LES PREMIÈRES NAVIGATIONS AUSTRALES
montait jusqu'au pôle et rendait toute navigation impossible, aussi Cliarles-Quint exifrea-t-il que Magellan s'arrêterait dans son entreprise s'il était obligé de dépasser le 74*" degré de latitude, {^'est ce qui lit que Magellan s'engagea bardiment dans le détroit tor; tueux, qui porte son nom et qui est tellement exposé aux vents, aux courants, qu'il est d'une navigation très difficile même avec le secours de la vapeur. Nous ne suivrons point l'heureux émule de Christophe Colomb dans une expédition qui eut une si glorieuse influence sur le progrès des sciences; nous ne raconterons point comment il revint à Cadix, son port d'armement, après avoir perdu un jour dépensé sans s'en apercevoir à changer de méridien, et laissé éparpillé sous toutes les longitudes.
Le premier résultat, au point de vue de la politique coloniale, fut de révéler au roi d'Espagne la possibilité d'établir sa domination sur un océan immense, où se trouvaient un nombre considérable d'îles fertiles, et peut-être même une seconde Amérique. Mais la navigation directe, à l'aide de navires venant d'Europe était un tour de force qu'il n'était pas logique de multiplier trop souvent. Les vice-rois du Pérou, qui régnaient sur les bords de l'océan Pacifique furent chargés de l'exploration de ces mers ; ils envoyèrent successivement deux expéditions commandées par Mendana etMendoza, fort intéressantes et très importantes mais qui, exécutées dans le voisinage de l'équateur. ne peuvent être considérées comme faisant réellement partie des explorations dont nous avons à résumer les péripéties.
Elles auraient contribué d'une façon puissante au développement du commerce dans Fhémisphère australy sans la politique jalouse de TEspagne, qui n'a jamais cherché dans ses découvertes maritimes que Textension de son monopole colonial, et qui dans tout commerce fait par l'étranger n'a jamais vu qu'une contrebande de guerre.
Le cabinet de l'Escurial était bien loin, comme le font ordinairement les gouvernements modernes, de publier le récit des expéditions qu'il avait organisées. Les résultats obtenus par ses navigateurs étaient considérés comme des secrets d'État et leurs cartes comme des documents confidentiels, à l'usage exclusif de ses vaisseaux.
Ce qui transpirait du récit de ces voyageurs hardis et habiles, était un tissu de contes extravagants, extraordinaires. On essayait d'augmenter ainsi la terreur trop réelle qu'excitaient les procédés inhumains de la nation qui traitait en véritables malfaiteurs les marins étrangers rencontrés par ses . croiseurs. C'est Magellan qui est en quelque sorte responsable de l'exagération de la taille des Patagons, dans lesquels il déclara avoir vu des descendants des Titans, et presque de nouveaux Cyclopes. Peutêtre que la longueur exagérée de leurs pieds, rendue plus saillante par la manière dont ils enveloppent leurs extrémités inférieures avec les peaux d'animaux sauvages, et la façon bizarre dont ils aiment à s'affubler de vêtements singuliers, ont suggéré l'idée de fables ridicules répandues de propos délibéré, semées à dessoin, imaginées afin d'enlever aux