MM. DE BOUGAINYILLË ET DE KERGUELEN
L'expédition dont nous allons rapporter les incidents va combler cette lacune de la façon la plus désespérante pour les amis du nom français.
Né en Bretagne en 1745, Kerguelen se destina à la marine dès ses plus tendres années, et il entrait au service de si bonne heure qu'à Tàge de 28 ans il était déjà lieutenant de vaisseau. Il recevait en cette qualité le commandement d'une frégate destinée à protéger nos pêcheurs dans la mer d'Islande. Dans cette mission qu'il remplit à deux reprises différentes, il s'habitua à se mesurer avec les glaces. 11 était occupé au relèvement des côtes de France, lorsque le roi lui confia la mission dont nous venons d'expliquer l'origine. Pendant que Bougainville reconnaissait les îles du Pacifique, en passant par le cap Horn, il devait explorer les hautes latitudes de la merdes Indes. L'abbé Rochon, physicien célèbre, auteur d'un admirable micromètre, faisait partie de son état-major en qualité de mathématicien. L'expédition se composant connue toujours de deux navires, le principal se nommait la Fortune et sa conserve le Gros-Ventre,
Après avoir touché l'île de France, la flottille mit à la voile, le 16 janvier 1772, vers les parages où Gonneville prétendait avoir découvert le grand continent austral. Après avoir reconnu un petit nombre d'îles de faibles dimensions, M. de Kerguelen arriva devant une terre considérable, car les explorations ultérieures ont constaté qu'elle n'a pas moins de 200 kilomètres dans sa grande longueur. Elle possède des havres magnifiques taillés dans des roches majestueuses de l'effet le plus pittoresque. Mais leurs formes splen-
dides ont un aspect si lugubre, que Cook en fut fortement frappé. II proposa de lui donner le nom de Terre de la Désolation. On peut dire que la masse de cette île singulière est formée par deux éléments également peu propres à la culture, un grès pareil à celui de la forêt de Fontainebleau, et une pierre d'un bleu foncé. La végétation est pour ainsi dire nulle. Elle ne se compose que de lichens et de plantes herbacées qui rampent à terre et qu'on ne peut apercevoir qu'en prêtant une religieuse attention. Les parties élevées sont occupées par des neiges éternelles, qui entretiennent une température très basse, même au cœur de l'été austral. Quant à celles que le soleil débarbouille quelquefois, elles sont à peu près dépourvues de terre végétale. Les mammifères n'y sont représentés que par quelques amphibies, qui se traînent sur le rivage, où ils vivent en bandes peu nombreuses. Les légions d'oiseaux lourds et stupides, qui fréquentent ces parages, et troublent l'air de leurs cris lugubres, sontloinde rendre ces régions austères moins repoussantes, moins terribles à habiter.
Kerguelen prit possession de cette île au nom du roi. En arrivant en Europe il en fit un tableau enchanteur. C'était la grande terre australe qu'il avait découverte, dont il avait assuré la possession à la France et à l'aide de laifuelle, on devait réparer les pertes subies lors du traité de Paris. D'après une photographie récente, nous donnons une vue de l'Éden que M. de Kerguelen réservait aux colons français.
En reconnaissance, le roi le décora de la croix de Sain-Louis, et lui donna le grade de capitaine de