‹ Le poignard de cristalChapitre 21 sur 26 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Je rais — dit-il — le sépulcre de mon Ame éteinte.

Quelques jours après ce fatal événement, et malgré l'extrême sévérité des lois toscanes contre le duel, deux hommes se trouvaient face à face dans la sombre allée du parc d'une villa voisine de Florence. Chacun d'eux appuyait le canon d'un pistolet sur la poitrine nue de son adversaire.

— Feu! cria Timoteo, d'une voix altérée par l'effroi...

Un des deux combattants tomba ; c'était le marquis Durazzo.

Il y a quelques mois, un voyageur français, séduit par les belles perspectives que développe le val d'Arno, du haut des collines qui entourent Florence, s'établit pour quelques semaines à Fiesole. 11 vécut là solitaire et rêveur, fatigué d'un hiver mondain passé à Venise. Ce voyageur était un homme de lettres qui préparait un nouveau roman.

Le soir, il avait coutume de monter jusqu'à la petite terrasse du couvent des Franciscains, pour jouir du splendide spectacle de la nuit tombante sur les derniers souvenirs

laissés au ciel par un radieux soleil de printemps. Plusieurs fois il avait remarqué un jeune moine, lequel, attiré en ce lieu par le même attrait sans doute, semblait éviter soigneusement d'être abordé. Au reste, malgré tout ce qu'une remarquable distinction et l'empreinte touchante d'une profonde mélancolie pouvaient faire naître de sympathie à la vue de ce jeune moine, il eût été difficile à l'étranger de surmonter l'évidente indiscrétion qu'il y aurait eu à l'aborder, tant semblait recueillie et extatique sa méditation, à certaine heure du crépuscule.

Ce moine, c'était Otbert, qui chaque soir venait pleurer là pendant Y heure bleue*

Dans la petite église de San Alessandro, qui fat, dit-on, fondée au sixième siècle, et qui fait aujourd'hui partie des dépendances du couvent des Franciscains, est une dalle sur laquelle s'agenouille souvent le moine ; on lit, gravé en lettres noires sur la simple pierre :

OTBERTINE ERICHSEN-MOROSINI.

Quant au corps de la pauvre mère, il repose aujourd'hui dans le temple de San Stefano, à Venise, au caveau de la famille, là même où Otbert, le jour où l'on y descendit le cercueil du comte Alvise, lut pour la première fois, et avec une si vive émotion, le nom &'Adrima sur le sépulcre vide qui attendait...

La comtesse Bastiglia a fait à sa fille de magnifiques funérailles, digne et fastueux pendant de celles du dernier Moro-

sini. Depuis, la vieille patricienne semble s'être retirée pour toujours dans sa terre de Camporeale.

La maisonnette de la monlagne de Fiesole, où se sont accomplies les scènes les plus poignantes de ce drame d'amour, est aujourd'hui habitée par le vieux Bruschall, qui a pour serviteur le digne Timoteo.

Fiesole, juin-juillet 1843.

Page 1