‹ Le point de départ de la métaphysiqueChapitre 24 sur 70 · I. La réfutation du Kantisme · texte numérisé non relu

I. La réfutation du Kantisme

La comparaison esquissée dans ce volume entre les principes d'une épistémologie thomiste et les principes fondamentaux de la Critique moderne, codifiés par Kant, revêt, dans notre intention, moins une signification polémique qu'une signification doctrinale. Aussi attachons-nous plus de prix à l'exposé raisonné, et traditionnel, qui remplit le Livre II, qu'à l'essai de démonstration transcendantale tenté dans le Livre III. Il est vrai que notre analyse même du système thomiste de la connaissance était inspirée par la préoccupation, que nous estimons légitime, voire opportune, de souligner, plus fortement qu'on ne le fait d'ordinaire, les parties qui le rendent tout ensemble réfractaire aux influences dissolvantes de la Critique et facilement adaptable aux exigences raisonnables de celle-ci. Dans la mesure où nous aurions solidement enchaîné les thèses doctrinales du Livre II, nous pourrions nous flatter d'avoir institué par avance une réfutation — et point la plus mauvaise — de l'Idéalisme kantien: nous entendons une réfutation qui s'applique à combler les lacunes qu'elle signale.

Envisageons un instant sous cet angle sereinement polémique le contenu du présent volume.

La réfutation de l'erreur kantienne doit viser, pour être compréhensive et vraiment efficace, les deux chefs de preuve d'où Kant déduit la nécessité de l'Idéalisme transcendantal à l'exclusion du Réalisme métaphysique.

Ce sont: 1" Les antinomies inhérentes à toute métaphysique définie — antinomies qui seraient levées par l'Idéalisme transcendantal. 2" Le caractère dogmatique de toute métaphysique définie, c'est-à-dire l'impossibilité de justifier rationnellement, par la nécessité théorique et objective de la pensée, aucune affirmation «positivement iiouménale»: d'où il résulte que l'Idéalisme transcendantal serait la seule position non-dogmatique, la seule attitude critique de la raison réfléchie.

On atteindrait au vit le Kantisme par les deux démonstrations suivantes:

r Qu'il existe, en fait, une métaphysique proprement dite, enchaînée et systématique, où les antinomies se résolvent.

2° Que l'affirmation métaphysique du noumène est garantie, en droit, par la nécessité théorique constitutive de l'objet pensé; en d'autres termes, qu'en admettant même le point de départ restreint que se donne, non sans quelque arbitraire, la Critique (1), et en appliquant la seule méthode transcendantale de raisonnement, — donc, nous y insistons, malgré des réserves méthodiques qui, peut-être, ne s'imposent pas en elles-mêmes — on devrait encore dépasser les conclusions négatives de l'Idéalisme kantien et restaurer, sous l'objet phénoménologique, l'objet métaphysique.

La première de ces deux réfutations — preuve de la métaphysique par la métaphysique même — correspond au Livre 11 de ce Cahier V; la seconde — amendement de la Critique par la Critique même — correspond au Livre III. Reprenons, en guise de conclusions, quelques lignes générales de l'une et de l'autre.

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