‹ Le Point de départ de la métaphysique (volume 2)Chapitre 18 sur 36 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

La valeur des " IDÉES transcendantales ".

Les " idées transcendantales " correspondent aux trois inconditionnés qui couronnent respectivement les trois modalités typiques de notre raisonnement humain.

L' " unité absolue du sujet logique ", conçue comme objet réel, ne saurait être que le " sujet pensant ", auquel se réfèrent, comme à un sujet ultime d'attribution, tous phénomènes quelconques de connaissance. La première idée transcendantale sera donc le Moi conçu comme substance, c'est à dire, l'objet traditionnel de la " Psychologie ".

L' " unité absolue des séries causales de l'expérience " ne se peut réaliser que dans un " monde " organisé, au sein duquel les enchaînements de causes et d'effets s'achèvent dans une causalité incausée, métempirique. La seconde idée transcendantale sera donc celle du monde ou de la " causalité cosmique ", à la manière dont cette idée est définie par les métaphysiciens,, qui en font l'objet de la " Cosmologie rationnelle ".

Enfin, " l'unité absolue et inconditionnée de tous les objets de la pensée en général " ne saurait appartenir qu'à un objet " qui contient la condition suprême de la possibilité de tout ce qui peut être pensé, — à l'être des êtres, objet de la Théologie". (B. 325 ; R. 269) La troisième idée transcendantale est donc celle de Dieu.

Ces trois idées transcendantales représentent dans sa totalité le champ traditionnel de la Métaphysique. En soumettant à une critique serrée le raisonnement sur lequel on pourrait prétendre échafauder leur valeur objective, nous aurons fait, pour l'essentiel, la critique de toute Métaphysique, passée ou à venir. Et cette critique plus immédiate des grands problèmes métaphysiques rejoindra — en les confirmant — les conclusions de l'Analytique transcendantale. Kant attache quelque prix à cette contre-épreuve.

§ 1. — Les paralogismes de la raison pure.

La première idée transcendantale est celle du Moi, considéré comme unité subsistante. Kant appelle " paralogismes de la raison pure " les quatre raisonnements sophistiques qui concluent aux

principales propriétés transcendantes de ce Moi substantiel. Le détail des paralogismes appartiendrait plutôt à un Traité de Psychologie rationnelle. Pour ne point allonger outre mesure notre exposé, nous nous contenterons ici d'examiner le paralogisme fondamental, qui est, selon Kant, la racine commune des paralogismes particuliers ; nous voulons parler du raisonnement qui conduit à l'idée d'un Moi subsistant.

Ce raisonnement met en œuvre deux séries distinctes de considérations.

D'une part il s'appuie sur la loi d'enchaînement de nos jugements catégoriques. On se souvient que le mouvement naturel de notre raison la porte à remonter, à travers la série des jugements empiriques, vers un principe ultime dont le sujet ne puisse plus être prédicat d'aucun jugement. Nous avons déjà fait remarquer que ce " sujet absolu ", lorsqu'on le considère comme terme dernier de la série empirique, se présente sous l'apparence " objective " qui convient à toute cette série. Sous cet aspect, c'est à dire dans l'hypothèse où il puisse être légitimement conçu comme " objet ", le sujet absolu et inconditionné exige l'application de la catégorie de substance : car il représenterait véritablement " dans l'objet " le substratum le plus profond et la permanence la plus absolue. Tel est le sens précis, et telle est la justification, de la majeure du raisonnement paraîogistique sur lequel repose la Psychologie rationnelle : " Ce qui ne peut être conçu que comme sujet, ne peut exister non plus que comme sujet, et doit donc être substance ". (B 338 ; R. 790)

D'autre part la mineure du paralogisme découle d'un tout autre ordre de considérations. Nous avons vu, dans l'Analytique, en quel sens on pouvait affirmer que le sujet pensant avait conscience de lui-même : il se connaît comme unité aperceptive, comme condition à priori ramenant à l'unité d'une conscience toute la diversité des représentations. Or il semble évident que se connaître comme principe interne et universel d'unité des représentations diverses, ce soit bien se connaître comme le sujet ou le " substratum " nécessaire de ces représentations elles-mêmes. On dirait alors justement — et telle est précisément la mineure du paralogisme — qu' " un être pensant, considéré sous cet aspect précis d'être pensant, ne saurait être conçu que comme sujet ". (B. 338 ; R. 790)

La conclusion ne suit-elle pas : " Donc, cet être pensant n'existe aussi que comme sujet, c'est à dire comme substance " (Ibid.) ?

