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CHAPITRE VI

LE POLE AUSTRAL DES TERRES DU CiEL

Quoique l'astre brillant auquel toutes les Terres du ciel sont enchaînées, soit évidemment d'une tout autre nature que notre globe, les idées que son étude nous suggère ne sont point à dédaigner; nous devons même les considérer comme fort imprtrtant^s, tant est prépondérant le rôle que ce corps prodigieux exerce sur les sphères qui exécutent de concert leurs évolutions célestes, qui éprouvent de la même manière le contrôle de son attraction, et qui jouissent ensemble de la lumière qu'il répand avec tant de splendeur dans l'immensité.

Il n'y a pas besoin de disserter sur la nature des taches pour reconnaître que le nombre de ces produits de l'activité solaire n'est point également réparti dans les deux hémisphères. La zone de fréquence, c'est-à-dire le siège de l'action qui préoccupe si vivement les astronomes, s'écarte beaucoup plus del'équateur dans l'hémisphère boréal, où elle parvient jusqu'au quarantième degré, que dans l'hémisphère austral, où elle ne s'étend que jusqu'au trentième. Le pôle austral

du Soleil trône au milieu d'une lumière calme, et dont aucun orage, ne vient troubler Téclat. Ne diraiton pas une image du repos, qui semble régner autour du pôle austral de la Terre et que les désordres de la région des orages que nous n'avons pas su franchir a jusqu'ici presque entièrement dissimulé.

La grande éclipse totale de Lune de janvier 1888 a démontré d'une façon bien nette, que l'astronomie peut fournir des moyens inattendus d'étudier la configuration du globe, où nou§ sommes confinés. Car la silhouette de la Terre a produit des dentelures et des aspérités tellement profondes à la surface de notre satellite, que certains observateurs ont, cru reconnaître l'ombre chinoise de la chaîne des Andes, projetée sur la partie encore éclairée du disque de PhœKé.

On pourrait être assez heureux dans une occasion analogue pour déterminer de la sorte la courbure des pôles. Peut-être la photographie instantanée combinée avec l'usage des observations en ballon, permettra-t-elle de répéter ce genre d'observations, mais ce n'est pas uniquement comme un écran que nous voulons utiliser le membre de notre famille céleste le plus important pour nous, le seul sur lequel nous soyons parvenu à recueillir des renseignements, qui ont un caractère incontestable de netteté et de précision.

Sur la Lune on constate un surprenant défaut d'homogénéité dans les deux régions polaires, quoique l'absence d'eau à la surface ait privé la nature sélénite d'un élément prodigieux de variété, produisant toutes les merveilles de la météorologie.

Le pôle nord est certainement placé entre deux

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chaînes étonnantes, qui méritent d'attirer l'attention tant par leurs proportions que par leurs formes singulières. Mais quelque puissantes que soient ces formations, elles sont loin d'atteindre le développement des montagnes- observées au pôle sud. Celles-ci sont tellement élevées, que certains de leurs sonunets paraissent ne jamais perdre de- vue les rayons du Soleil. Les vallées situées à leurs pieds ^ont constamment éclairées par des reflets, quelquefois d'une intensité si merveilleuse quiil y fait plein jour, quoique jamais les rayons directs du Soleil n'y puissent pénétrer. C'est du côté du pôle sud que l'on voit les plus formidables accumulations de cratères, que présente la surface si ravagée de la Lune, et que les cirques qui caractérisent son orographie offrent les excavations les plus surprenantes. Enfin c'est dans l'hémisphère sud que se trouve Tycho, la plus formidable des montagnes lunaires; c'est là que l'on a observé ces rayons énigmatiques qui se prolongent dans tous les sens à des distances prodigieuses. Ces phénomènes bizarres et grandioses ont leur siège presque exclusif dans l'hémisphère dont ce pôle escarpé semble si bien résumer l'aspect ultravolcanique et tourmenté.

Les anciens Péripatéticiens tentaient de repousser la théorie de Copernic, en prétendant que la Lune était un corps parfaitement sphérique, et que toutes les aspérités aperçues à sa surface n'étaient que les images des montagnes couvrant le globe terrestre. L'examen approfondi de la topographie lunaire montre que contrairement à cette bizarre opinion, le caractère des hémisphères paraît interverti dans notre planète et

dans son satellite, et que si la moitié sud de la Lune était rimage d'une portion de notre Terre, ce serait dans notre hémisphère boréal qu'il faudrait chercher son modèle.

Nous allons arriver à des conséquences beaucoup plus précises, en profitant des observations faites sur notre proche voisin d'en haut pendant un grand nombre d'oppositions récentes et notamment de 1886 et de 1888, que Ton a pu étudier avec une assez grande précision, grâce à la belle lunette Bischoffsheim de Nice.

La planète Mars possède une excentricité six fois plus forte que la nôtre, c'est-à-dire que les effets de l'ellipticité sont six fois plus prononcés. Par une heureuse coïncidence, les choses sont disposées à peu près de la même manière que chez nous. L'été austral est beaucoup plus court que l'été boréal, mais le rapprochement du Soleil le rend plus ardent. De plus, c'est l'hémisphère austral que nous pouvons observer à notre aise pendant la période des oppositions, c'est-à-dire quand la planète est assez voisine pour que le télescope puisse nous permettre d'apprécier les grands changements d'ensemble, d'observer le développement ou le rétrécissement des glaces qui semblent garnir deux pôles pareils à ceux du globe que nous habitons.

Au pôle boréal comme au pôle austral de Mars, on voit les eaux des océans se solidifier pendant l'hiver et les banquises fondre pendant l'été avec une rapidité considérable. Mais c'est surtout au pôle austral que le travail de déblaiement se produit avec une vitesse bien remarquable. Le spectacle auquel nous assistons est tellement caractéristique qu'il permet

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