LES PREMIÈRES NAVIGATIONS AUSTRALES OQ
doublé le cap de Bonne-Espérance et aurait été jeté par la tempête sur les bords d'une île lointaine dont il aurait ramené Tun des princes héritiers. Oubliant sa couronne et sapatrie le jeune homme se serait marié en France, y serait devenu père, et sous le règne de Louis XIV son petit-fils aurait établi tous ces faits par SCS déclarations authentiques, recueillies par un notaire. Nous ne nous arrêterons pas à discuter les assertions des auteurs prétendant que Tîle merveilleuse découverte par Gonneville n'était autre que Madagascar, pas plus qu*à suivre les membres de la Société de géographie de Melbourne dans Fénumération de toutes les traditions relatives à des voyages remontant à la plus haute antiquité ; car nous considérons comme établi dune manière tout à'fait indiscutable, que le monde austral fut ouvert à l'activité humaine par l'expédition h jamais mémorable de Magellan. Les titres de ce grand navigateur sont aussi inattaquables, que ceux de Christophe Colomb à la découverte de l'Amérique, malgré ce qu'on rapporte d'Éric le Rouge, et des rois de la mer qui l'auraient précédé au Canada.
Quoique la théorie de la terre plate fût universellement abandonnée depuis bien des siècles, le pape Alexandre VI crut devoir en faire usage dans une bulle demeurée fameuse. En effet, le trop célèbre Borgia partagea le monde inconnu entre les deux couionnes d'Espagne et du Portugal à l'aide d'un méridien passant à l'ouest de l'île de Fer. Tout ce que Ton découvrait en deçà de cette ligne arbitraire appartenait à Lisbonne, et tout ce que l'on trouvait au delà était réservé à Madrid.
Nous n*cxaniinerons pas si ce retour à la géographie des anciens était réel, ou si le pape, qui rédigeait cette loi singulière, s'imaginait que jamais un même navire ne pourrait faire le tour du monde, parce que la longueur de la route à parcourir était un obst^iclc absolu à l'exécution du voyage des Indes par l'Amérique, obstacle aussi rigoureusement infranchissable, que les gouffres dont les anciens navigateurs croyaient la route parsemée, lorsqu'ils s'imaginaient que le fleuve Océan conduisait aux portes de l'Enfer.
Ce qu'il y a de certain, c'est que le Portugais Magellan, résolut de profiter des termes mêmes de la bulle pontificale, pour la réduire à néant, pour la déchirer au profit des éternels rivaux de sa patrie. Justement mécontent du Prince dont le hasard de sa naissance Pavait rendu sujet, il alla trouver Charles-Quint qui le reçut à l'Escurial de la façon la plus distinguée, accepta ses propositions, lui donna toutes les ressources nécessaires pour mettre son plan à exécution, et écrivit même de sa main impériale et royale les instructions qu'il devait suivre ponctuellement.
Analogie singulière, la première expédition australe fut déterminée, comme le fut la première expédition boréale, par le désir de découvrir une route nouvelle pour le commerce de l'Inde; de hardis navigateurs s'exposèrent aux tempêtes et aux glaces, aux périls d'un voyage immense dans des régions privées de la lumière du soleil, afin de conquérir une place dans le pays de Por et de la soie.
À cette époque on ignorait comment se terminait • l'Amérique méridionale. On pouvait croire qu'elle re-