En réalité, la conclusion ne suit pas, et l'argument est bien un paralogisme. En effet, la majeure se tient strictement dans l'ordre

objectif : le sujet qu'elle affirme — à tort ou à raison, d'ailleurs — est un sujet pensé comme objet réel, aussi objectif et aussi réel que les prédicats dont il est revêtu : à ce titre seulement il pleut se présenter comme " substance ". La mineure, au contraire, se confine, ou du moins — selon Kant — devrait se confiner, dans l'ordre de la pure fonction de connaissance; envisagée subjectivement. En rigueur, elle ne signifie que ceci : tous les objets quelconques deviennent conscients, c'est à dire objets de pensée, en vertu de leur participation à une unité (unité de conscience, unité aperceptive), qui ne pourrait elle-même, en tant qu'unité pensante, être définie comme objet pensé, et doit donc, sous ce rapport, être conçue comme sujet.

Dans la majeure, le sujet dont on parle est un sujet d'attribution qui désigne, objectivement, un ultime substratum de propriétés objectives (sujet ontologique). Dans la mineure, le sujet, nommé en prédicat, désigne seulement un " sujet pensant " (prout fortnaliter taie), c'est à dire, non pas un substratum objectif de propriétés ou de représentations, mais un ensemble de conditions formelles à priori, ou, si l'on veut, un indice subjectif d'unité, affectant uniformément les représentations objectives (sujet transcendantal). Sans doute, il est permis de se demander ultérieurement, si le " sujet pensant ", défini en Critique comme " sujet transcendantal ", comme " unité des conditions à priori de la connaissance ", ne serait pas en même temps un sujet réel, doué de l'unité substantielle la plus étroite : on peut certes se faire un concept " problématique " du Moi comme " chose en soi " ; mais pour que ce concept problématique devienne un concept " objectif " proprement dit, il devrait — nous a dit Kant — rencontrer une intuition intellectuelle qui lui fournît la détermination métempirique dont il manque encore.

Bref, le paralogisme de la raison pure joue sur les mots " être conçu comme sujet" : regardé de près, c'est un syllogisme à quatre termes. (Cf. sur le conn. du Moi, ci-dessus, pp. 153-154. — Voir B. 338-339 et pp. voisines ; R. 790 sqq.)

(1) Nous reviendrons, à propos de Fichte (Cahier IV), sur la signification kantienne de la " position " du Moi comme sujet transcendantal. Il y a, là-dessus, dans la "Critique", deux pages bien remarquables: Cf. " Remarque générale concernant le passage de la Psychologie rationnelle à la Cosmologie ". B. 349-351 ; R. 802-804.

§ 2. — U antinomie de la raison pure.

a) Vantinomie fondamentale de la raison spéculative.

Le pur raisonnement n'apporte pas grand appui à l'idée psychologique. Voyons s'il donnera du moins quelque consistance aux idées cosmologiques. On se rappellera que les idées cosmologiques sont relatives aux phénomènes considérés " objectivement ", et qu'elles expriment " l'unité inconditionnée des conditions objectives des phénomènes ". (BB. 3 ; R. 322-323)

Or voici, sous sa forme la plus générale possible, le raisonnement qui, d'après Kant, nous met en possession des idées cosmologiques :

" Si un conditionné est donné, la somme entière de ses conditions l'est aussi, et par conséquent V inconditionné absolu, qui seul rendait possible le conditionné ". (BB. 5 ; R. 325. Cf. BB. 67 ; R. 393)

" Mais les objets des sens (les phénomènes) nous sont donnés comme conditionnés. Donc. " (BB. 67 ; R. 393)

Nous concluons — irrésistiblement semble-t-il — que la totalité des conditions du phénomène nous est donnée avec lui. Que penser de ce raisonnement ?

Avant de montrer à quelles oppositions étranges il conduit, prêtons un moment d'attention à trois remarques, formulées par Kant, et de nature à éclaircir singulièrement la question.

D'abord, il est indubitable que le concept de " conditionné " implique le rapport à une " condition ", et que, si celle-ci est présentée comme conditionnée à son tour, elle suppose une condition plus éloignée, et ainsi de suite. Tout conditionné nous invite donc nécessairement à une " régression dans la série de ses conditions " (BB. 67 ; R. 393). " Cette proposition,, dit Kant, est analytique. Elle est un postulat logique de la raison ". (Ibid.)

Il y a plus. A supposer que le conditionné fût donné en dehors du temps, comme " chose en soi " ou comme " noumène ", nul doute que dans cet ordre " absolu ", l'enchaînement tout entier des conditions régressives, dépendantes les unes des autres, ne soit donné ou présupposé du même coup et au même titre. Reportées dans l'absolu, les séries causales ne pourraient signifier autre chose que le bloc indivisible des conditions de possibilité d'un objet indépendant du sujet. (BB. 68 ; R. 394)

