‹ Le poignard dans le dos; notes sur l'affaire MalvyChapitre 47 sur 55 · DÉPOSITION DU COMMANDANT BAUDIER · texte numérisé non relu

DÉPOSITION DU COMMANDANT BAUDIER

Nommé au G. M. P. le î°' septembre 191/1, ii a pris la direction du 2^ bureau à la fin de 191 4- Ce bureau avait dans ses attributions la rechercbe de renseignemeaits sur l'ennemi et le service du contreespionnage. Le commandant établit, preuves à l'appui, quels résultats importants furent obtenus par son service de recherche des renseignements et par son service de contre- espionnage.

Il y avait un officier de liaison en^e le G. M. P. et la Préfecture de police, le lieutenant Depret, du 2* bure.au. Mais, pour que cette liaison portât ses fruits, il fallait une collaboration de tous les instants et une entente complète entre l'autorité civile et l'autorité militaire. C'est justement cette collaboration qui fit défaut.

Le commandant Baudier s'explique alors sur les affaires Desclaux, Garfunkel, sur la question des permis de séjour, que des bttres signalaient comme accordés par la Préfecture à tort, sur la simple production de certificats de nationalité et sans la moindre enquête.

Pendant toute l'année 1916 le G. M. P. ne cessa de réclameF la revision des permis de séjour. Malvy a déclaré qu'il avait institué une commission de revision de ces permis. Oui, mais après combien de demandes du 2"^ bureau, sous la pression de l'opinion publique et la menace d'interpellations à la Chambre !

Cette commission s'étant présentée au ministère de l'Intérieur, on lui rejiiit das permis de séjour, mais lorsqu'elle commit l'indiscrétion de demander à voir ceux délivrés aux Autrichiens et aux Allemands, on lui répondit : ce Non, Un y a pas de permis de séjour

LES DÉB.VÏS. ài-J

pour eux et du reste le ministre a prescrit quon vous présentât les permis de séjour de tous les étrangers sauf ceux des Autrichiens et des Allemands. » Mais la commission menaça et on lui communiqua ces permis de séjour, car il y en avait, contrairement aux déclarations qui lui avaient été faites. Il y avait notamment celui délivré à l'Allemand Latt et à sa maîtresse, rédacteur au Bonnet Rouge, celui délivré à la femme Kowacz par le ministre de l'Intérieur. C'est une des raisons pour lesquelles cette affaire suscita des colères contre le 2^ bureau.

Le témoin s'expliqua encore, avec force détails et précisions, sur l'affaire de la Victoria de Berlin (Victoria Bank).

C'est une société considérable, qui avait, au moment de la guerre, pour 1 35 000 000 de primes et 43 succursales en France. On eut la preuve qu'elle intriguait en faveur de l'Allemagne, en Russie et en France.

Outre les employés sédentaires professionnels presque tous Français, il y avait des employés bénévoles qui faisaient partie de ce qu'on appelait le (( spécial bureau m.

Ces employés étaient tous Allemands, officiers de réserve dans l'armée allemande, et certains furent signalés espionnant à Rouen et à Paris.

Le Directeur était un nommé Astmann, non pas Roumain comme on l'a fait croire, mais Autrichien, né à Bucarest de parents autrichiens.

Je le considérais comme suspect, dit le commandant Baudier, et je poursuivis sa dénaturalisation. Je n'obtins rien. Astmann est toujours à Paris, où avec Duval, du Bonnet Rouge, aujourd'hui fusillé, il a fondé une banque, rue Boudreau.

oi8 LE POIGiXAKD DAISS LE DOS.

A propos des articles publiés dans le Journal par M. Georges Prade sur les Boches à Paris, le commandant raconte la savoureuse anecdote que voici sur la façon dont la campagne fut arrêtée :

La veille du jour où le quatrième article allait paraître, M. Malvy dînait chez Charles Humbert avec Georges Prade. Gh. Humbert dit à M. Malvy en jouant au poker : « Tu sais, le quatrième article va paraître. » (( Ah! non, répondit M. Malvy, tu sais que tu m'as promis d'arrêter la campagne. »

— Il était trop tard, ajoute alors le commandant Baudier, pour arrêter le quatrième article; il parut, mais on n'en publia plus d'autres.

Ainsi la campagne fut arrêtée sur la demande de M. Malvy.

La Victoria méritait donc d'être surveillée.

Le commandant Baudier donne des détails sur la nationalité du sous-directeur de la Victoria, le nommé Rappoport, également Autrichien, qu'on voulut faire passer pour Polonais et qui put venir à Paris et y séjourner sans que le G. M. P. ait été prévenu.

