DEPOSITION DU LIEUTENANT HEP.ICOURT
Il fut ensuite donné lecture de la déposition faite le i3 mars, devant la commission d'instruction, par l'aspirant Héricourt, du /ji8* d'infanterie. Le témoin ne put en effet se présenter devant la Haute -Cour ayant été grièvement blessé au cours de récents combats et rappelé dernièrement pour la grande offensive du i8 juillet, où il fut terriblement blessé de nouveau.
De cette lecture il résulte que, le 27 février 191 6, s'étant rendu aux bureaux du journal de Sebastien Faure, il y reçut un nombre considérable de tracts moyennant une somme minime.
LES DÉBATS. 3l3
J'ai eu nettement l'impression, avait déclaré devant la commission le témoin, d'une organisation de démoralisation pour les soldats, et il s'étonnait qu'on laissât à Paris s'étaler au grand jour une pareille organisation.
Les soldats lisaient le journal de Sébastien Faure. Ce journal était d'ailleurs vendu couramment dans la zone des armées et il était rapporté par les permissionnaires. A Paris la boutique était abondamment fourme de broch^ures de propagande, et la personne que j'ai vue m'a conseillé de les distribuer et m'a proposé de m'en envoyer.
Je franchis ici un certain nombre de dépositions intéressantes, mais qu'on lira a.ux Procès de trahison, colles notamment de M. de Kerguezec, du policier Maunoury et de Ley marie.
DEPOSITION DU GE>ERAL CLEîlGERIE
Le -général Glergerie rappelle qu'au début de la guerre il était chef d'état-major du Gouvernement militaire de Paris (G. M. P.) et il expose comment la suppression du 2*" Bureau fut camouflée sous une transformation en bureau de renseignements.
L'affaire Desclaux fut bien la cause initiale des dissentiments entre le G. M. P. et la Préfecture de police.
Le témoin arrive à l'affaire Garfunkel^ et fait en substance les déclarations suivantes :
Garfunkel se livrait au trafic des réformes. Il avait des relations avec MM. Dumas et Mouton. On nous donna l'ordre de passer cette affaire à la Préfecture de police sur l'intervention du ministre de l'Intérieur. Un inspecteur prit notre dossier, l'examina et fit un rapport où il déclarait u impondérables » les accusations portées contre Garfunkel, ajoutant qu'il n'y avait pas lieu de suivre.
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Garfunkel put donc filer en Suisse et c'est lorsque j'eus déclaré que, si on ne l'arrêtait, je m'en chargerais moi-même, que Garfunkel fut arrêté.
Il y eut d'autres manœuvres pour sauver Garfunkel : entrefilets de presse, interA'ention de M. Maunoury auprès du lieutenant Depret, auquel il dit u qu'il aurait la peau du commandant Baudier ». Informé, je dis : a 11 faudra avant avoir ma peau à moi. »
Enfin je reçus une lettre de M. Matter, directeur de la justice militaire, signalant qu'un député demandait si on ne pouvait pas supprimer le troisième conseil de guerre (lequel était chargé de l'affaire Garfunkel). C'était un moyen dilatoire pour sauver Garfunkel.
Le député, M. Paul-Meunier, n'avait pas caché son but à M. Matter.
Quant à la Kowacz, cette femme était rentrée à Paris et avait reçu un permis de séjour temporaire sur l'ordre du ministre de l'Intérieur. Je protestai. Alors on accorda à cette personne un permis permanent.
Qui m'avait renseigné sur le retour de M"* Kowacz à Paris? C'étai-t M. Mouton. Je rapprochai cette affaire de l'affaire Garfunkel, M. Mouton s'intéressait à Garfunkel, M. Malvy à M"* Kowacz.
Il y avait là de louches intrigues, des résistances suspectes.
— Même intervention personnelle de M. Malvy en faveur de Sébastien Faure, déclare le général Clergerie.
Pour avoir un prétexte pour supprimer le 2® bureau, on m'accusa d'être réactionnaire, fils de réactionnaire, mais lui, M. Malvy, le farouche anticlérical, ne descend-il pas directement de Basile?
On juge de l'agitation que provoqua cette déclaration. Gris, trépignements des Debierre, Bepmale et consorts ,
En réalité, continue le témoin ; on ne put jamais relever contre le G. M. P. un fait d'immixtion abusive
LES DÉ-BATS. 3 i 5
dans la politiqxie. Le 3i janvier 19 16 une décision ministérielle remplaçait le 2® bureau par un bureau central de renseignements. On a dit que le général Gallieni avait signé cette déclaration. Je suis sûr qu'il a été trompé dans la circonstance, car il n'aurait jamais commis sciemment une illégalité.
Mais M. Malvy exigea en outre le départ du personnel. Interrogé sur cette suppression à la Commission du Budget par M. Klotz qui savait la vérité, M. Malvy ne puÀ fournir aucune précision .
M. CeccMi, contin«ue le témoin, appuya les critiques de M. Malvy, auxquelles M. Briand sembla toujours 11 ajouter aucune importance. Mais M. Malvy voulait ma tête. Il lui fallait d'abord celle du général Maunoury. Si le général Gallieni avait encore été ministre, peut-être aurait-il résisté ; on demanda au général Maunoury sa dénùssion, le général Maunoury refusa; le lendemain, le Journal Officiel annonçait que, « sur sa demande )), il avait été relevé de ses fonctions.
Quels étaient les griefs contre moi? J'avais fait condamner un voleur, Desclaux, et j'avais exigé l'application de la loi aux Austro-Allemands.
Quels sont nos accusateurs?
Laadau, aujourd'hui au bagne;
Leymarie^ condamné ;
Maunoury, inculpé ;
Malvy, qui est aujourd'hui devant vous.
M. Malvy a donné notre peau, qu'on lui demandait. Nous avons toujours fait notre devoir.
Je dépose sans haine, sans passion et sans crainte, comme le veulent ma conscience et la loi.
Malvy veut le prendre de haut, mais ses insolences sont vaines. Il réédite ses explications invraisemblables sur l'affaire Kowacz, sui- les étrangers, sur la suppression du -à" bureau.
3l6 LE POIGNARD DANS LE DOS.