Mais en fait, et c'est la troisième remarque utile à considérer, nos séries causales n'alignent que des phénomènes, qu'elles échelonnent dans le temps : elles ne nous sont pas données d'abord comme des conditions de " l'être ", mais,, si l'on peut dire, comme des conditions de " l'apparaître ". Et puis, la tendance de notre raison à totaliser les séries ascendantes de conditions causales s'exerce sur des conditions qui se succèdent dans la durée. Or, le concept d'une " totalité absolue des séries temporelles de phénomènes " a-t-il un sens ? n'est-il pas contradictoire ? A tout le moins devons-nous reconnaître que des problèmes nouveaux surgissent ici, et que le raisonnement cosmologique général, rappelé plus haut, pourrait bien être passible d'une distinction qui lui enlèverait sa force probante.. (BB. 68, 69 ; R. 394-395)

Si l'on s'en tenait à cette dernière remarque de Kant, il faudrait, d'ores et déjà, réduire la conclusion des raisonnements cosmologiques à la condition précaire où nous vîmes réduite la conclusion du raisonnement psychologique : de part et d'autre, l'idée affirmée ne pourrait désigner tout au plus qu'un objet " problématique ". Pourtant, un examen plus détaillé doit nous faire découvrir, entre les deux raisonnements, une différence importante : alors que, dans l'ordre psychologique, 1' " apparence transcendantale ", à défaut d'une preuve rigoureuse de sa valeur objective, échappe du moins à la contradiction logique, et reste tout entière en faveur d'un Moi substantiel, d'un Sujet métempirique des représentations, bref, en faveur d'un " inconditionné " véritable, " il en va tout autrement, lorsque, dans l'ordre cosmologique, nous appliquons la raison à la synthèse objective des phénomènes " (BB. 4 ; R.323) : le raisonnement, au lieu de manquer simplement de force probante, s'embarrasse, pour peu qu'on le pousse à fond, dans des contradictions manifestes ; il révèle " une antithétique naturelle,., où la raison humaine se jette d'elle-même et inévitablement ". (Ibid.) Nos lecteurs voudront bien se souvenir, qu'en ce point, le cardinal de Cusa fut un lointain précurseur de Kant (voir Cahier II).

b) Les antinomies dérivées.

Cherchons à saisir sur le fait l'antinomie essentielle de la raison appliquée aux objets.

Cette antinomie se traduit par autant de couples de " thèses " et d' " antithèses " qu'il y a de groupes fondamentaux d'idées cqs~ mologiques. Et nous pouvons facilement délimiter à priori les

divers genres possibles de ces idées. En effet, " les idées transcendantales ne sont, à proprement parler, rien d'autre que des catégories étendues à l'inconditionné " (BB. 5 ; R. 325). Mais comme les idées transcendantales cosmologiques doivent exprimer la totalité de la série des conditions régressives, ou des présupposés, de l'objet, elles ne trouveront à s'encadrer que dans celles des catégories (1) "où la fonction synthétique embrasse une série de conditions subordonnées (et non simplement coordonnées) entre elles par rapport à un conditionné " (BB. 5, 6 ; R. 325-326). Telles seront, comme le montre Kant, les catégories de ia quantité, appliquées au temps écoulé et à l'appréhension synthétique de l'espace ; puis les catégories de la qualité, en ce sens que la réalité d"un tout phénoménal donné dans l'espace, c'est à dire d'une " matière ", a pour condition rationnelle dernière l'intégrité absolue dans la divisibilité de ce tout, de manière que, à la limite, " il se réduise soit à zéro, soit à quelque chose qui n'est plus matière, c'est à dire au simple " (BB. 8 ; R., 328) ; puis encore, parmi les catégories de la relation, la catégorie de la causalité, évidemment ; enfin dans les catégories de la modalité, la contingence, qui chasse la raison, de condition en condition, vers la " nécessité absolue ", couronnement de toute série objective (BB. 8, 9 ; R. 328, 329).

Laissons donc la raison suivre son mouvement naturel, selon les directions diverses que marquent ces catégories, et nous verrons se trahir, en des antinomies particulières, cette contradiction essentielle que Kant appelle " l'antinomie de la raison pure ".

Un premier conflit s'accuse dans l'application temporelle et spatiale des catégories de la quantité. Si l'on considère, à ce point de vue, les objets d'expérience, il semble que leur totalité, " le monde ", soit également susceptible de recevoir des attributs contradictoires.

Soit la " thèse " suivante : " Le monde a un commencement dans le temps, et il est aussi limité dans l'espace". (BB. 17 ; R. 338) Quoi de plus évident ? Une série successive " totalisée " n'est-elle pas nécessairement "achevée" et donc,, limitée quelque part dans sa durée ? Quant aux séries spatiales, comme elles n'entrent dans notre connaissance que par la synthèse successive que nous en faisons en les parcourant activement, elles ne sauraient être conçues comme " totalisées ", sinon par l'achèvement même de la synthèse successive de leurs parties, c'est à dire par une limitation proprement dite. Ce qu'il fallait démontrer.

(1) Cf. la table des " Catégories ", ci-dessus p. 109.

