‹ Le poignard dans le dos; notes sur l'affaire MalvyChapitre 26 sur 55 · LE DOCUMENT HENRY BERENGER · texte numérisé non relu

LE DOCUMENT HENRY BERENGER

Je VOUS dirai dans quelles conditions j'ai eu ce document entre les mains.

Je m'occupais de la question de savoir comment étaient nées ces mutineries. J'en ai percé le mécanisme et je viens de vous l'exposer. J'ai cherché des preuves à l'appui. C'est dans ces conditions que j'ai été amené à me rencontrer avec votre collègue qui m'a montré cette pièce. Je lui ai demande de me la confier, et quoi qu'il ne m'eût pas donné l'autorisation d'en faire usage, j'ai cru devoir en faire l'usage que vous savez pour le bien du pays. Je me suis peut-être trompé, dans tous les cas j'ai suivi ma conscience et votre collègue n'était pour rien dans mon indiscrétion. Mais il n'était pas du tout dans mon intention de prétendre que l'affaire de Cœuvres était la base de ma démonstration. Dans ce document il était parlé non seulement de l'afTaire de Cœuvres, mais aussi de celle du Raincy qui, à mon avis, est encore plus importante que l'afTaire de Cœuvres. J'avais, sur ces deux aiîaires, des notions qui se sont précisées depuis. Mais le fond de ma préoccupation et ce qui m'avait ouvert les yeux, c'était d'une part ce que je savais des services du ministère de l'Intérieur, du Bonnet, Rouge et de la Tranchée Républicaine et, ^'autre part, ce que contenaient le rapport du général Nivelle en date du 28 février, et le rapport du général Pétain du 29 mai 191 7.

Le rapport du général Nivelle , que vous connaissez, est extrêmement explicite. Il a un caractère réellement prophétique; il nous montre les points de départ du mal, et il indique la façon dont les choses risquent de se passer. Il est bien entendu que le général Nivelle, commandant d'armées, qui a la direction d'un poste qui sollicite toute son activité, n'est pas au courant comme moi des menées de l'intérieur et qu'il ne sait pas, quand il écrit à M. Malvy, qu'il s'adresse précisément à l'homiiie qui a organisé lesdites mutineries militaires.

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Dans ce rapport des personnes sont nommément désignées et signalées au général Nivelle comme étant ceux qui expédient ces tracts. Parmi ces" noms, nous trouvons ceux d'Hélène Brion, Sébastien Faure, dont vous connaissez les avatars, sur lesquels je n'insiste pas.

Mais un mois après, c'est-à-dire le 28 mai, commencent des troubles militaires. Le général Pétain revient à la charge et il le lait, lui aiissi, dans des termes extrêmement précis, et il le fait avec une formule qui éclaire la situation de lueurs étranges lorsque l'on sait ce que vous savez. Il dit que la racine du mal est à l'intérieur. Il aurait été bien plus dans la complète vérité s'il avait écrit (( l'intérieur » avec un grand i, au lieu de l'écrire avec un petit i.

Le général Pétain parle des agents provocateurs qui sont dans la zone des armées, notamment auprès de tels et tels régiments dont il donne les numéros.

Ces agents provocateurs avaient tout de suite attiré mon attention. Vous verrez, dans le document Bérenger, comment, à la gare du Raincy, où se sont produits les troubles redoutables que vous savez, on avait envoyé quelques dizaines de personnages de la 22' Section qui avaient été convertis en inspecteurs de la Sûreté et qui surv-eillaient la gare du Raincy. C'est là un point particulier, sur lequel j'appelle toute votre attention.

Dans mon accusation formelle contre M. Malvy au sujet des mutineries militaires, je ne faisais pas seulement allusion au document Bérenger, mais aussi à la longue suite de documents, parmi lesquels la lettre du 28 février du général Nivelle et celle du 29 mai du général Pétain, que vous avez d'ailleurs à l'heure actuelle dans les dossiers de l'instruction.

Sur cette question des mutineries militaires, ilji été rédigé un nombre considérable de rapports, auxquels on peut se reporter très utilement. Dans l'un d'eux, voici ce qui a été certifié par le docteur Lardet, directeur de la maison de Fontevrault, dans le Maine-et-Loire, où l'on avait envoyé un millier de soldats compromis dans

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les mutineries. Le docteui Lardet disait que, sur un millier de militaires, il y en avait à peine une centaine qui savaient à peu près ce qu'ils avaient fait; les neuf cents autres ignoraient pourquoi on les avait amenés là. On les avait grisés, entraînés, ils s'étaient livrés à des actes profondément regrettables mais dont ils ne soupçonnaient pas la portée.

Le lieutenant Bruyant a, devant le troisième Conseil de Guerre, indiqué la cause de ces mutineries, dans une formule saisissante. C'est que le lieutenant Bruyant était bien qualifié pour le savoir, puisque maintes et maintes fois il avait demandé, dans le courant de ces mo-is tragiques, à M. Leymarie d'insister auprès de son patron Malvy pour que Ton interdît la distribution aux armées du Bonnel Rouge et de la Tranchée Républicaine, qui étaient signalés de tous côfés comme taisant un mai terrible sur le moral des soldats.

Le lieutenant Bruyant a déclaré que, suivant lui, la cause de ces mutineries était la campagne de propagande menée par des individus coupables d'intelligences avec l'ennemi. Je n'ai jamais dit autre chose.

Je pense que ce que le lieutenant Bruyant a déclaré, il le redira devant vous. Il a pu faire des observations sur place, il a vu le Bonnel Rouge, à l'arrivée, il l'a vu, je dirai, d'une façon centripète, et moi, je l'ai vu d*une façon centrifuge, je l'ai vu au départ, mais nous avons constaté ensemble les dégâts qu'il avait accomplis. Ces dégâts ont pu être réparés heureusement, mais ils ne pouvaient l'être qu'à partir du moment où on en connaissait la cause. ~^

A ce moment se préparaient des événements de toutes sortes; ces événements avaient commencé par la grève des mtdinettos. Ils s'étaient aggravés de plus en plus.

Le i4 j^iiiT^» ^L Georges Desbons, qui a figuré dans le procès où était impliqué l'homme dont je vais vous parler, m*a raconté et, au besoin il le répét&ra devant vous, qu'à cette date du i4 juin, il s'est produit à la Villette une émeute excessivement significative.

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