‹ Le poignard dans le dos; notes sur l'affaire MalvyChapitre 23 sur 55 · ENTREVUE AVEC M. MAGINOT · texte numérisé non relu

ENTREVUE AVEC M. MAGINOT

C'est alors que j'ai cherché dans le personnel ministériel quelqu'un qui voudrait bien me recevoir ; mais à vrai dire, je ne me faisais aucune illusion. Je sais trop ce qu'est la camaraderie, je ne dirai pas la camaraderie parlementaire, mais bien la camaraderie dans tous les milieux. Je savais que M. Maginot fréquentait souvent M. Malvy, mais que c'était un honnête homme, qui s'était battu en véritable patriote, et je me disais : « Il ne m'écoutera pas ou bien il m'écoutera et me dira : (( Je prends bonne note de ce que vous me dites et je u verrai ce qu'il y a à faire. »

Bref, le 27 juin (c'est pour vous montrer que je ne voulais pas procéder par le scandale), j'allais trouver M, Maginot dans son cabinet. J'entre et je lui expose ma petite aifaire. Vous la connaissez. M. Maginot m'écouta comme un homme absolument stupéfié, qui ne connaissait rien des détails. Il avait bien vu quelques numéros du Bonnet Rouge, mais il ne savait pas ce qui était derrière ce journal. Je lui racontai ce que je savais de Routier, de Guilbeaux, d'Almereyda. Je supposai d'abord que M. Maginot allait me répondre : u Mais tout ce que

VOUS me dites là, ce sont des contes h dormir debout! » Pas du tout, il prit quelques notes sur un bout de papier, et me dit : a Je parlerai de tout cela à M. Ribot ». Je me dis h part moi : « M. Uibot a des cbarges écra> santés et il va dire comme tous les autres, que je suis un insensé, un énergumène, que j'ai inventé tous ces noms- là, que le Bonnet Bouge est un brave journal républicain, et il ff^ sera plus que.slion. ))

Mais pas du tout, il était une cbose que j'ignorais et qui, pour moi, lut réellement providentielle, comme elle semblera providentielle à ceux qui croient à la Providence, ou merveilleuse pour ceux qui croient au hasard. Dans le même temps, on était venu raconter à M. Ribot celte fameuse histoire du chèque Duval saisi à la frontière dans les conditions que vous savez. M. Ribot avait eu la puce à l'oreille et, comme un honnête homme qu'il est, il avait dit : u Non, pas de ça, Lisette! Il faut aller jusqu'au bout ! T) Et il était tombé d'emblée, je ne dirai pas, parce que ce ne serait pas respectueux, sur la bûche, mais sur le Garde des Sceaux Viviani qui, ayant donné 20 000 francs de subvention au Bonnet Bouge, trouva que le moment n'était pas choisi pour raconter l'affaire du chèque Duval.

Néanmoins, il n'y avait plus moyen de s'en tirer, et j'imagine qu'à ce moment-là, ce pauvre M. Malvy a dû passer par de légères sueurs. Il s'est dit : a Voilà les petites affaires de mes amis qui vont être troublées. » J'imagine que ce colloque intérieur de M. Malvy a dû se passer d'une façon intéressante.

C'est alors qu'éclate à la Chambre l'incident Barres, et qu'intervient le grand discours qui a été prononcé devant vous et, il faut bien le dite, que c'est ce discours de M. Clemenceau, prononcé le 32 juillet devant le Sénat, qui a sauvé la France. En effet, si nous avions continué à vivre dans ces conditions, nous étions perdus. Je n'ai pas à dire un mot de plus.

En présence de cette situation, que va faire M. Malvy? Cette situation peut être considérée comme déses-

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