Mais aussitôt surgit Y " antithèse " ; l'esprit, d'abord hypnotisé par l'idée d'une totalité absolue, reprend conscience des conditions plus immédiates de l'intuition sensible ; et il semble qu'alors une nouvelle évidence se substitue à la précédente : " Le monde ne peut avoir ni commencement (dans le temps), ni limites dans l'espace". (BB. 17 ; R. 338). Le temps et l'espace, en effet, ne sont-ils pas les conditions à priori de l'intuition sensible, donc du phénomène comme tel ? Dès lors, ces conditions sont présupposées aussi bien par la totalité des phénomènes que par chacun des phénomènes particuliers. Et qu'est-ce que l'espace sinon le lieu indéfini de phénomènes possibles ? et le temps écoulé, sinon le moment indéfini d'antécédents possibles ? Pour supposer une totalité absolue de phénomènes, nous devrions donc, en vertu des conditions générales et essentielles de l'expérience, présupposer encore, à cette totalité, la possibilité d'autres phénomènes, c'est à dire nier la totalité, absolue en prétendant l'affirmer. (Nous croyons pouvoir résumer ainsi la démonstration proposée par Kant, BB. 17 à 23 ; R. 338 à 344).

Telle est la première antinomie de la raison.

Si nous passons aux catégories de la qualité, la même perplexité nous y attend. Choisissons-nous comme idée directrice, le caractère " inconditionné " que la raison impose à son objet ? alors, dans la division de tout " ensemble phénoménal ", nous serons contraints de supposer une limite infranchissable : l'élément " simple ", atome ou monade : " Toute substance, dans le monde, est composée de parties simples : rien n'existe que le simple ou le composé du simple " (BB. 23 ; R. 344). Préférons-nous, au contraire, fixer notre attention sur les conditions internes de structure de tout objet phénoménal., en tant que phénoménal ? nous trouverons alors que le principe même de sa divisibilité est sa forme spatiale, et que l'espace ne saurait être réduit en parties simples et indivisibles : toute fraction d'étendue est encore de l'étendue ; il faudrait donc conclure qu' " Aucune chose, dans le monde, n'est composée de parties simples, et qu'il n'existe absolument rien de simple (parmi les objets d'expérience possible) ". (BB. 23 ; R. 344).

La divisibilité des objets dans l'espace est-elle limitée ?.. estelle illimitée ?.. Seconde antinomie.

La catégorie de la relation causale fournit le terrain d'un troisième conflit : la fameuse antinomie du déterminisme et de la liberté.

Si nous considérons les phénomènes du point de vue dynamique, nous constaterons, non seulement qu'ils sont astreints à se ranger

en séries dans le temps, mais que des lois fixes président à cette succession, en d'autres termes que les rapports d'antécédents à conséquents sont des rapports de succession irréversible et parfaitement déterminée. C'est cette succession irréversible et déterminée que nous appelons la causalité empirique. Mais voici, de nouveau, que nous nous butons à un dilemme embarrassant :

Ou bien, cédant à l'exigence impérieuse de notre raison, nous affirmons la totalité inconditionnée, la détermination complète des séries causales. Prétention juste, semble-t-il ; car comment un phénomène quelconque serait-il possible s'il n'était entièrement déterminé, et comment serait-il entièrement déterminé si les séries causales ascendantes ne s'achèvent pas d'une manière ou d'une autre ? Mais comment pourraient-elles s'achever ? Par un terme dernier — cause première — qui fût lui-même un pur antécédent, une cause empirique et phénoménale ? C'est impossible ; car, en vertu des conditions générales de l'expérience, ce dernier terme ne pourrait être conçu, comme objet empirique, qu'en dépendance d'un antécédent ultérieur, ce qui est contre l'hypothèse. Il reste donc que le dernier terme inconditionné soit méitempirique, causalement indépendant, doué d'absolue spontanéité, bref soit une cause libre. Posons donc la " thèse " : " La causalité déterminée par les lois de la nature n'est pas la seule d'où dérivent tous les phénomènes du monde. Il faut, pour les expliquer, admettre aussi une causalité libre ". (BB. 30, 31 ; R. 353).

Ou bien, une fois de plus, nous faisons céder l'exigence rationnelle devant les lois plus immédiates de l'expérience. La prétendue cause libre — remarquons-nous, à la réflexion — doit nécessairement, ou bien insérer son action dans les séries causales empiriques, ou bien exister, en tant que cause, en dehors de ces séries c'est à dire opérer indépendamment d'elles. Dans le premier cas, elle n'est concevable que soumise elle-même (dans son action) à la loi du déterminisme causal, condition essentielle de toute expérience : nous nous heurtons à une contradiction manifeste, cette cause ne serait plus libre. Dans le second cas, si la cause libre se tient — comme cause — en dehors des séries empiriques, l'expérience, avec sa régularité et ses lois nécessaires, devient, à son tour, impossible. En effet, de deux choses l'une : ou bien la cause libre, en tant qu'elle serait productrice de phénomènes, se soumet arbitrairement, de son côté, à des lois fixes et immuables, qui sont celles mêmes de l'expérience,., et il faut avouer que, dans ce cas, l'hypothèse d'une cause libre devient parfaitement inutile, sinon

