LE CHÈQUE DUVAL
Mais il y a mieux. M. Malvy a menti à la Cham])ro dans des conditions incroyables lorsqu'il a raconté que c'était lui qui avait ordonné l'arrestation de Duval, et
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qw'eri 1916 celui-ci avait été fouillé par ses ordres. C'est complètement faux. En 1916, Dtival n'a pas été fouillé par les ordres de M. Malvy. S'il avait été fouillé en 1916, par ses ordres, quand en 1917, Duval qui a été fouillé vraiment Cette fois, non pas par les ordres de j1. Malvy, mais malgré M. Malvy, parle contrôleur général Moreau qui avait ordonné de surveiller Duval, à ce moment-là le service du contrôle de Bellegarde aurait averti le ministère de l'Intérieur qu'en 1916, Duval avait étéfouillé par les ordres de M. Malvy.
La vérité est qu'en 1 916 et 1917, M. Malvy a laissé parfaitement faire Almereyda, Duval, Marionet Goldsky. T<on seulement il les a laissé faire, mais il les a encouragés. Goldsky était à ce moment-là dans ses bureaux. Vous entendrez des témoins qui diront qu' Almereyda était, jusqu'au dernier jour, tout à fait de la maison au ministère de l'Intérieur. Par conséquent, il n'est pas exact que M. Malvy ait signalé à ses collègues le danger qu'il pouvait y avoir à continuer leur collaboration au Bonnet Rouge. D'autre part, il est inexact que M. Malvy ait donné aux autorités de la frontière à Bellegarde, l'ordre de fouiller Duval ou Marion. Ces déclarations de M. Malvy sont absolument contradictoires avec les déclarations qui ont été apportées par M. de Monzie, ami de M. Malvy, et son collègue dans le département du Lot, dans le procès que nous intentait le bandit Almereyda.
Le i4 niai 1917 — je vous prie de retenir les dates, car elles sont extrêmement importantes — la police de Bellegarde que j'ai cru pendant longtemps dans ma naïveté, car vous savez que rien n'e?t naïf comme un polémiste (rtres), être représentée depuis longtemps par le capitaine Ladoux, alors qu'elle n'était pas du tout représentée par lui, mais qu'elle était, en réalité, représentée par le capitaine Bessières, la police de Bellegarde, non pas sur les ordres de M. Malvy, mais malgré M. Malvy, faisait fouiller Duval, et dans la poche de celui-ci on trouvait un ckèque de i5oooo francs d'une
banque suisse, qui a été identifié comme venant de Mannhcim, dont je parlerai.
Duval crie, tempête, se réclame de ses amis du ministère de l'Intérieur, de Leymarie, de Malvy. On lui dit : « Tout cela est bel et bien, mais cous allez prendre l'air dans Bellegarde pondant quelques moments, nous allons réilécliir, et nous vous dirons dans deux heures ce que vous aurez à faire. )) Je vous donne à penser le tour que fil Duval dans Bellegarde. Le bandit revient et on lui dil : (( Ce que vous avez dit est très intéressant, mais néanmoins, nous avons transmis le chèque au service du contrôle à Paris. »
Duval rentre à Paris. Grand conciliabule des bandits Almereyda, Landau, Goldsky, en un mot tous les o;ens du Bonnet Rouge. Ils se doutent que V Action Française \ a. avoir vent de la chose et que nous n'hésiterons pas, malgré la censure, à renseigner no? lecteurs et la Nation française sur la manière dont est surveillée la frontière, sous la conduite de Malvy.
C'est à ce moment-là que sont faites toutes les démarches sur lesquelles je ne reviendrai pas, car elles sont banales, mais elles ne l'étaient pas au moment où nous les avons révélées. Ces révélations ont amené, comme vous le savez tous, les inculpations successives du plus petit au plus grand, puisque Almercvda entraînait Leymarie, lequel a entraîné M. Malvy, lequel a entraîné M. Caillaux.
Almereyda, qui était un scélérat, mais qui n'était pas tout à fait un sot, avait bien vu la chose. Dans un des derniers numéros du Bonnet Bouge, je crois que c'est le numéro du lo juillet, après la fameuse séance de la Chambre, où Barres avait demandé à M. Malvy ce qu'il comptait faire du Bonnet Bouge, Almereyda disait : « Je vois bien que dans cette affaire je pa\e un peu pour les autres. Duval, mon malheureux ami, paye pour moi, comme moi je paye pour de plus grands que moi. » Dr plus grands que lui, c'était Malvy, ministre de l'Intérieur, c'était Joseph Caillaux, le grand inspirateur de l'es-
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pionnage franco- allemand et le protecteur de Malvy.
C'est alors que le scandale se produisit. 11 faut vous dire que j'ignorais jusqu'à la fin de juin l'histoire de la saisie du chèque Duval. On ne peut pas tout savoir. En lisant le Bonnet Rouge avec soin, je m'apercevais bien que le ton à notre égard était singulièrement changé. On avait mis une sourdine aux injures et aux menaces, mais je ne savais pas ce qui s'était passé.
Je connaissais la trahison, je savais ce qui venait de se passer dans un certain nombre de régiments. Je pensais que la coupe était pleine et que, si la France continuait à être menée de cette façon, sous l'inspiration de M. Caillaux et la direction de M. Malvy, elle courait absolument à l'abîme.