‹ Le poignard dans le dos; notes sur l'affaire MalvyChapitre 28 sur 55 · LA LETTRE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

LA LETTRE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

C'est dans cet état d'esprit et avec la connaissance que j'avais de ces faits, que je résolus d'aller plus loin et de «l'adresser au chef mê'me du Gouvernement, c'est-à-dire à M. Poincaré. Je lui écrivis alors une lettre privée dans laquelle je portais deux accusations basées sur les mutineries militaires et l'autre sur l'affaire du Chemin des Dames, et dans lesquelles j'ajoutai en général que, pendant toute la durée de son ministère, M. Malvy n avait cessé de trahir la France.

Clemenceau avait été moins loin que moi, il avait accusé Malvy d'avoir trahi les intérêts de la France. Moi, j'allais plus loin que lui; j'étais bien renseigné, je savais ce qu'avaient fait Maunoury et Leyraarie, j'étais renseigné sur l 'affaire Duval.

Je portai cette lettre qui, peu après, fit à la Chambre le bruit que vous savez et que, pour ma part, je n'avais pas voulu. Je pensais bien que je serais appelé en témoignage, mais je ne pensais pas que ma lettre ferait un pareil scandale. Je voulais au contraire éviter ce scandale, et c'est pourquoi j'avais eu recours à ce procédé de la leUre privée. Si j'avais voulu me servir d'un autre moyen, je n'avais que le choix. Je pouvais porter une accusation publique dans l'Action Française et faire paraître mon article malgré la censure. J'aurais été l'objet d'une suspension ou peut-être d'une suppression, mais j'aurais éclairé mon pays.

J'ai voulu, au contraire, agir discrètement. J'ai déposé cette lettre à la Présidence de la République. J'ai été stupéfait quand j'ai vu que cette lettre était lue à la Chambre et qu'à ce moment M. Malvy faisait les déclaratiomrque vous savez. -

J'étais allé porter ma lettre le 3o septembre 191 7 à l'Elysée. Le 2 octobre, quarante-huit heure* aprè^, un officier du ministère de la Guerre vint nous prier, Maurras et moi, alors que Maurras n'était pour rien dans

aaS LL POIGNARD DANS LL DOS.

cette histoire, de nous rendre au ministère de la Guerre.

Nous nous rendîmes donc au ministère de la Guerre. Là, nous nous trouvâmes en présence de M. Painlevé, de M. Steeg et d'un troisième personnage que, dans son trouble, M. Painlevé oublia de me présenter et qui n'était autre que M. Péret, garde des Sceaux qui, à un mofcient donné, dit à M. Painlevé : u Faites donc savoir à ces messieurs qui je suis. » Pour ma part, j'avais cru qu'il s'agissait d'un agent de la Sûreté, que l'on avait fait venir pour entendre mon témoignage sur les mutineries militaires. (Rires.)

Je vous raconte tout ceci, Messieurs, dans le détail pour bien vous montrer la marche des choses, et vous indiquer exactement comment cela s'est passé.

M. Painlevé ne nous fit pas du tout un accueil sévère, mais plutôt un accueil étonné, il me dit : « Monsieur Daudet, vous avez écrit cette lettre au Président de la République? — Oui, Monsieur le Président du Conseil. — Voulez-vous vous expliquer sur cette lettre? »

J'avais apporté avec moi le document Bérengar. Vous comprenez parfaitement que je n'avais pas la prétention d'expliquer à cette heure, dans le cabinet de M. Painlevé, ce que je suis en train de vous raconter depuis hier 4 heures de l'après-midi. Je montrai ce document à M. Painlevé qui eut l'a'r de tomber de la lune, qui ne savait pas du tout de quoi il s'agissait. Il me dit alors : (( Je vais m'en occuper. » Et il retint ce document que je lui remis.

Très gentiment, et même tout à fait cordialement. M. Painlevé, M. Steeg, Maurras et moi nous examinâmes sous quelle forme je pourrais porter mon accusation, pour qu'elle soit bien légale et régulière contre M. Malvy. Il n'y avait à ce moment-là ni dans le ton, ni dans les paroles de M. Painlevé, aucune indignation. 11 y avait de l'étonnement simplement. On examina comment l'accusation pouvait être portée et ces messieurs dirent à M. Péret : a De quelle façon M. Daudet peut-il intervenir pour porter son accusation? »

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