contradictoire ; ou bien la cause libre agit d'une manière vraiment libre, spontanée et indépendante : mais alors, tout phénomène devant, par hypothèse, se rapporter finalement à une cause de ce genre, que devient la vérité objective de l'expérience, fondée sur le déterminisme ? que deviennent les lois de la nature ? que devient la prévision ? que devient la régularité universelle ? Poser une cause libre comme terme inconditionné des séries causales, c'est équivalemment renoncer au monde de l'expérience par égard pour un concept invérifiable et peut-être fictif. Concluons : " 11 n'y a pas de liberté, mais tout, dans le monde, arrive suivant des lois naturelles ". (BB. 30 ; R. 353)

Enfin, les catégories de la modalité nous acculent à une quatrième antinomie.

Est contingent ce qui peut ne pas être. Or la manifestation empirique, et donc aussi la seule manifestation " objective ", de la contingence nous est donnée dans le " changement ". Mais ce qui change est " conditionné quant à son existence ", et dépend finalement de quelque chose qui, sous ce même rapport de l'existence, soit inconditionné, en d'autres termes, qui soit " nécessaire ". Cette " nécessité d'être " ou cet " être nécessaire " est-il dans le monde ou hors du monde ? Il doit, semble-t-il, faire partie du monde, d'une manière ou d'une autre. Car il n'est concevable que comme la condition dernière selon laquelle des séries d'existences s'inaugurent dans le temps : comment serait-il donc, sous ce rapport, en dehors du temps, c'est à dire en dehors du monde ? " Il existe dans le monde, soit comme sa partie, soit comme sa cause, un être absolument nécessaire ". (BB. 37 sq ; R. 360 sq.)

Mais la raison se donne immédiatement la réplique : " Nulle part n'existe un être absolument nécessaire, ni dans le monde, ni, hors du monde, comme cause extérieure de celui-ci ". (BB. 37 ; R. 360) En tant que l'univers phénoménal — le seul que nous atteignions objectivement — y est intéressé, on peut faire, sur la nature d'un être nécessaire, trois sortes d'hypothèses : 1. Cet être fait partie de la chaîne des phénomènes. Mais ceci est impossible, car l'être nécessaire, en vertu des lois dynamiques constitutives de l'expérience (voir ci-dessus, p. 142), ne pourrait entrer dans les séries phénoménales que comme phénomène, " conditionné " par d'autres phénomènes : il cesserait donc d'être nécessaire. 2. L'être nécessaire désigne la série phénoménale comme telle, prise dans son intégrité : à quoi l'on objecterait, entre autres choses, " qu'une multiplicité ne saurait être nécessaire lorsque au-

cune de ses parties n'existe nécessairement ". (BB. 37 ; R. 360) 3. L'être nécessaire est la cause extérieure (transcendante) du monde : mais l'être nécessaire ne se définissant, en Cosmologie rationnelle, que comme la condition inconditionnée des existences temporelles, l'activité causale de cet être ne se conçoit qu'exercée dans le temps. Mais alors, l'existence de cet être comme cause (c'est la seule existence dont il puisse être ici question) se placerait pareillement dans le temps et appartiendrait donc au " monde ". (BB. 38 ; R. 361) Ce qui est impossible, comme il appert des deux premières hypothèses. Donc, un Etre nécessaire, en relation avec le " monde ", est inconcevable.

c) La solution kantienne des antinomies.

Placés entre les "thèses" et les "antithèses", nous sentonsnous entièrement indifférents à l'adoption des unes ou des autres ? Assurément non. Les thèses, qui répondent au point de vue des métaphysiques idéalistes, satisfont davantage nos sentiments humains les plus profonds et donnent une consistance rationnelle — au moins apparente — à nos " valeurs morales " les plus chères. Ce que Kant appelle " l'intérêt pratique de la raison " est décidément en faveur des thèses. Les antithèses, au contraire, qui rappellent le point de vue empiriste, présentent cette grave lacune de n'offrir aucune attache à nos tendances affectives et morales : mais cette insuffisance trouve une large compensation — estime Kant — dans " l'intérêt spéculatif de la raison ", qui sera toujours acquis, en fin de compte, à la rigueur et à la sécurité d'une pensée qui ne limite son ampleur que pour se rendre plus incontestablement maîtresse d'elle-même,

On conçoit que ces intérêts divergents puissent pousser des philosophes à prendre position, d'après leur tempérament intellectuel, soit pour les thèses, soit pour les antithèses. Mais, leur option, pour subjectivement justifiée qu'elle soit, n'a rien de critique. La raison se doit d'éclaircir elle-même le mystère des antinomies. (BB. p. 44. sq. ; R. 367 sq.)

