LE POLE AUSTRAL DES TERRES DU CIEL
Notre pauvre ami Gustave Lambert aimait à rappeler qu'en 1830 Mœdler et en 1862 Lasselle avaient vu l'un et l'autre la tache blanche du pôle sud, réduite rapidement à 6 degrés de diamètre en partant la première fois de 13 et la seconde de 14. 11 en tirait la conclusion que plus chaud que le soleil de Mars, celui de la Terre devait complètement débarrasser le pôle nord.
La planète Mars pendant rëtc.
Si les balles prussiennes n'avaient pas rais un terme à sa glorieuse carrière, il aurait salué avec enthousiasme l'observation de Schiaparclli, qui avait vu la célèbre tache de 1876 provenir d'une banquise de 28 degrés de diamètre, c'est-à-dire ayant une superficie seize fois plus grande.
Quoique Vénus s'approche considérablement plus de nous, nous connaissons beaucoup moins sa surface.
Il ne nous est pas possible d'aller y chercher les moyens de bien comprendre ce qui se passe chez nous- En effet, au moment décisif où elle nous donne la main, où ses astronomes, nous croyant à leur minuit, braquent sur nous des lunettes peut-être beaucoup meilleures que les nôtres, la planète Vénus est invisible, elle est cachée par l'excès de lumière, et elle ne tourne vers nous qu'un hémisphère noyé, perdu dans un océan de lumière éblouissante.
Toutefois il nous est permis d'observer avec quelque précision les limites du croissant éclairé qui reste visible lorsqu'elle orne nos cieux, soit au crépuscule, soit à l'aurore. On aperçoit alors des dentelures qui semblent produites par le profil de hautes montagnes, et paraissent plus fréquentes dans l'hémisphère boréal que dans l'hémisphère austral, comme si la répartition des continents et des mers était analogue à celle de la Terre, comme si les forces qui ont tiré les continents du fond des eaux avaient agi en vertu de lois analogues, dans ce monde lumineux, où les pôles eux-mêmes ne connaissent peut-être pas d'hivers! Aussi nos proches voisins d'en bas, doivent avoir quelque peine à comprendre la nature de la tache blanche qui couvre une grande partie de notre Europe et de notre Asie, qui quelquefois, comme en 1888, descend jusqu'aux rivages de la Méditerranée. Quant à notre pôle austral, il est probable qu'ils en ignoreront toujours les contours ; quelque puissants que soient leurs télescopes, il est douteux qu'ils voient autre chose qu'un amas d'impénétrables vapeurs, montrant de temps en temps à leurs regards surpris,