L'affaire da libraire Eschw^ig est non moins instructive. C'était un Autrichien qui se disait Tchèque. Le commandant Baudier demanda vainement son internement dans un camp de concentration. « Rien à faire, lui répondit-on, le ministre ne veut pas. »

La lutte était donc continuelle entre le 2® bureau et les organisations de police derrière lesquelles était le ministre de l'Intérieur. Le témoin cite les cas typiques de Mayer, agent de l'ambassade allemande, chef du service allemand de renseignements à Genève, Levy, Max-Ehrlo et du fameux Spitzer.

Les lecteurs de l'Action Française se souviennent certainement de mes articles et de ceux de mes collaborateurs relatifs à cet agent de l'Allemagne. Puis

c'est le cas du banquier Gans, d'un autre Boche, un avocat, nommé Horn, que l'ordre des avocats raya du barreau.

Quand le 2^ bureau lut supprimé, continue le commandant Baudier, je passai au 8' bureau. Je fus alor& l'objet d'attaques venant du Bonnet Rouge et de Landau dans son agence Primo. On m'annonçait qu'on aurait ma peau de « chaudronnier » et celle du général Clergerie. Je résolus de me défendre. J'avais dans mon service M. Georges Prade, collaborateur du Journal; sur son conseil, j'allai voir M. Charles Humbert, sénateur, qui en était Le directeur. M. Humbert me dit : « Je vous ferai convoquer par Malvy. iVllez-y, et eng...-le. »

Gomme il fallait s'y attendre, Malvy nie, mais le commandant Baudier maintient avec force toutes ses déclarations et répète notamment que ses efforts ont été entravés par la Préfecture de police et l'Intérieur.

M. Maunoury était le \éritable chef , de la police et avait été placé là par M. Malvy. Tous les gens que j'ai voulu poursuivre étaient fortunés. Je n'ai jamais attaqué les ouvriers que j'aime et avec lesquels j'ai vécu et travaillé. M. Malvy na pas le monopole de la sympathie pour la classe ouvrière.

QUELQUES TENORS PARLEMENTAIRES

Il n'est rien de plus sinistrement comique que la séance où les anciens Présidents du Conseil vinrent déposer en faveur de leur collègue Malvy.

On connaît le thème cher à l'accusé : « Je n'ai agi qu'en plein accord avec le Gouvernement, avec le Conseil des Ministres. Je n'ai pas fait de politique

personnelle. Si je suis coupable, ceux qui ont approuvé mon œuvre le sont également. » -

Cela semble logique et MM. Yiviani, Briand, Hibot devaient en conséquence, ou se déclarer coupables d'aveuglement, ou approuver la ligne de conduite de leur ancien collègue de l'Intérieur. C'est à ce dernier parti qu'ils s'arrêtèrent. Ils n'apportèrent pas, à proprement parler, des témoignages, mais plaidèrent pour leur politique. Chacun d'eux y montra sa manière propre.

Viviani apparut le premier à la barre. Il est bon tout d'abord de rappeler que Viviani fut le protecteur d'Almereyda dont il subventionnait le journal (20000 fr-).

Il parla avec abondance et un grand contentement de soi-même. Il daigna néanmoins donner quelques explications imprécises sur les faits reprochés à M. Malvy.

J'arrive, dit-il, à l'empTise que M. Caillaux aurait eue sur le gouvernement. Je demande des explications à ce sujet au procureur général. Qu'est-ce que M. Caillaux? Je n'ai jamais été de ses thuriféraires et de ses obligés; il a été cautionné par Waldeck-Rousseau ; ce n'est pas moi qui le tutoyais sous le ministère Clemenceau.

En 191 2, je lui ai refusé ma collaboration; j'ai déposé devant M. Bouchardon à son sujet. Je maintiens ma déposition.

Je ne dois rien à M. Caillaux; il ne me doit rien; je suis libre.

Le procureur général nous a délivré un certificat de cécité morale ou intellectuelle en disant que M. Caillaux s'était sournoisement emparé du ministère de l'Intérieur.

Je ne l'accepte pas. J'ai choisi moi-même mes collaborateurs.

Des mots, rien de plus, de la phraséologie parlementaire, mais de preuve, aucune. Briand prend place à la barre.

BRIAXD

Briand, comme son prédécesseur, essaye de faire son apologie, mais avec plus de discrétion, moins d'emphase.

La politique de son gouvernement à l'égard des groupements socialistes fut la suivante : surveillance à regard des collectivités et fermeté à l'égard des fauteurs de désordres. Cette politique est celle, déclare M . Briand, qni est encore pratiquée actuellement .

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