Le peut-elle ? Sans aucun doute, répond Kant. Car les données du problème des antinomies résident toutes dans la spontanéité même de la pensée : la racine de l'antinomie n'est pas dans l'expérience comme telle, mais bien dans l'usage à priori que nous faisons de l'expérience. La source des antinomies est en nous, et nous pouvons donc la découvrir. (BB. 53 sqq. ; R. 377 sqq.)

Il y aurait, à vrai dire, devant ces questions épineuses, une attitude rationnelle très simple : V attitude sceptique. Puisque les raisonnements cosmologiques aboutissent à des contradictions manifestes, c'est donc que les idées transcendantales sur lesquelles ils sont échafaudés manquent totalement de valeur spéculative. Pourquoi dès lors s'attarder à " des concepts vides et purement imaginaires " ? (BB. 59-62 ; R. 384-388)

La solution sceptique, dit Kant, nous met sur la bonne voie. Mais elle est trop simple. Car s'il est vrai que l'antinomie des conclusions manifeste le caractère illusoire des prémisses, il se pourrait néanmoins que tout, dans celles-ci, ne fût pas illusion.

Aussi bien, il y a une solution positive et critique, qui présente le très grand avantage d'écarter toute affirmation téméraire, mais en même temps de montrer la fonction réellement utile de la tendance métaphysique de notre raison : c'est l'idéalisme transcendantal, ou Y idéalisme critique (1). Etudions les deux aspects — négatif et positif — de cette solution.

Tout d'abord, certes, les antinomies trahissent une équivoque dans les prémisses du raisonnement cosmologique général que nous avons exposé plus haut (p. 176). Quelle est au juste cette équivoque ?

Nous l'avons pressenti déjà. La majeure posait que tout conditionné exige l'existence de la totalité de ses conditions. La mineure affirmait qu'un conditionné nous était donné dans l'expérience. Et l'on concluait de la réalité du conditionné expérimental à la réalité de toutes ses conditions. Ce raisonnement, sous la forme sommaire que nous lui donnons, d'après Kant, n'est ni vrai ni faux ; il est ambigu. Distinguons-en donc les sens possibles.

Evidemment, si la majeure désigne explicitement un conditionné qui soit une " chose en soi ", qui appartienne au domaine des réalités absolues, et si la mineure n'affirme que la réalité phénoménale de ce conditionné, majeure et mineure seront vraies isolément, mais le prétendu syllogisme, ayant quatre termes, ne peut sortir aucune conclusion (BB. 67-68 ; R. 393-394). La raison humaine fut-elle vraiment dupe, pendant des siècles, d'un paralogisme aussi flagrant ? îl est probable que l'illusion fut plus spécieuse : en voici le côté subtil.

Dans le raisonnement fondamental de la Cosmologie rationnelle, la majeure, dont nous parlions, est prise comme expression soit de la réalité absolue, soit du moins d'une réalité mal définie, qui fait

(1) Celui qu'imposait l'Analytique transcendantale.

abstraction des particularités de Tordre phénoménal. La mineure, d'autre part, projette l'existence du conditionné (qui pourtant n'est réellement donné que comme phénomène) dans la même perspective surélevée où se tient la majeure : elle traite le phénomène comme une " chose en soi ", ou du moins comme une réalité dégagée de certaines restrictions essentielles à l'ordre phénoménal. Majeure et mineure sont ainsi ramenées au même plan, et la conséquence du syllogisme est correcte.

Mais à quel prix a-t-on évité le " paralogisme logique " ? En tombant, dit Kant, dans un "paralogisme transcendantal " et dans les antinomies qui en découlent.

D'un côté, en effet, on applique l'exigence rationnelle d'une totalité inconditionnée aux objets phénoménaux considérés, du moins équivalemrnent, comme des " réalités en soi ", et l'on obtient les " thèses ". Mais, d'autre part, ces objets, donnés à notre pensée, conservent, que nous le voulions ou non, les attributs essentiels du phénomène, et doivent venir par là, toi ou tard, en conflit avec les caractères absolus des totalités rationnelles : des éléments mêmes de la" thèse " surgit Y " antithèse ". Tout le mal provient de ce que nous cherchons, instinctivement, à mettre sur le même plan " chose en soi " et " phénomène " : nous prétendons traiter la " chose en soi " comme si elle était déterminable par les attributs relatifs du phénomène, et le phénomène comme s'il pouvait recevoir la marque absolue de la " chose en soi ". C'est l'éternelle erreur des " dogmatismes ", soit empiristes, soit rationalistes. Elle altère les deux prémisses du syllogisme cosmologique. Déjà dans l'Analytique, la " réflexion transcendantale " sur nos contenus de conscience nous avait découvert Y " idéalité " formelle, c'est à dire le caractère essentiellement relatif des phénomènes : voici, dit Kant, que les antinomies nous donnent la preuve indirecte de cette " idéalité ", puisque, faute de la supposer, notre esprit se heurte à d'insurmontables contradictions. De toutes façons, il appert " que les phénomènes ne sont rien en dehors de nos représentations ", (BB. 73 ; R. 400)

Essayons donc d'assigner, au raisonnement cosmologique fondamental, une signification qui respecte " l'idéalité transcendantale " des phénomènes donnés dans sa mineure. Nous pourrions le formuler comme suit :

" Quand le conditionné est donné, la série entière de ses conditions l'est aussi " (BB. 67),.. mais seulement selon la mesure de réalité et dans le plan d'être du conditionné lui-même.

