressants au débat : M. Malvjf Miguel Almereyda et Vespionnage allemand en hranee, tel au moins que je le conçois. Ensuite, j'arriverai à l'affaire Guilbeaux, l'affaire Routier, les mutineries militaires, et je terminerai par la question du Chemin des Dames, puisque c'est sur ces deux derniers points 3n particulier qu'a porté mon accusation, par ailleurs très générale, contre M. Malvy, dans une lettre privée à M. le Président de la République.

LE RAPPROCHEMENT FRAJNCO-ALLEMAiND

Au moment de l'affaire d'Agadir, j'ai été amené à publier dans l'Action Française une série d'articles, concernant la pénétration allemande en France.

Dès ce moment, il m'a été possible de me rendre compte qu'un homme politique, qui est M. Caillaux, se trouvait en France au centre d'une grande entreprise de ce que l'on pouvait appeler encore, à ce moment-là, bien qu'avec moins de raisons qu'en 1910, le rapprochement franco-allemand. Je ne dirai pas qu'à ce moment-là cette tentative de rapprochement franco-allemand était criminelle, puisque la guerre n'était pas déclarée, mais elle é'tait au moins imprudente puisque nous venions de voir à l'évidence, par l'incident d'Agadir, que l'Allemagne voulait nous faire la guerre.

L'Allemagne voulait nous faire la guerre et elle le voulait depuis de longues années. Elle s'y était largement et assidûment préparée chez nous par toute une série d'organisations qui ont été niées par une grande partie de la presse et par la presque totalité des pouvoirs publics au moment où j'ai dénoncé l'existence de ces organisations. Mais, depuis, toutes ou presque toutes ces organisations ont été reconnues avoir existé, au moins dans leurs grandes lignes et on a reconnu l'exactitude des termes principaux de mes dénonciations.

C'est ainsi qu'un des points qui avaient attiré le plus violemment mon attention était à un moment donné, où l'alliance franco-anglaise n'était pas dans les prévisions immédiates, mais seulement dans les probabilités, le projet de débarquement des Allemands avec leur flotte dans le Cotentin par l'occupation du port de Diélette qu'ils avaient obtenue de l'inertie des pouvoirs publics et ensuite l'occupation toute naturelle et je pourrais même dire spontanée des hauts fourneaux et aciéries de Gaen, que Thyssen, le grand métallurgiste de l'Allemagne et conseiller de l'empereur, avait obtenue dans des

LE RAPPROCHEMENT FR AN GO- ALLEMAND . lyS

conditions sur lesquelles je me suis longuement étendu .

On pouvait dire à ce moment-là, mais on a moins dit depuis, que c'était chez moi le partisan politique qui présentait ainsi les visées de l'Allemagne sur notre pays ; mais plus tard il n'a plus été possible de le dire et il a été au contraire évident pour tout esprit éclairé que j'étais resté au-dessous de la vérité. D'ailleurs, un autre écrivain qui, lui, n'a rien à voir avec la politique, M. Alfred Bruneau, un technicien, a parlé après moi, dans un ouvrage intitulé : Les Allemands en France, de la pénétration des Allemands dans notre pays. Il l'a fait dans les mêmes termes, bien qu'avec une objectivité peut-être supérieure, et il a soutenu également le thème de la pénétration que j'avais moi-même traité, c'est-àdire la pénétration dans les finances, en considérant par exemple ce qui s'est passé avec le Comptoir d'Escompte, où l'on trouvait un Allemand, Emile Ulmann, faisant une politique exactement allemande ; puis la pénétration industrielle comme je vous l'ai dit, avec Thyssen^ avec des agences de renseignements allemands fonctionnant en plein Paris, comme l'agence Schimnielpfeng, enfin par des journaux comme le Gil Blas qui soutenait la politique de M. Caillaux. Le Gil Blas était alors fondé ou restauré avec les capitaux de banquiers franco-berlinois, les frères Merzhach et par les capitaux de l'agent allemand Rozenberg.

Tout était installé et préparé à ce moment-là pour pénétrer à fond dans les finances françaises, dans le commerce et dans l'industrie de la France, et par dérivation, dans la politique française. Je rapportai à ce moment-là à M. Caillaux la paternité de ces diverses pénétrations qui en somme s'étaient produites seulement depuis une huitaine ou une dizaine d'années.

Page 1