‹ Le poison dans l'histoire et les grandes empoisonneuses [microforme]Chapitre 6 sur 19 · A. Masson: Loc. cit · texte numérisé non relu

A. Masson: Loc. cit

3, André Maurel : doc. cit,

à la toiture étonnante, qui reproduit presque le hennin dont se

coiffait l'hôtesse, c'est le pavillon d'Anne de Bretagne, où la jeune Claude de France, “ la bonne reine” dut quelquefois bercer le petit Henri IL. Et tout en face, lugubre derrière ce petit mür et sous ses gargouilles, menaçant de sa tour aux oubliettes, ce sombre et beau château abrita les emportements, les trahisons et les crimes, de la descendante de Laurent le Magnifique, Catherine de Médicis. Dans les boiseries de ses appartements, dissimulée sous les lambris, voici son armoire aux poisons. Les recettes de ses ancêtres ont pénétré avec elle, comme des armes inséparables, dans cette cour où les luttes se multiplient chaque jour, pour aboutir bientôt à la disparition de la famille des Valois. Son influence se retrouve partout et intervient souvent néfaste, lorsque les circonstances l'exigent. Témoin cetie paire de gants parfumés, qu’elle fait porter, — fidèle aux procédés connus, — à Jeanne d’Albret ès son deuxième retour à la cour. Ces gants comme les flambeaux, comme les bouquets, comme les vêtements mystérieux düment empoisonnés, vont en quatre jours permettre la mort de la reine de Navarre, mère de Henri IV.

C'est sa famille encore avec Marie, qui assistera à l'arrivée des Bourbons et les mœurs seront les mêmes. Entourée de ses conseillers, de médecins et d'alchimistes, de serviteurs dévoués et d’autant d'ennemis, elle inspire peu de confiance. Tous les intéressés semblent vivre dès ce moment auprès de la reine mère, dans me certaine crainte qui pour un grand nombre d’historiens, n’est rien moins que justifiée.

De Louis XII à Richelieu, tous sont aux aguets. Le puissant cardinal qui a vu disparaître de façon fort douteuse, les juges d'Urbain Grandier, vit entourré de chats qui gouttent à sa table de tous les plats *. De son côté le roi inquiet pour lui et ses amis, écrit à son ministre des billets ainsi conçus. “. . .Je vous envoie par

s. À, Masson : Loc. cil.

le Chenaye des fruits de Versailles dont vous ferez faire l'essai avant d'en manger comme de tout ce que je vous enverrai !"”

Louis XIII employant ce langage huit ans avant sa mort confirme de lui-même les discussions médicales qui s'élèvent autour de sa fin prématurée et par ailleurs fort suspecte.

La crainte plane de toutes parts, on voit partout le poison dont

le rôle grandit de jour en jour. Il était hier en cause, mais cette importance désormais acquise.

Il a été de nouveau transplanté d'Italie où sa floraison intense faisait tant de victimes, en même temps que d'ailleurs convergent des idées et des mœurs qui en créant une mentalité spéciale vont en favoriser l'emploi. La sorcellerie d'abord, qui pénètre dans tous les milieux, s'insinue dans tous les domaines, se mêle à toutes les pratiques. Elle est venue grandissante du Moyen âge, grossie encore chaque jour par l'alchimie importée d'Allemagne, en même temps qu’elle naissait sur place. Le m n'en est pas un de premier crû. Il dissimule mal aujourd'hui le

stère qui semble l'entourer

couvert du crime et ne fait alors qu'abriter par une grotesque exploitation de la crédulité populaire, des mœurs infâmes, des pratiques sans nom, des criminels éclairés, aes empoisonneurs habiles dans cette civilisation malgré tout encore jeune. A côté et pourtant à l’extrème, le quiétisme venu d'Espagne, allait encore par un mysticisme mal éclairé aider à fausser les esprits. Dans cette tourmente soufflant à la fois de directions opposées, la vraie et saine

religion allait malheureusement se trouver incompris sieurs.

de plu-

Les intérêts qui suscitent la lutte, le luxe qui appelle la fortune, le relâchement qui l'accompagne, l'ambition qui attire vers le pouvoir, l'éclat qui trouble et ébloui! tout ce qui en un mot allait faire de Versailles’le point de mire de Paris, se joignant à cette conscience dévoyée, favoriserait à son tour le déclanchement d’une

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