" Or les objets des sens nous sont donnés comme conditionnés " (BB. 67),.. c'est à dire comme des phénomènes, essentiellement relatifs et soumis à la loi de succession temporelle qui commande toute réalité phénoménale.

Donc ? ..une seule conclusion est légitime, celle-ci : Donc, avec les objets des sens, dans l'expérience, est donnée la totalité des conditions impliquées par le phénomène comme tel, selon le mode propre de la réalité phénoménale.

Mais le mode propre de la réalité phénoménale, c'est de n'être donnée que successivement, par l'enchaînement temporel des antécédents et des conséquents. Chaque phénomène est donc essentiellement conditionné par une série de phénomènes qui l'ont précédé dans le temps. Quel sens peut bien offrir la "totalité" d'une pareille série de conditions ? Une totalité absolue, achevée, ramassée, pour ainsi dire, sous une condition supérieure intemporelle ? C'est impossible ; car une série de phénomènes ne peut nous être donnée que par la synthèse successive qu'en fait notre pensée (dans le " sens intime ") : or, cette synthèse, coétendue au temps, comme l'est son objet, est aussi, de soi, indéfinie et illimitée, comme son objet. Par conséquent, la " totalité " des conditions du phénomène, comme tel. d'abord ne saurait nous être donnée en dehors du temps, et secondement, ne saurait, non plus, se parfaire jamais, en nous, dans le temps. (BB. 68, 69 ; R. 394-395).

La seule totalité de conditions compatible avec l'essentiel inachèvement de la réalité phénoménale se réduit à une totalité potentielle, " anticipative ", c'est à dire à cette totalité qui est virtuellement présente dans toute loi dynamique. Dans ce dernier sens seulement, la majeure du raisonnement cosmoîogique s'applique réellement aux phénomènes comme tels. Car aucun phénomène n'est donné, dans l'expérience, que sous la condition de pouvoir se rattacher à des phénomènes antérieurs par une synthèse régressive, de soi illimitée : cette illimitation interne de la loi dynamique de régression est l'unique traduction phénoménale possible de l'idée d'une " totalité inconditionnée ". (BB. loc. cit. ; R. loc. cit.)

On voit maintenant se dessiner le rôle positif des idées cosmologiques — et en général des idées de la raison. Les " totalités inconditionnées ", qu'elles nous représentent illusoirement comme des objets, ne sont à vrai dire que des " concepts problématiques ", des " concepts-limites " ; mais elles ont, même au point de vue purement spéculatif, cette immense utilité de placer le terme idéal de la recherche empirique assez haut pour que nous ne soyons jamais

tentés de limiter prématurément le champ de i'expérience possible. Elles n'enrichissent notre connaissance d'aucun contenu nouveau, mais elles imposent à celle-ci une " méthode ", une " règle ", qui la portera à son maximum d'extension et de puissance. Selon l'expression kantienne que nous avons déjà rencontrée, elles ne sont nullement des principes " constitutifs " de notre science objective, mais seulement des principes " régulateurs " ; elles " ne peuvent pas nous dire ce qu'est l'objet, mais comment il faut instituer la régression empirique pour arriver au concept complet de l'objet ". (BB. 75 et toute la 8P section ; R. 402. Cf. 400 sqq.)

Le point de vue que nous venons d'exposer permet — d'après Kant — une solution facile des antinomies. Il nous suffira de la retracer ici sommairement.

Dans les deux premières antinomies, que Kant appelle les " antinomies mathématiques " parce qu'elles concernent l'extension et la divisibilité de grandeurs quantitatives, la " thèse " et V "antithèse " se placent exactement sur le même terrain et sont donc inconciliables (comme " contraires ", non comme " contradictoires "). Mais de plus, il est également faux de dire : " le monde phénoménal se limite lui-même dans le temps et dans l'espace ", ou de dire : "le monde phénoménal est absolument illimité dans le temps et dans l'espace ". La condition propre du phénomène permet seulement, comme nous l'avons vu, de conclure ceci : la loi de régression des phénomènes à leurs conditions ne contient, par elle-même, aucune clause qui restreigne son application dans le temps ou dans l'espace. (BB. 87-90. Cf. 80 sqq. ; R. 415-418. Cf. 407 sqq.) Le monde phénoménal, de soi, n'est ni fini, ni infini, mais " indéfini ". (BB. 84)

Dans la troisième et dans la quatrième antinomie, l'opposition de la " thèse " et de V " antithèse " n'est point aussi absolue. On peut en effet concevoir ici que thèse et antithèse se placent sur des terrains différents, et puissent donc être simultanément vraies. (BB. 87-90 ; R. 415-418)

Considérons d'abord la troisième antinomie, celle du déterminisme et de la causalité libre.

Au rebours de l'extension ou de la division quantitatives, qui supposent des parties homogènes, la relation de causalité s'accommode d'une hétérogénéité entre ses deux termes : cette hétérogénéité est au moins négativement possible. Soit donc un phénomène : il dépend sans doute d'un phénomène antécédent, suivant la loi empirique de causalité ; nous ne pouvons méconnaître la nécessité

de cette relation homogène de causalité, confinée tout entière dans l'ordre phénoménal. Mais nous sera-t-il interdit de la doubler, par hypothèse, d'une relation hétérogène de causalité, qui deviendrait, dans l'ordre absolu, le principe intelligible de la première ? L'action de la cause intelligible serait spontanée, libre, mais elle ne se manifesterait, dans l'ordre empirique, qu'emprisonnée entre les mailles du déterminisme.

Cette hypothèse n'aurait pas de sens si l'on attribuait au phénomène la valeur d'un " objet en soi ", d'un absolu : car, entre la " liberté " et le " déterminisme " de " choses en soi ", aucune conciliation ne serait possible. Mais en va-t-il de même si l'on tient le phénomène pour ce qu'il est, c'est à dire pour une manifestation purement relative ? Kant ne le pense pas, et il estime qu'on ne saurait montrer de contradiction entre l'affirmation d'une causalité libre dans l'ordre nouménal et celle du déterminisme le plus rigoureux dans l'ordre phénoménal. Cette absence de contradiction évidente ne suffit pas, certes, à démontrer la possibilité objective de causes intelligibles et libres, mais elle suffit du moins à satisfaire partiellement les exigences naturelles de la raison, en posant le problème de la liberté. (BB. 90-107 ; R. 418-437)

La troisième antinomie laisse donc ouverte la possibilité négative d'un mode intelligible de causalité qui atteindrait les objets empiriques. Bien que cette causalité intelligible doive résider en dehors du champ de l'expérience, rien n'empêche d'ailleurs que la substance qui en est porteur n'appartienne au monde empirique comme " permanence de phénomènes ", comme " substance-phénomène ", dit Kant. (BB. 109 ; R. 439). L'homme par exemple, dans l'hypothèse où il exercerait une causalité libre, n'en ferait pas moins partie du " monde * empirique à titre de " substance phénoménale ".

Dans la quatrième antinomie, au contraire,, l'opposition entre le monde du phénomène et le monde du noumène ne porte plus seulement sur un mode de causalité, elle pénètre jusqu'à V existence : l'inconditionné, qu'y exige la raison, devra être inconditionné sous tous les rapports et ne pourra d'aucune façon appartenir au monde sensible ; autrement dit, ce sera un être absolument transcendant au " monde ".

En partant de ce point de vue, Kant découvre une solution à la quatrième antinomie. L' " antithèse " y est vraie de l'existence phénoménale : celle-ci, tout entière soumise au changement, répond essentiellement au concept empirique de la contingence et n'offre aucune prise à la nécessité ; si le phénomène pouvait être traité

comme identique à la " chose en soi ", la " contingence " envahirait tout le domaine de l'existence, et il faudrait nier catégoriquement la possibilité d'un " être nécessaire ". Mais le phénomène reste phénomène, et la " thèse ", qui affirme la nécessité de l'existence, est susceptible de recevoir une signification qui ne contredit point l'antithèse. Pourquoi, en effet, ne pas supposer un " être nécessaire ", qui ne s'insérerait point, comme " existence ", dans le déroulement indéfini de la série contingente, mais qui serait cependant la " condition intelligible " et absolument transcendante de toute cette série ? Sans doute, cet inconditionné transcendant serait hétérogène à son conditionné empirique, mais qui prouvera qu'il ne puisse en être ainsi ? L'application des principes de l'idéalisme iranscendantal à la quatrième antinomie fait donc entrevoir la possibilité, au moins négative, d'un Etre nécessaire, purement " nouménal ", condition universelle de l'existence du monde. (BB. 108 sqq. ; R. 438 sqq.)

L'examen critique de la Cosmologie rationnelle nous livre ainsi le concept problématique de l'Etre même dont l'étude fait l'objet de la Théologie naturelle. Voyons — toujours d'après Kant — si cette dernière science se trouve en état d'ajouter des déterminations nouvelles, essentielles ou existentielles, à son objet hypothétique.

Page 1